Idomeni, 14 avril 2016.

Ambiance joyeuse sous la tente de l’association Borderfree, située sur le parking de la gare d’Idomeni. Cette gare où plus aucun train ne passe, les convois ayant été remplacés par les tentes des réfugiés depuis que l’Europe a choisi de leur fermer ses portes, ignorant leur misère, préférant égoïstement le confort du déni.

Sous la tente, c’est au son de chants arabes que bénévoles et réfugiés œuvrent ensemble à la préparation d’un repas. Nous coupons des légumes, apprenant au passage leur nom dans différentes langues ; nous épluchons des pommes-de-terre, chacun écoutant et racontant des souvenirs de sa terre natale ; nous préparons du chaï en révélant nos rêves et nos espoirs.

Mais soudain, les chants sont remplacés par un grondement sourd ; les gestes se figent, les regards s’emplissent de crainte. Passé les premières secondes de stupeur, chacun se précipite hors de la tente, scrute le ciel, cherchant confirmation de ce qu’il croit entendre. Mais comment pourraient-ils se tromper ? Ce bruit qui a hanté leurs jours et leurs nuits, ce bruit qu’ils ont fui, ils le reconnaitraient entre mille.

Les avions de chasse et hélicoptères militaires qui commencent à survoler le camp sèment la terreur. Les enfants courent se réfugier dans les jambes de leurs mères, les mains sur les oreilles. Vain espoir d’atténuer ce bruit cauchemardesque qu’ils croyaient derrière eux. Une femme portant un nourrisson se précipite dans mes bras et cache son visage contre ma poitrine. Tout son corps est secoué de tremblements – elle est terrorisée. Les hommes tentent au mieux de ne pas afficher leur peur, mais leurs yeux les trahissent, l’inquiétude s’y lit comme dans un livre ouvert. Et certains d’entre eux se confient : en Syrie, c’est comme ça tout le temps. Pire encore : chez nous, ce bruit est toujours suivi de bombes.

Je suis sans voix. Pourquoi fallait-il leur rappeler ces souvenirs traumatisants, le cauchemar qu’ils ont fui au risque de leur vie ? Comment peut-on être assez inconscient, assez cruel, manquer à ce point de considération, pour effectuer ce qui, nous l’apprendrons plus tard, était un exercice militaire, au-dessus d’un camp regroupant plus de onze mille réfugiés qui tentent désespérément d’échapper à la guerre ?

Le vrombissement aérien laisse finalement la place au rire des enfants. Espérons qu’ils oublieront certaines des atrocités qu’ils auront eues à vivre bien trop tôt, tant dans leur pays natal qu’en Europe.



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