L’Organisation mondiale de la santé (OMS) vient de publier un nouveau manuel de prévention du cancer du col, incluant des recommandations sur la vaccination anti-HPV. Disons-le tout de go: avec cette publication, l’OMS touche définitivement le fond.

L’une de ses recommandations concerne le schéma vaccinal: pour les filles qui reçoivent leur première dose avant l’âge de 15 ans, deux doses suffisent désormais, affirment ses experts. On savait déjà que l’OMS se souciait peu des preuves d’efficacité de cette vaccination, puisqu’elle n’a jamais tiré les conséquences des résultats issus des essais randomisés contrôlés de Phase III (RCT), où Gardasil® a échoué à démontrer une efficacité sur l’incidence de l’ensemble des lésions cervicales de haut grade (tous HPV confondus) dans le groupe per-protocole, où on s’attendait pourtant à la meilleure efficacité.

Dans ce dernier opus, on découvre que la lecture sélective de l’OMS concerne même les études qu’elle brandit par ailleurs pour affirmer que cette vaccination est formidable: les études australiennes. En effet, la question de l’éventuel impact d’un schéma vaccinal réduit sur l’incidence des lésions de haut grade a été étudiée uniquement là-bas, à partir des registres cytologiques des Etats de Victoria et du Queensland, dans deux études.

La première est une étude de cohorte rétrospective, et la seconde une étude cas-témoin. En plus des faiblesses inhérentes à leur design respectif, ces travaux posent une série de problèmes: inaccessibilité des données brutes, refus des registres de coopérer avec des chercheurs externes et conflits d’intérêts de certains contributeurs… Bref, les auteurs semblaient poursuivre surtout un objectif: montrer que la vaccination avait un impact extraordinaire. Ils avaient donc tout intérêt à suggérer qu’un schéma vaccinal à deux doses pouvait suffire pour que des effets positifs apparaissent déjà. Pourtant, les deux études concluent que deux doses et trois doses, c’est pas pareil. En effet, les scores d’efficacité (déjà douteux) que leurs auteurs observent avec une vaccination à trois doses s’effondrent avec une vaccination à deux doses.

De la première étude, il ressort ceci: « A lower risk of any histologically confirmed HG cervical abnormality was observed for vaccinated women (any dose) compared with unvaccinated women with a hazard ratio of 0.72 (95% CI 0.58 to 0.91), after adjusting for age at first screening, SES and remoteness. This effect was strongest for completely vaccinated women; there was no significant reduction among those partially vaccinated ».

Et de la seconde, cela: « The adjusted exposure odds ratios for two vaccine doses were 0.79 (95% confidence interval 0.64 to 0.98) for high grade cases and 0.79 (0.74 to 0.85) for other cases, equating to vaccine effectiveness of 21%.(…) Effectiveness of two doses did not reach statistical significance. (…) Further research is needed to establish whether optimised two dose schedules are adequate ».

Résumons la donne: les études de meilleur niveau de preuve (RCT) montrent qu’avec trois doses, il y a de quoi se demander sérieusement si le vaccin a la moindre chance de réduire l’incidence globale des lésions de haut grade. Et les études de moins bon niveau de preuve (une étude de cohorte rétrospective et une étude cas-témoin) indiquent qu’avec deux doses, ça marche probablement encore moins bien.

Que fait l’OMS sur cette base? Elle recommande d’étendre au max une vaccination probablement non efficace, à un dosage qui diminue encore les chances de voir se déployer cette efficacité sans doute très faible. Enfin, elle ne juge pas nécessaire de fournir à ses lecteurs les références scientifiques publiées sur lesquelles elle se fonde.

Ce certificat d’indigence s’alourdit encore lorsqu’on considère des travaux récents, qui remettent sur le tapis la question du remplacement viral. Leurs auteurs s’inquiètent notamment du rôle que pourrait jouer la vaccination dans l’émergence de nouveaux HPV à haut risque et montrent que cette question est encore complètement sous-étudiée.

Pendant ce temps, l’OMS, elle, préfère recommander de vacciner aux soldes et à tire-larigot. En matière de rigueur méthodologique et de sérieux, c’est ce qui s’appelle décrocher le pompon.



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