Ce samedi 2 avril ont éclaté à Molenbeek plusieurs heurts violents entre identitaires d’extrême-droite, habitants du quartier et forces de police. On ne saurait sous-estimer le danger de confrontations similaires dans les jours, semaines et mois à venir. A force de faire de Molenbeek un symbole qui la dépasse, cette commune de Bruxelles risque de devenir le cristallisateur de vives tensions.

Depuis les attentats de Paris le 13 novembre dernier, suivis de différentes arrestations, puis des attentats de Bruxelles le 22 mars, Molenbeek est au cœur d’un narratif médiatique et politique de plus en plus présent. Il s’agirait d’un des nœuds géographiques du phénomène djihadiste, voire de l’incarnation de l’échec des dites « politiques d’intégration » aux niveaux belge et européen. Plusieurs théories circulent pour « expliquer » cette concentration d’acteurs proches de daech dans cette commune bruxelloise : la faillite d’un système politique clientéliste, le communautarisme, les causes sociologiques, l’idéologie religieuse de certains leaders musulmans qui y prêchent, etc.

Au-delà du bien-fondé ou non de tels arguments, on assiste ainsi à une sur-symbolisation d’un facteur géographique, sur fond de discours sécuritaires et islamophobes, sur fond d’activisme d’extrême-droite très virulent sur le net, sur fond aussi de radicalisation de certains jeunes. Plusieurs discours de violence convergent ainsi vers les habitants d’un quartier devenus l’objet d’une instrumentalisation politique et médiatique de plus en plus malsaine.

Cette manière de scénariser un discours autour d’objets narratifs obsessionnels est caractéristique de notre temps. Ces constructions narratives, largement renforcées par un timing médiatique dicté par le « scoop » et la simultanéité, reposent sur l’affiliation citoyenne à un imaginaire binaire et figé, où chacun devrait « choisir son camp », sans place pour la perspective, l’analyse au long cours, la complexité. Il en est ainsi actuellement du « débat » autour de la question du voile islamique, véritable cache-sexe des enjeux économiques et politiques. Il en est aussi devenu ainsi de la question de la liberté d’expression, et de la manière dont on a pu faire de Charlie Hebdo un marqueur idéologique et un symbole exclusif et à certains égards excluant.

Molenbeek devient de la même façon, au fil du temps, un mantra symbolique chargé d’une narration qui la dépasse largement. Et si les violences de ce samedi sont à bien des égards interpellantes, il y a aussi une responsabilité médiatique, politique et citoyenne à dégorger le symbole. Pour calmer les esprits. Pour embrasser les vraies questions. Pour ne pas faire des habitants de ce quartier les bouc-émissaires de nos propres impasses et de nos propres aveuglements. Dans le climat tendu actuel, il y a là une véritable urgence. Si nous ne voulons pas que le symbole que nous avons construit participe d’une prophétie auto-réalisatrice. Si nous ne voulons pas faire de Molenbeek une nouvelle incarnation des violences qui nous traversent.



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