Rentrée hier de Palestine, je voulais partager quelques mots avant de me retirer pour quelques semaines.

L’injustice vécue par les palestiniens, leur humiliation dans chaque geste et mouvement du quotidien, le mépris et le déni dont ils font l’objet, m’ont renvoyée à plusieurs questions fondamentales.

D’abord celle de l’existence même d’une supposée « communauté internationale ». La Syrie m’avait déjà appris que celle-ci est un mirage, un sac à merde pour balancer nos frustrations. Car n’y a pas de communauté internationale, pas plus qu’il n’y a de coupables universels. Il y a des citoyens et des gouvernements à travers le monde, courageux ou pas, cohérents ou pas, solidaires ou pas. Il faut quitter ce paradigme où l’on se pense en petit pion par essence immaculé, hurlant devant un système unifié et immobile face auquel on ne pourrait rien. Pour démonter les logiques d’oppression, c’est en tant que sujet que nous pouvons faire glisser les lignes, même imperceptiblement. Nous sommes chacun cette « communauté internationale » que nous fustigeons. Sans prendre conscience de notre participation personnelle aux dynamiques d’injustice, je ne crois en la possibilité d’aucun changement.

Ensuite celle de la faute morale grave à l’égard des Palestiniens que constituent le maintien de l’occupation et la poursuite de la colonisation. Le même type de faute morale qui nous fait considérer les Syriens, et tant d’autres, comme n’étant pas nos égaux, ni dans la douleur ni dans l’injustice. Elles disent l’urgence de remettre l’éthique au cœur de la réflexion et de l’engagement. Trop souvent perdus dans nos déclarations geopolitico-mondiales de comptoir et dans nos délires identitaires respectifs, c’est bien la question morale que nous avons désinvestie. Et c’est vers sur ce vide-là que nous précipitons nos enfants.

Enfin celle du surinvestissement symbolique autour de la question palestinienne. Là où nous privons les victimes d’autres conflits de tout registre universel, les Palestiniens ont été chosifiés, devenant régulièrement le miroir et le défouloir de nos propres colères et frustrations. Trop souvent, on exhibe le Palestinien pour gueuler, pour régler ses comptes, parfois pour cracher sa haine. Fuite générale de la lecture politique de l’oppression. En Syrie, on fustige les « opposants » pour s’aveugler sur la tyrannie d’un régime barbare et sur notre propre lâcheté. En Palestine, on travestit le combat pour la justice en le rendant identitaire et paradigmatique. Sans remettre du politique, encore et encore, partout et de manière conséquente, nous deviendrons ce que nous fustigeons: des humains déshumanisés, incapables de voir l’autre pour ce qu’il est et pour ce qu’il dit de nous.

Car perdus dans nos propres projections, nous résistons de moins en moins à ce(ux) que nous croyons combattre.

Pour ma part, ce seront donc mes résolutions pour les mois et années à venir.
Du politique, de l’éthique.
Et de l’altérité.
A bientôt.



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