«Tous les jours, j’ai le blues », disait BB King. Alors nous avons décidé de partir à sa rencontre et nous avons pris la route des pionniers de l’Ouest, en descendant de Chicago à New Orléans. Treize HD, roulant comme le tonnerre sur la mythique 66, le long du Mississippi, les champs de coton et de canne à sucre à perte de vue. Saint-Louis, Nashville, Memphis, les hauts lieux de la country, de la soul et du rock’n’roll vibrent fort dans nos cœurs !

C’est la magie des grandes randonnées. Pascal, Jean-Paul, Anne, François et compagnie sont tous habités par la même soif d’aventure. Quoi de mieux que la musique et la moto pour partir à la découverte d’un pays et de ses habitants. Sur les murs de l’Amérique profonde, il y a des graffiti et des fresques qui nous parlent de son histoire tumultueuse, de guerre et paix, et surtout de cet irrépressible besoin de liberté qui brûle dans nos âmes.

Les racines de l’indépendance

Les racines du blues plongent dans celles de l’indépendance. Et des accords de guitare jaillissent les couleurs de la bannière étoilée, de l’Illinois à la Louisiane, en passant par le Missouri et le Tennessee. Nous filons, visage au vent, sur un air de Muddy Waters.

Pied à terre, nous visitons les musées de légende et les studios mythiques : Johnny Cash, Otis Redding, Chet Atkins. Bravant le « do not touch », nous égrenons même trois notes sur le piano d’Elvis, et nous voilà déjà repartis vers Clarksdale, pour un bivouac dans des cabanes de cow-boys, tannés par le soleil et aguerris par la route. Le ciel s’obscurcit mais il ne pleut pas. L’heure est à la grillade, à la bière et au vin autour des longues tables plantées dans la prairie. Nous chantons, unis par cette camaraderie, cette complicité avec la nature, ces moments uniques du voyage, du retour aux sources. « Demain nous irons au pays cajun », lance Bernard en levant son verre; « et Brian nous fera découvrir les Bayous. »

Le pays cajun ? Le wifi et Wikipédia reprennent aussitôt leurs droits. Les Cajuns ? Ce sont ces Français d’origine envoyés au Canada par Richelieu au 17e siècle, puis chassés par les Anglais au 18e, et qui trouvent refuge en Louisiane. D’abord nommés Acadiens, puis Cadiens, ces émigrés de force à l’heure du « Grand Dérangement » deviennent en anglais : les Cajuns. En derniers arrivés, ils s’installent dans les bayous, des étendues d’eau sinueuses, formées par les méandres du Mississippi.

Le jardin secret

On navigue à l’intérieur de ces vastes marécages d’eau douce sur des barques à fond plat, qui se faufilent en douceur entre les arbres centenaires et la verdure luxuriante d’une forêt aux ardeurs tropicales, tout émerveillé par le chatoiement de la lumière perçant le feuillage. Un héron cendré s’envole à notre approche, tandis que sur un tronc flottant, un alligator somnole en apparence. « Ne laissez pas vos mains traîner dans l’eau ! » conseille Brian dans un français savoureux et teinté d’anglicisme. « Vous le regretteriez. »

De retour sur le rivage, nous quittons la forêt enchantée par une route en terre battue, laissant derrière nous autant de souvenirs que de poussière. Et nous voilà bientôt rendus à la Nouvelle-Orléans.

C’est un beau samedi d’automne. La musique inonde les rues. Les maisons de style colonial du quartier français font rêver au rythme d’une autre époque. Et soudain le Vieux Carré résonne aux accents tonitruants d’un jazz-band. Ca swingue ! Ca swingue du Diable ! Deux rutilantes Harley bleues de la police municipale ouvrent une voie royale à une procession de mariage. La noce danse, danse, danse de plus belle sur son chemin de vie.

                                                                                                            José Bessard



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