Aurélien « Jimmy » Omer est responsable matériel du Genève Servette Hockey Club depuis plus de 17 ans. Tombé dans ce milieu par hasard il fait aujourd’hui partie des meilleurs du pays. Sa fonction, peu connue du grand public, est unanimement citée comme une des plus importante au bon fonctionnement d’une équipe de hockey par les entraineurs et les joueurs. Rencontre avec un passionné.

Par Arnaud Jacquemet

Comment es-tu tombé dans le monde du hockey sur glace ?

C’est arrivé un peu par hasard. Je voulais me rendre à la piscine, mais elle était fermée ce jour-là. Ma maman m’avait déposé et était repartie. Comme les téléphones portables n’existaient pas à cette époque, j’ai décidé, en attendant qu’elle revienne, d’aller à la patinoire qui se trouvait juste à côté pour voir ce qu’il s’y passait. L’équipe pro de Reims s’y entrainait et leur responsable matériel m’a demandé spontanément de l’aider. Je suis retourné quelques temps après et le même gars m’a engueulé et m’a demandé pourquoi je n’étais pas revenu plus tôt. Il ne m’avait rien demandé pourtant. J’y suis ensuite retourné tout le temps. Je n’avais jamais vu un match de hockey. Au bout d’un mois, le gars a décidé de ne plus revenir et je me suis retrouvé seul tous les soirs après l’école. J’avais 13 ans.


Comment devient-on responsable matériel d’une équipe professionnelle de hockey?

C’est difficile à dire puisque j’ai commencé avec des pros directement. Il n’existe évidemment pas d’école. Normalement les personnes intéressées commencent avec les équipes juniors et si elles font du bon travail, elles peuvent recevoir leur chance en équipe première. Avoir un bon réseau peut être très utile également.


Quel est ton parcours avant le Genève Servette Hockey Club ?

J’ai commencé à Reims à 13 ans. J’étais bénévole jusqu’à mes 18 ans. J’ai alors signé mon premier contrat pro. A 19 ans, j’ai commencé à également m’occuper de l’équipe de France et c’est en 2002, à l’âge de 24 ans, que Phillipe Bozon, qui jouait en équipe de France et à Genève, a conseillé à Chris MsSorley de m’engager au GSHC. Pour la petite histoire ce dernier m’a promis que les vestiaires allaient être complètement rénovés et améliorés. J’attends toujours. J’ai plus de 1’000 matchs pro au compteur.


Comment se passe une journée type ?

Il y a deux sortes de journée. Les journées d’entrainements et celles de matches. Lors d’une journée d’entraînement, j’arrive au travail vers 7h et prépare le vestiaire pour les joueurs. Les joueurs arrivent vers 8h et je suis à leur disposition jusqu’à ce que l’entraînement commence vers 10h. Pendant l’entraînement un de nous deux (il y a deux responsables matériel à Genève) va au bord de la glace. Si les joueurs ont besoin de quelque chose, nous sommes à disposition. Après l’entraînement, je lave les maillots et les sous-vêtements. Je répare les équipements s’il le faut. Je rentre chez moi vers 16h30. Les jours de match, j’arrive un peu plus tard, vers 8h, et je fais la même chose le matin. Mais au lieu de rentrer chez moi je prépare le vestiaire pour le match du soir. Si on joue à l’extérieur, je prépare le camion. Après les matches à la maison, je nettoie le vestiaire, fais les lessives. Je rentre chez moi vers minuit. Si on joue à l’extérieur, c’est pareil sauf qu’on le fait seulement une fois rentré donc on se couche entre 1h et 5h du matin. Ça dépend toujours où on joue.


Quelle est ta relation avec les joueurs et entraineurs ?

Très bonne. Avec les joueurs, il y a beaucoup de respect. Je ne suis pas leur chef. Je suis un peu comme un des leurs. J’ai également toujours eu de très bonnes relations avec les coaches que j’ai connus. Sauf un. C’est l’exception qui confirme la règle on dira.


Penses-tu être assez considéré dans ta fonction ?

A Genève, très bien. J’ai déjà eu des offres d’autres clubs et les différences sont assez grandes. Je sais également que dans certains clubs, les responsables matériels sont maltraités par les entraineurs et leurs supérieurs. A Genève, on est très chanceux de ce point de vue-là. Je ne me suis jamais senti rabaissé.


Quel est le meilleur et le pire dans ta fonction ?

Le meilleur, c’est de vivre des émotions incroyables, de vivre des choses que, n’étant pas un sportif professionnel, je n’aurais jamais pu vivre. Participer à des championnats du monde, des jeux olympiques et des épopées en play-off sont de magnifiques souvenirs. Il n’y a pas vraiment de négatif pour moi, sauf peut-être les horaires qui me font manquer des choses avec la famille et me font vivre des nuits très courtes.

Qu’est ce qui a le plus changé depuis tes débuts ?

Les joueurs sont devenus beaucoup plus demandeurs, plus assistés. J’ai l’impression qu’ils sont moins autonomes et demandent notre aide pour n’importe quel petit problème avec leurs équipements. La technologie aussi a beaucoup changé. J’ai par exemple trois machines à aiguiser les différents types de lames.

Penses-tu pouvoir faire ce travail jusqu’à ta retraite?

J’espère. Ceci dit, c’est assez demandant physiquement. Les horaires et ma corpulence ne m’aident pas. Je me vois bien devenir responsable du mouvement junior et m’occuper seulement des équipes à la maison tout en aidant la personne qui reprendrait l’équipe professionnelle.


Quelle serait ta réaction si ton enfant te disait demain qu’il souhaite devenir garde matériel ?

Je serais content parce que ça voudrait dire qu’il a une bonne image de ce que je fais. Par contre, je lui demanderais s’il est vraiment passionné par ça. S’il n’a pas la passion, il ne tiendrait pas dans ce milieu. Je n’ai jamais l’impression d’aller travailler. Quand j’arrive à la patinoire, c’est que du bonheur et j’espère que mes enfants trouveront une occupation qui leur donne le même sentiment. 



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