Quelques éclats de couleurs psychédéliques d’entrée, pour mieux appréhender le noir omniprésent. Comme dans Repaires, travail publié en 2010 chez Hatje Cantz qui explorait la nature à son heure bleue, Yann Mingard nous emmène dans une balade romantique, presque mélancolique. Mais cette fois, c’est à travers les paysages sombres et verticaux de Ligne de Fond, son nouvel opus édité par Scheidiger & Spiess, que cet horticulteur-paysagiste reconverti nous plonge.

Assemblées majoritairement en diptyques, les images de ce canton de Neuchâtel qu’on ne reconnaît pas sont à la limite de la monochromie. Des maisons se cachent parmi les arbres, une branche traverse la forêt, les traces d’un foyer éteint, un lampadaire dans la nuit, une route qui s’en va, un mur, un tunnel, une barrière.

© Yann Mingard, Ligne de Fond, 2015, éditions Scheidegger & Spiess

Le spectateur se laisse ainsi guider par le photographe dans ce corpus d’images frontales, intrusives, d’une nature mono-saisonnale qu’on identifie par bribes. Un bout de lac, une route, un rocher. Le lecteur peine à situer le sujet de cette œuvre, dont l’onirisme et la beauté plastique nous font oublier la raison de sa venue: une enquête photographique commandée par le canton de Neuchâtel où réside Yann Mingard.

Sélectionné pour la première édition de ce projet, le photographe vaudois installé à Colombier, choisi de suivre la ligne fictive du Transrun, projet avorté d’une liaison ferroviaire directe entre Neuchâtel et la Chaux-de-Fonds.

Trois petits cahiers se retrouvent au fil des pages. Détails d’œuvres du peintre romantique Léopold Robert, donnent à voir une représentation mythique du canton de Neuchâtel. Le lecteur se laisse également surprendre par des cartes altimétriques dénudées, créant alors quelques pleines pages de dégradés colorés.

L’artiste parvient, grâce aux différents éléments ajoutés, à créer une résonance subtile et poétique entre passé, présent et futur, mettant en exergue la rivalité historique entre le Haut et le Bas du canton de Neuchâtel.