Nous sommes vraiment phé-no-mé-naux ou ménals, je ne sais plus. Toujours est-il que les marchés financiers sont formidables. Au mois d’octobre, nous nous sommes fait copieusement démonter la figure sans trop que l’on se souvienne même pourquoi. Depuis, nous sommes remontés comme une escadrille d’avions de chasse sans se poser aucune question et en ignorant superbement ce qui se passait autour de nous.

Et puis, tout d’un coup, alors que nous nous amusions à battre record sur record et à prendre les paris pour les performances quasi-garanties de l’année prochaine, nous nous sommes pris les pieds dans le tapis: le pétrole a commencé à se péter la figure sans que l’on comprenne vraiment pourquoi – entre deux, nous sommes TOUS redevenus des spécialistes du sujet, donc ça va beaucoup mieux; la Grèce a commencé à partir en vrille nous rappelant soudainement qu’il y a trois ans, quand nous avons commencé à leur jeter des Euros à la figure, rien n’a jamais été réglé; et puis, pour couronner le tout, soudainement on commence à s’inquiéter sur l’avenir du rouble (qui, entre nous soi-dit, est mal en point depuis des mois, mais personne n’en parle).

Bref, vendredi tout s’est cassé la figure. On parle de déflation; on se demande si le fait que monde entier soit en ralentissement ne va pas finir par entamer la fabuleuse croissance permanente des Américains; on se demande si la Grèce ne va pas précipiter la fin de l’Euro; si l’Europe va pouvoir s’en sortir. En résumé, autant tout était génial il y a deux semaines, autant nous sommes au bord du gouffre ce matin, prêts à faire un grand pas en avant.

Si l’on commence pas le sujet du pétrole, ce dernier est devenu est un vrai casse-tête. Un casse-tête, parce que le fait que le baril s’enfonce dans les tréfonds de son historique de prix devrait être une bonne nouvelle pour les consommateurs, mais en même temps, si le prix de l’or noir se casse la figure, les compagnies pétrolières sont au plus mal. Le prix de l’indice sectoriel s’est effondré de 30% depuis quelques semaines, 14% rien que la semaine passée. Alors, il est vrai que personne ne va pleurer si deux ou trois «pétrolières» sont dans la misère. En même temps, cela va inévitablement mettre un frein à la consommation aux USA. Et nous n’avons vraiment pas besoin de ça.

En ce moment, comme tout le monde à un avis sur le baril, les sondages fleurissent sur le web et les experts que nous sommes devenus durant la semaine passée pensent que le prix du baril va aller en-dessous des 40$!!! 28% des sondés le pensent. Par contre 12% pensent que l’on va à 55$, 19% à 50$, 14% à 45$ et 10% pensent que l’on va à 40$. Les 15 derniers pour-cents estiment que l’on n’ira pas plus bas.

En gros, 100% des gagnants ont tenté leur chance et cela démontre bien que globalement on n’en a aucune idée, que ce marché est clownesque, ridiculement clownesque, et que bien trop de personnes ont un avis et l’expriment.

Une certitude, le pétrole a tué le Christmas Rally cette année. Et à moins d’un miracle que seul le Père Noël serait capable de créer, on ne voit pas comment l’année pourrait bien se terminer.

Et c’est drôle, parce que les stars de l’analyse qui sont toutes venues faire leurs prédictions 2015 il y a deux semaines, ben on n’en entend plus parler…

Autre sujet de préoccupation, la Grèce. On n’en a plus parlé de puis le bailout de 2012 et on espérait secrètement que l’on n’en parlait plus parce que ça allait de mieux en mieux. Sans trop oser poser la question, de peur de recevoir une réponse désagréable. Nous avons donc reçu la réponse: ça ne va pas mieux, et nous allons devoir apprendre à vivre avec. Les élections présidentielles anticipées ne font plaisir à personne, sauf à l’extrême droite qui pourrait bien prendre le pouvoir. Rien qui soit très positif pour l’avenir du pays et encore moins pour l’avenir de l’Europe. Sans compter que si Draghi attend de voir ce qui se passe là-bas avant de lancer officiellement son QE, nous ne sommes pas sorti de l’auberge.

Les marchés se sont donc cassés la figure la semaine passée et l’ambiance est définitivement morose. De plus, nous sommes à 10 jours de Noël et plus personne n’a envie de rien faire. Tout le monde en a plus que marre de cette année 2014. On voit donc mal comment tout cela pourrait s’arranger d’ici les fêtes de fin d’année. Personnellement, je pense que la meilleure solution est de tout arrêter aujourd’hui et de se revoir autour du 15 janvier.

On peut encore parler chiffres: le baril est donc installé sous les 60$ ce matin; il vous en coûtera 58.10$ pour un baril et l’or est à 1218$ l’once. Tesla, le fabricant de voitures électriques, ne va pas mieux que le pétrole. Alors que le responsable pour la Chine vient de donner son sac, le titre a perdu près de 30% depuis les plus hauts de début septembre. Et puis, comme à Wall Street on aime bien tirer sur un homme à terre, un technicien vient d’annoncer que le graphique de Tesla était dans une configuration de «tête-épaules» et que cela pourrait éventuellement peut-être déclencher une correction supplémentaire de 25%, rien que ça.

Bref, moi je vous le dis, rien ne va plus (encore) et, une fois de plus, nous bougeons avec la foule. Ce matin est un tout grand classique des médias, puisqu’il vous sera impossible de trouver une nouvelle positive à propos des marchés financiers, comme il était impossible de trouver un truc moche à dire alors que nous battions allégrement des records d’altitude. Nous sommes tous devenus des poissons suiveurs et en dehors du fait que la volatilité est de retour sur les 21%, signalant que l’on commence gentiment à paniquer, le reste est devenu d’un pathétiquement ennuyant. C’est tout simplement phénoménal ou alors c’est parce que c’est la fin de l’année.

L’UNE DES DEUX NOUVELLES du week-end, c’est le patron de l’UBS qui estime que les années à venir vont être très difficile pour les banques – surtout les moyennes et les petites, pas les grosses comme la sienne. Il pense que l’environnement est devenu compliqué pour le domaine financier à cause du fait qu’il n’y a pas de réelle force politique pour défendre l’industrie financière suisse à l’étranger. En revanche, il ne parle pas une seconde des erreurs commises par ses prédécesseurs… Mais c’est vrai, j’oublie tout le temps, les anciens patrons de l’UBS n’ont jamais commis la moindre erreur, c’est simplement des génies incompris.

L’autre nouvelle du week-end, c’est que Abe a été réélu massivement, sécurisant du même coup le droit de continuer sa politique économique ambitieuse plus connue sous le nom d’Abenomics. Youpie. Le QE japonais est en marche, encore et encore.

Par contre ce matin, on ne peut pas dire que l’on «fête la bonne nouvelle». L’indice est en baisse de 1.22%. On va dire que l’on prend les profits parce que l’on savait qu’il allait gagner. Ça ou alors c’est que l’on a peur de la baisse des marchés occidentaux, de la baisse du baril et de la débandade de la Grèce ou encore de la chute du rouble.

La Chine baisse de 0.8% et Hong Kong de 1%. Et une prise d’otage dans un café de Sydney a remis au goût du jour les bonnes vieilles peurs du terrorisme, surtout que l’abruti de preneur d’otage a mis un drapeau de ces cinglés de l’ISIS à la fenêtre.

Dans les autres nouvelles du jour, on retiendra que PetSmart s’est fait racheter dans le cadre d’un «Buy Out». Le titre qui a clôturé vendredi à un peu plus de 77$ va se faire avaler pour 83$ par BC Partners. Et comme ce matin on n’a pas encore assez de trucs pour se faire peur, CNBC annonce la nouvelle: il y a peut-être du souci à se faire sur les obligations russes. Pas tout de suite, mais si la baisse du baril continue, qui sait?

Dans le Barron’s du jour, on a le sondage annuel des «top stratèges» qui restent convaincus que le marché va continuer à monter – 10% en moyenne. À noter que les sondages ont été fait avant que l’on se rappelle de la Grèce et à une époque où le baril était encore considéré comme «cher» et comme un véhicule d’investissement digne de ce nom. Si on leur reposait la question ce matin, connaissant leur capacité à tourner leur veste, il ne serait pas étonnant de constater que les déclarations ne seraient pas les mêmes.

En France, Technip renonce a acheter CGG, ils ne sont pas parvenus à trouver un accord. Autrement, la France n’est plus AA+ selon Fitch, mais seulement AA avec une perspective stable.

Côté chiffres économiques, nous aurons le PPI en Suisse, puis le New York Empire Manufacturing Index, le Capacity of Utilization, la production manufacturière et le NAHB Housing Market Index.

Pour le moment les futures pointent en direction d’un rebond en Occident, puisqu’ils sont en hausse de 0.4% un peu partout. Mais quoi qu’il en soit, tout cela donne l’impression que la machine à monter est un peu cassée.

L’Euro/$ est à 1.2444, le $/yen se trouve à 118.72, le Bitcoin s’échange à 342$ sur la toile et le 10 ans américain offre un rendement toujours plus pitoyable alors que tout le monde va se planquer là bas; ce matin, on parle de 2.10%. La dette grecque rapporte un peu plus alors que l’Euro/suisse est toujours à 1.2011, mais Jordan tient bon la barre.

Thomas Veillet, Investir.ch

«Facebook revealed that Ebola was the most popular Facebook topic in the U.S. this year, with the World Cup coming in sixth. So welcome to America, where even Ebola is more popular than soccer.» – Jimmy Fallon



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