Les animaux de compagnie, c’est deux poids deux mesures, selon le côté de la Méditerranée où l’on vit.

Nawfal Ajana

Une femme de 45 ans a été retrouvée morte dans un centre de dressage à Auboranges, dans le canton de Fribourg. Son chien qui se tenait à côté d’elle a attaqué et mordu violemment une agente de police qui se portait au secours de la femme. Le collègue de l’agente a du tiré sur l’animal et l’a tué.

Sur Facebook, dans la section commentaires de la page « Quotidien La Liberté », les internautes ont plutôt tendance à défendre l’animal, à considérer sa réaction comme naturelle et à blâmer le comportement du policier.

Je profite d’habiter en Suisse, là ou plusieurs cultures se côtoient, pour questionner deux populations différentes : ceux qui sont qui sont nés en Suisse, France, Belgique, et ceux qui sont nés au Maroc, Algérie et Tunisie sur leurs rapports aux animaux de compagnie.

L’un des interviewés qui vit en France voisine m’a expliqué que son chien avait une chambre pour lui, un panier, une commode avec différentes tenues et plusieurs peluches. Et que c’était parfaitement normal.

En interrogeant d’autres personnes de mon entourage, plusieurs paramètres influencent le comportement de l’homme vers l’animal. Tout d’abord la question de la culture et de la famille.

En interrogeant trois autres amis qui sont nés en Europe (Suisse, France, Belgique), aucun d’entre eux n’a été choqué ou surpris du traitement accordé aux animaux de compagnie. Selon eux, ils font partie de la famille et méritent d’être traités ainsi. Même dans leur entourage proche et dans leur famille, le comportement est usuel. C’est parce qu’ils ont vu leurs parents porter cette attention particulière à leurs chats et chiens qu’ils la reproduisent aujourd’hui.

A l’inverse, en parlant de cette situation avec des amis marocains et algériens, l’avis est totalement différent. Pour eux, l’animal reste un animal. Il est apprécié mais ils n’en prennent pas soin plus que ça. Il a une niche ou un panier, il est nourri mais pas non plus avec des produits haut de gamme. Les avis sont très tranchés sur l’habillage des animaux : il ne faudrait pas le faire, ça « dénature » l’animal.

Il y a aussi la notion de privilège. Au Maroc par exemple, il y a 3830 sans domicile fixe . La vie est tellement difficile pour une partie de la population que chez les personnes interviewées, il faudrait déjà pouvoir régler le problème de pauvreté avant de se poser des questions sur la condition animale. Et cette pensée est partagée parmi les personnes interrogées qui viennent du monde arabe. Sur la question de ce chien qui a mortellement blessé une femme la réponse est en majorité sans équivoque, il faut euthanasier la bête. Elle est trop dangereuse, ou, pour être plus humain, au moins la mettre dans un refuge.

Après être allé sur le terrain, voyons maintenant quelles réponses nous apportent la littérature à ce sujet. L’explication se trouve très probablement dans l’influence de l’antispécisme, mouvement dirigé par le philosophe australien Peter Singer. Il a écrit en 1975 un ouvrage fondamental pour le mouvement antispéciste «La libération animale».

Selon lui, il faudrait accorder la même considération aux humains et aux animaux, mettre au même niveau la souffrance de l’animal et celle de l’homme, parce qu’ils sont tout aussi capables que nous de ressentir la douleur. Par rapport au sujet traité, ses détracteurs l’accusent d’avoir plus de considération pour la vie d’un animal que pour un homme malade en phase terminale. Il y répond en rappelant qu’il faut comparer le comparable. La vie humaine avec la vie humaine et arrêter la comparaison entre espèces.

D’ailleurs parmi tous les interrogés, c’est ceux qui viennent d’Europe qui connaissent le principe de l’antispécisme, tandis que ceux qui viennent du Maghreb n’ont jamais entendu parler de la notion.



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