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Des trois grands sous-types de cancer du sein, celui qui est appelé «triple négatif» s’avère le plus mortel: résistant à la plupart des thérapies existantes, il est responsable de la moitié des décès du cancer du sein alors qu’il ne représente que 15% des cas. Dans un article paru dans le numéro du mois de mai de la revue Cancer Letters, Vladimir Katanaev, professeur au Centre de recherche translationnelle en onco-hématologie (Faculté de médecine), et ses collègues rapportent une avancée susceptible de modifier la donne. Les chercheurs démontrent en effet que la clofazimine, un antibiotique pourtant vieux de 70 ans, est capable de stopper la progression de la maladie dans des tests in vivo. Plus particulièrement, il permet de bloquer la voie de signalisation cellulaire Wnt – une perturbation du mécanisme cellulaire à l’origine de nombreux cancers, dont celui du sein triple négatif.

200 000 décès par an
Ce dernier doit son nom au fait que les cellules tumorales ne présentent à leur surface aucun des trois récepteurs (ni œstrogène, ni progestérone, ni HER2) habituellement impliqués dans le cancer du sein. Frappant surtout les femmes jeunes, il est caractérisé par une progression très rapide et l’absence de traitement efficace. Très agressif, il est à l’origine du décès de plus de 200 000 femmes par an dans le monde.
La lutte contre le cancer consiste notamment à développer des thérapies ciblant les cellules malignes tout en épargnant, autant que possible, les cellules saines. Cette stratégie est devenue de plus en plus précise avec l’identification d’éléments moléculaires spécifiques aux cellules tumorales (appelés oncogènes) afin d’en faire la cible privilégiée de traitements futurs sans endommager les cellules voisines.
Dans le cas du cancer du sein triple négatif, ainsi que dans d’autres cancers comme ceux du foie ou du côlon, l’un des principaux suspects est la voie de signalisation cellulaire Wnt, qui contribue à la communication entre cellules. Celle-ci est essentielle lors de l’embryogenèse car elle permet au futur bébé de se développer correctement. Chez les adultes, en revanche, elle est généralement éteinte. Sa réactivation accidentelle – à la suite d’une mutation ou de modifications épigénétiques – produit un signal erroné de croissance qui peut résulter en un développement de cellules cancéreuses. Ce processus peut néanmoins être interrompu si l’on parvient à bloquer Wnt.
En 2014, l’équipe de Vladimir Katanaev, alors chercheur à l’Université de Lausanne, avait déjà réussi à montrer l’effet inhibiteur de la clofazimine sur la voie de signalisation de Wnt dans le cancer du sein triple négatif mais dans des expériences in vitro.

Pas d’effets secondaires
La nouveauté de la recherche récente, c’est que les chercheurs confirment cet effet in vivo, en l’occurrence chez la souris. En administrant la clofazimine à ces modèles animaux de la maladie, les auteurs ont observé une forte diminution de la croissance des tumeurs. De plus, le traitement n’a, semble-t-il, entraîné aucun effet secondaire indésirable.
Les chercheurs ont également réussi à montrer que la clofazimine, in vivo aussi bien qu’in vitro, ciblait la voie de signalisation Wnt, comme prévu. Poussant l’étude un peu plus loin, ils ont découvert que la clofazimine était encore plus efficace lorsqu’elle était administrée en combinaison avec la doxorubicine, un médicament chimiothérapeutique classique. 
Selon les auteurs, la clofazimine agit comme inhibiteur de la voie de signalisation Wnt. Sous son effet, la cellule malade ne peut plus se diviser mais elle ne meurt pas. La doxorubicine, quant à elle, tue les cellules arrêtées dans leur croissance.

Contre la lèpre
De nombreux chercheurs à travers le monde ont entrepris de réexaminer des médicaments existants à l’aune des nouvelles technologies et méthodologies aujourd’hui disponibles afin d’en découvrir des effets inconnus. Le repositionnement de médicaments, pour lesquels les procédures de tests et de mise sur le marché sont plus simples que pour des molécules entièrement nouvelles, permet en effet de gagner du temps et coûte moins cher. 
La clofazimine, un antibactérien utilisé pour lutter contre la lèpre, existe depuis longtemps et se trouve dans le domaine public. Bon marché, ce médicament figure même sur la liste des médicaments essentiels de l’Organisation mondiale de la santé et est produit un peu partout dans le monde, y compris en Suisse.
«Cela constitue un avantage, bien sûr, mais complique aussi la levée de fonds nécessaires à la poursuite de nos travaux, souligne toutefois Vladimir Katanaev. En effet, aucun brevet ne pourra être déposé. Cela ne nous empêchera pas de passer à la prochaine étape consistant à effectuer des essais cliniques impliquant des patientes volontaires, d’abord à Genève, puis vraisemblablement ailleurs en Suisse.»  



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