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Les nouvelles technologies d’amélioration de l’humain ouvrent d’immenses possibilités.Basées surtout sur des implants et des modifications génétiques, elles visent aujourd’hui à restaurer des capacités physiques et psychologiques dans un but médical. Mais une application visant la seule augmentation des performances se dessine également. Fruit de choix individuels, un tel recours à ces technologies a pourtant un impact sur la société et est même susceptible d’entrer en conflit avec le bien-être collectif. Telle est en tout cas la teneur d’une réflexion menée sur ce thème par une équipe internationale codirigée par Daphné Bavelier, professeure à la Section de psychologie (Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation), sur mandat du World Economic Forum. Les auteurs du commentaire, publié le 11 février dans la revue Nature Human Behavior, estiment qu’il est urgent de mettre en place une réglementation concertée entre les différents gouvernements avant que l’utilisation de ces nouvelles technologies ne devienne déviante. L’annonce récente des jumelles chinoises génétiquement modifiées pour résister au virus du sida, maladie qu’elles n’auraient peut-être jamais contractée, en est une parfaite illustration.

Les nouvelles technologies d’amélioration de l’humain sont principalement utilisées de manière réparatrice à la suite d’un accident, d’une maladie ou d’un handicap de naissance. Une récente étude américaine publiée dans la revue Scientific American démontre d’ailleurs que ces interventions sont très bien acceptées par la population: 95% des sondés sont favorables à une application réparatrice physique et 88% à une application réparatrice cognitive. Toutefois, ce pourcentage chute à 35% lorsque l’on parle d’augmenter une capacité physique ou cognitive dans un simple but de performance.

Dans le cadre de leur travail, Daphné Bavelier et son équipe se sont penchées sur les paramètres qu’il faudrait prendre en compte dans l’application de ces nouvelles technologies d’amélioration de l’humain si l’on souhaite garantir une société équitable et le bien-être de la collectivité. Selon les chercheurs, une fois les besoins primaires satisfaits, la notion du bien-être peut être divisée en trois composantes principales: l’autonomie, la compétence et les rapports sociaux.

Si les parents pouvaient choisir certaines caractéristiques de leur bébé, cela pourrait avoir des répercussions sur la diversité génétique humaine en favorisant certains caractères au détriment d’autres

L’autonomie est définie par la capacité à prendre ses décisions sans être sous la contrainte d’une autre personne. Un individu peut donc choisir de subir une augmentation de ses facultés ou non. «Les dérives possibles sont nombreuses, précise Daphné Bavelier. Si un pilote militaire se fait améliorer la vision, il est possible que ce type d’opération devienne ensuite obligatoire pour exercer ce métier. Dès lors, une personne qui la refuserait pourrait se faire écarter d’office de la profession.» Et si les parents pouvaient choisir certaines caractéristiques de leur bébé (force musculaire, couleur des yeux, intelligence…), cela pourrait avoir des répercussions sur la diversité génétique humaine en favorisant certains caractères au détriment d’autres. «Chaque manipulation d’individus entraîne des conséquences sur la collectivité», insiste Daphné Bavelier.

Il est également inévitable que certaines personnes auront les moyens d’acheter de nouvelles compétences alors que d’autres non. Là encore, une inégalité risque d’apparaître. Dans le cas du dopage dans le sport, par exemple, un athlète qui prend une substance améliorant ses résultats pousse les autres à l’imiter s’ils veulent conserver leurs chances de gagner. Cela exige de nouvelles approches, estiment les auteurs de l’article. La question clé, selon eux, n’est peut-être pas celle de l’efficacité des règlements mais plutôt celle d’une nouvelle transparence qui permettrait à tout le monde d’accepter ou de refuser des améliorations.

Derrière chaque bonne intention se cachent des effets pervers

Enfin, les nouvelles technologies commencent également à se développer dans le domaine des rapports sociaux. «Aujourd’hui, on peut déjà inverser des rapports de domination chez les souris en stimulant certaines zones cérébrales, relève Daphné Bavelier. Agir sur le comportement d’une personne, en supprimant le sentiment de solitude souvent associé à la dépression par exemple, est à portée de main.»

Mais, prévient-elle, derrière chaque bonne intention se cachent des effets pervers, comme l’ont démontré les expériences de trépanation du XXe siècle visant à guérir l’hystérie. Plus récemment, une étude a montré que le fait de renforcer l’empathie afin d’éradiquer le racisme a eu comme résultat de souder davantage les individus d’un même groupe mais, en même temps, d’augmenter aussi considérablement leur rejet des autres groupes.

«Les technologies d’amélioration humaine exigent des décideurs politiques qu’ils trouvent un certain équilibre, concluent les auteurs. Les effets collectifs sont importants et nous ne pouvons pas laisser le marché décider. Notre commentaire est un appel à l’action avant qu’il ne soit trop tard.» 



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