Dans quelques jours, les 34ème championnats du monde de gymnastique rythmique vont démarrer à Stuttgart, avec la Porsche Arena comme écrin pour les meilleures gymnastes du monde. Organisée par la Fédération Allemande de Gymnastique et sous l’égide de la Fédération Internationale de Gymnastique, la compétition propose d’importants enjeux sportifs, en cette année préolympique, où la qualification pour Rio occupe tous les esprits, des gymnastes aux coaches, en passant par les préparateurs physiques et les commentateurs.

Pourtant, depuis quelques semaines et même depuis quelques mois, alors que des enfants innocents meurent sous les « murailles » de l’Europe, il est parfois difficile de se plonger dans l’éphémère beauté du sport. Non pas seulement en raison de craintes vis à vis d’ingérences politiques (celles-ci sont avérées aux quatre coins du monde), pas non plus en raison d’un dégoût âcre et persistant face aux tricheries qui gangrènent le sport de compétition (du dopage jusqu’aux paris sportifs), pas non plus pour l’irrémédiable discrimination des femmes qui se joue dans le sport, mais finalement pour la superficialité des enjeux qui se jouent sur les terrains de sport, qui ne sont pas grand chose en face de drames humanitaires majeurs qui parfois prennent le sport en otage ou en témoin.

Pourtant, le sport va reprendre ses droits et alors que les premières gymnastes arrivent dans la capitale du Bade-Wurtemberg, nous nous préparons aussi à vous faire vivre cet événement de l’intérieur. Nous serons moins présent que l’année passé à Izmir, mais nous essayerons chaque jour, du 7 au 13 septembre, de relayer les résultats des compétitions quotidiennes, avec en point d’orgue les exercices de l’ensemble suisse, les 12 et 13 septembre prochain.

Alors que les plaies de la qualification manquée (de justesse) pour Londres se sont refermées, l’équipe suisse semble manquer encore de maturité par rapport à son niveau d’il y a quatre ans. Si la « glorieuse incertitude » du sport interdit tout jugement hâtif, il faut aussi se garder de tout triomphalisme ou d’une célébration anticipée.
Voilà maintenant plus de 6 ans que la Fédération Suisse de Gymnastique a laissé les clés de son équipe à des entraîneurs venues de l’Est – dans l’espoir d’améliorer la qualité des compositions et celle des gymnastes de l’équipe nationale – mais pour l’instant, les efforts n’ont pas payé. Depuis l’inscription de la gymnastique rythmique au programme olympique, à Los Angeles en 1984, seule une gymnaste helvétique s’est qualifiée, c’était il y a trente-et-un ans déjà … à Los Angeles précisément, avec Grazia Versasconi.

Si nous ne souhaitons pas ré-égrener, la force de la domination des pays de l’Est – que vous pourrez comprendre en relisant certains billets rédigés pendant les championnats du monde de 2014 –, nous pouvons assez aisément annoncer à l’avance le nom ou le pays des gymnastes qui vont s’imposer, tant la domination de la Russie ne souffre plus d’aucune discussion depuis quelques années. Véritable sport national dans les anciens pays du bloc soviétique, la gymnastique rythmique bénéficie en outre d’appuis dans les plus hautes sphères de l’Etat, lorsque ce ne sont pas d’anciennes gymnastes qui occupent ces positions (serait-ce par alliance, comme dans le cas de la « compagne » actuelle de Vladimir Poutine, ancienne championne olympique et membre de la Douma).
Comme à Izmir, les gymnastes non-russes vont se battre pour les accessits, mais n’est-ce pas une tendance forte de la sphère sportive – désormais placé sous l’emprise totale du capitalisme et de l’idéologie néo-libérale ? Ne sait-on pas déjà que les clubs européens de football les plus riches vont gagner leurs championnats nationaux ? Ne sait-on pas déjà que le classement global des médailles à Rio se jouera entre les Etats-Unis et la Chine ? Ne sait-on pas déjà …

En gymnastique rythmique, le soleil se lève à l’Est, mais comme toujours en sport, avant la compétition, tous les espoirs sont permis et ils pourraient bien se réaliser (au moins y aura-t-on cru !)…



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