Hypnotisante et ensorceleuse… la Coupe du monde de football 2014 va s’achever dans quelques jours et consacrer la meilleure équipe du monde pour les quatre années à venir. Resterons alors pour nous des souvenirs, des images, des joies et des bonheurs comme le but de James Rodriguez en huitièmes de finale contre l’Uruguay (pure merveille technique) ou le coup de sifflet final du match entre la Côte d’Ivoire et la Grèce annonçant la qualification des uns et l’élimination des autres.

Pourtant, encore partiellement cachée dans l’ombre (bien que le « Daily Telegraph » en ait fait sa Une récemment), une menace plane sur le football et renvoie à son identité. Cette menace c’est l’argent ! Critiquée pour ses salaires trop élevés, les budgets de ses événements majeurs, les dérives des sommes des transferts de ses joueurs, le football est de plus en plus l’objet d’une critique stérile qui flatte le sens commun de chacun et permet de se donner bonne conscience, mais l’argent est dangereux par-delà les sommes qu’il représente … il fonctionne comme un cercle « vicieux » où le gain attire le gain.

Ainsi, cette menace actuelle ce sont les paris que des individus situés en dehors ou au coeur du jeu vont entreprendre sur le jeu lui-même, et il est bon de souligner que le temps des paris sur les résultats des rencontres est révolu, désormais les paris concernent le nombre de tirs de chaque équipe, la minute de la première touche ou celle du premier changement, voire même parfois de la distance parcouru par l’un ou l’autre joueur sur le terrain et cela pour différents niveaux de jeu (professionnel et amateur) et même pour la plupart des sports médiatisés.

Mais comment les paris qui ont permis le développement du sport au 19ème siècle sont-ils devenus une menace ?

Nous l’avons déjà souligné, dans un précédent post, mais l’émergence des sports est contemporaine de la Révolution industrielle britannique des années 1785-1850 et de l’expansion d’un nouveau capitalisme. Or ce sont les paris qu’ont pris certains individus autour de combat de boxe (réunissant parfois les valets de deux aristocrates) qui vont amener à la création de règles et à la normalisation de pratiques encore très empiriques dans leurs formes au milieu du 19ème siècle. Le système inspiré des combats entre animaux (chiens, coqs ou autre) ou des courses de chevaux va alors se développer, et parallèlement à la mise en place d’un championnat de football dans le dernier tiers du 19ème siècle vont s’expérimenter des paris sur les résultats d’équipes de football et va apparaître la figure du bookmaker, littéralement celui qui prend les paris. Dans ce cadre, la célèbre et « glorieuse incertitude » du sport rend la mise d’argent incertaine et semble alors garantir l’équité des chances de gain.

Au 20ème siècle, les paris vont aussi concerner d’autres sports, d’autres pays et aires géographiques et inévitablement des affaires de triches apparaissent avec l’augmentation des mises et de la somme globale d’argent pariée, car la tentation est grande de manipuler un score pour s’assurer un gain important assez rapide, et le sport est si facilement manipulable. Néanmoins, le véritable tournant semble être celui de l’avènement d’internet sur fond de globalisation culturelle et économique et l’engagement d’organisations à buts mafieux depuis une vingtaine d’années.

Désormais, il est permis de douter de chaque fait de jeu. S’il ne nous appartient pas de porter un jugement global et péremptoire, il faut le reconnaître, les centaines de millions de dollars qui sont pariés annuellement depuis les quatre coins du monde invitent à la prudence et ce ne sont sans doute pas les spots publicitaires de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA), diffusés vainement à la mi-temps des rencontres de la Coupe du monde, qui vont changer les choses. Alors que des compagnies de « paris sportifs » sponsorisent des équipes de football anglaises, les experts parlent de mises uniques se montant à plusieurs millions de dollars pour de simples de faits de jeu (buts, touche, remplacement, etc.) qui consacrent le mythe de l’argent facile que notre environnement médiatique et culturel relaye à longueur d’années. Il est alors très facile d’imaginer qu’une partie de ces sommes puisse servir à « rémunérer » ou à « acheter » certains acteurs du jeu, dont l’implication peut aboutir directement à l’action concernée par le pari.

La menace est grande, car si une affaire de triche venait à être médiatisée, si un grand résultat footballistique ou sportif devait se révéler « truqué », l’assise populaire du sport pourrait vaciller … à moins que le sport n’en ait déjà plus besoin et se soit entièrement autonomisé de ses fans condamnés à suivre ce qu’on leur impose ?



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