Plus de la moitié des 25 principales ONG humanitaires mondiales font le silence sur les fraudes ou nient qu’elles atteignent des montants significatifs. C’est ce qu’indique une enquête de la Fondation Thomson Reuters. Un tiers ont carrément refusé de répondre. Les autres admettent des pertes annuelles totalisant 2,7 millions de dollars (en moyenne 0,03% de leur bilan): auto-estimation dérisoire pour un « business » mondial évalué à 25 milliards de dollars.

Fraudes internes, vols, bakchichs, commissions, népotisme, abus de pouvoir: MSF, World Vision, Care, Handicap International ou Oxfam énumèrent ouvertement leurs couacs. D’autres, comme Christian Aid, réservent leur information aux autorités, alors qu’Action contre la faim n’a pas répondu.

Derrière cette discrétion, une hantise: que les gens ne donnent plus! Au contraire, expliquer avec transparence les embrouilles qui se multiplient avec l’explosion des conflits et des migrations, voilà qui renforce la crédibilité, affirme la Fondation. Ainsi dans l’imbroglio syrien où les secouristes se font tuer par centaines, on peut saluer qu’au moins une partie du matériel arrive aux 12 millions de nécessiteux. Avec des détours inévitables.

Les cachotteries renforcent la méfiance qui persiste entre journalistes et humanitaires. Les uns dénonçant la com paternaliste et misérabiliste des ONG, les autres le sensationnalisme superficiel et éphémère des médias. Un rapport de International Broadcasting Trust détaille ces griefs tout en préconisant que les deux acteurs travaillent enfin ensemble pour transmettre au public le visage réel et humain des enjeux de notre monde.

De même, le quotidien britannique The Guardian, via sa plateforme « Global development professionals », a organisé un dialogue entre journalistes et ONG pour définir une information éthique et efficace.

A Genève, l’agence de presse spécialisée IRIN relate les préparatifs du Sommet humanitaire mondial d’Istanbul (mai 2016). On y parle de « repenser l’architecture globale de l’aide ». L’économie humanitaire a aussi son fossé Nord-Sud. Les gros absorbent l’essentiel de la générosité alors que les ONG des pays touchés ont trop peu de moyens… et de voix au chapitre. Sandra Aviles, conseillère de la FAO, constate que la compétition pour les parts de marché dans « l’industrie de l’aide » bloque les réformes (coordination et contrôles) pouvant remotiver les donateurs.

Cet article a été préalablement publié dans Edito, magazine suisse des médias.

Edito



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