L’horreur s’est étalée pendant des heures, des jours sur toutes les télévisions du monde, et alors que nous pouvons reprendre notre souffle et nos activités habituelles (en attendant les prochains événements qui ne manqueront pas de se dérouler demain, après-demain ou la semaine prochaine), mon envie est d’envoyer quelques mots à tout ceux qui s’offusquent d’une sur-réaction face à un massacre pourtant sans commune mesure avec d’autres drames contemporains à la surface de la terre, que l’on pense aux 90’000 morts d’Irak et de Syrie en 2014, aux 6 millions de morts du Congo – dans ce que d’aucun qualifie de pire génocide de l’Histoire – ou encore face aux milliers de morts d’Ukraine.

En effet, si l’Europe s’est incontestablement perdue – elle a perdu son idéal – dans son aveuglement face à la gestion de la dette de ses Etats membres, elle est aussi un espace géographique où certains droits, certaines valeurs, certaines libertés constituent un bien commun.

La liberté de la presse ? Si souvent revendiquée depuis quelques dizaines d’heures, elle n’est pas exactement égale de Talinn à Athènes, et de Bucarest à Lisbonne ou Dublin, pourtant cette liberté demeure un atout dans la progression de la démocratie ; et la réaction actuelle face à l’atrocité d’un fait d’actualité doit nous servir à aider les ‘nouveaux’ pays européens sur le chemin de la réalisation encore plus complète de la liberté totale des journaux, radios et télévisions.

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La peine de mort ? Revendiquée par certains – en forme de récupération politicienne (« de caniveau ») – pour des terroristes comme ceux ayant attaqués Charlie Hebdo, l’abolition de la peine de mort n’en est pas moins un trait commun des pays européens. Elle est intégralement partagée, créant de fait le plus vaste espace géographique garantissant une justice sans peines capitales et alors que ce choix « ne se pose pas en termes de dissuasion, ni même de technique répressive, mais en termes de choix politique ou de choix moral », selon les mots de Robert Badinter dans son discours à l’Assemblée nationale française le 17 septembre 1981.

Le droit à l’avortement ? Si certains pays comme l’Irlande, l’Espagne, le Luxembourg, la Pologne ou Chypre limite partiellement le droit à l’IVG (Interruption Volontaire de Grossesse), avorter est « autorisé sur demande » partout ailleurs, y compris en Suisse, en Turquie ou en Ukraine [Malte constitue une exception européenne alors que l’IVG y est toujours interdite].

Le droit d’être dans l’espace public sans restriction ? Bien que menacé par certains extrémistes, ce droit est pourtant un bien commun très précieux et garanti à travers l’Europe comme largement à travers le monde, et tout particulièrement pour les femmes. Par-delà l’anecdote de l’abrogation d’une ordonnance interdisant aux femmes de Paris de porter des pantalons (au 31 janvier 2013), en Europe, femmes et hommes sont bel et bien libres de participer à l’espace public, de s’engager également.

Mais rappelons les fondements de l’Europe, selon le « Traité de l’Union Européenne », réécrit depuis 1992, et notamment son article 2 :

« L’Union est fondée sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité, de l’État de droit, ainsi que de respect des droits de l’homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorités. Ces valeurs sont communes aux États membres dans une société caractérisée par le pluralisme, la non-discrimination, la tolérance, la justice, la solidarité et l’égalité entre les femmes et les hommes ».

C’est bien avec ces idéaux en tête et sur le bord des lèvres chaque jour, que l’on pourra faire reculer l’obscurantisme, les vielles postures machistes, les manipulations politiciennes, un certain relativisme culturel et encore d’autres formes de discriminations et d’oublis historiques.

Non, l’Europe n’est pas qu’un « père fouettard économique », elle est surtout un « idéal de vie en commun », et c’est cela que l’on doit revendiquer, que l’on doit discuter, que l’on doit débattre… c’est pour cela que l’on doit s’engager.

#JeSuisCharlie



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