La fin de semaine passée et par la même occasion la fin du mois d’avril aura au moins eu le don de laisser planer le doute. Un gros doute sur l’état de l’économie mondiale. Soudainement, alors que tout semblait vouloir se dérouler sans accroc, la fin du mois a fini dans un mur.

Il y a encore quelques jours, nous pensions que le marché ne pouvait pas vraiment baisser et puis là, tout d’un coup, le dernier jour de la semaine et le dernier jour du mois – en tous cas le dernier jour du mois en terme de trading – le marché s’est enfoncé dans ses vieilles craintes.

Aux Etats-Unis, les chiffres économiques n’étaient pas bons, les dépenses du consommateur sont au plus mal, le Chicago PMI n’était pas terrible, sans compter le fait que la Banque du Japon ne veuille pas ou plus aider l’économie (pour le moment) a laissé des traces dans les esprits et les intervenants étaient plus que songeurs vendredi passé.

Siège de la Banque du Japon, à Tokyo.
Siège de la Banque du Japon, à Tokyo.

Ces espèces de gros nuages qui pèsent sur nos incertitudes, sur l’avenir et sur nos non-convictions n’ont pas aidé les gens à se faire une idée. De plus, à quelques heures de la fin comptable du mois d’avril, on pouvait largement comprendre que certains préféraient prendre les «profits» plutôt que de jouer les héros sur le mois de mai, sachant que, comme tout le monde le sait, au mois de mai, il faut tout vendre et partir en vacances jusqu’en novembre.

Vendredi passé était donc placé sous le signe de «je vends tout et on verra la semaine prochaine». Les Etats-Unis ont terminé en baisse de 0,5%, mais c’est surtout en Europe que l’on s’est fait démonter. L’Allemagne et la France terminant en baisse de près de 3%, flinguant définitivement la performance positive homéopathique affichée jusqu’à jeudi soir.

Les raisons sont multiples et variées:
1) Les banques centrales qui semblent à court de solutions – surtout après la rebuffade des Japonais.
2) Les chiffres économiques mondiaux qui montrent que l’adjectif «dynamique» n’est pas encore celui que l’on peut attribuer à l’économie mondiale.
3) des chiffres trimestriels qui sont en demi-teinte, sachant que l’on sanctionne les mauvais de 25% alors que les bons font monter péniblement les compagnies concernées de 1,2%.
4) On peut encore ajouter les mergers qui sont de plus en plus des effets d’annonces, puisque dans le mois qui suit, ils sont interdits par les gouvernements ou refusés par les sociétés elles-mêmes.
5) Le dollar continue d’être faible et ça n’arrange que moyennement les compagnies et l’économie européenne.
6) Bref, l’ambiance est morose.

Du coup, après la fin de mois limite euphorique des marchés européens, on s’est lamentablement dégonflés en fin de semaine.

«Va-t-on tous mourir?»

Pendant ce temps, le pétrole est à 45,51 dollars, l’or est à 1’294 dollars. Ce matin, le Japon est en baisse de 3,6% (encore) et ne parvient pas à se remettre du fait que la Bank of Japan les ait laissé tomber. Autant dire que les marchés ont vraiment de la peine à s’en sortir si les banques centrales ne sont pas là pour leur dire que tout va bien et que tout se passera très bien.

Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne
Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne.

Je vous laisse imaginer ce qui pourrait se passer si Draghi décidait de nous annoncer qu’il ne fera plus «whatever it takes» pour sauver l’économie de la vieille Europe. Donc, ce matin nous sommes à nouveau dans une problématique «va-t-on tous mourir» et si oui, quand?

Nous allons certainement parler du Japon toute la journée. Le yen est à 106,59 contre le dollar, autant vous dire que ça n’arrange personne. Sans compter que le dollar est faible contre tout le monde.

Il suffit que l’on se fasse deux ou trois jours comme ça et il est plus que probable que l’on revienne nous parler de la chanson «sell in May and go away» et que tous les médias reviennent avec leur théorie du krach annoncé.

Sans compter que maintenant, on sait que ce ne sont pas les chiffres du trimestre qui vont nous aider, ces derniers étant officiellement un «non-event», sauf quand c’est mauvais, ce qui permet aux traders de taper comme des fous sur des boîtes qui n’ont rien demander. Les bons chiffres sont sans intérêt pour les investisseurs, j’en veux pour preuve les chiffres de Linkedin qui étaient nettement supérieurs aux attentes jeudi passé après la clôture et vendredi le titre parvenait péniblement à gagner 1,8%. Alors que pendant ce temps, une boîte qui «rate» son trimestre comme Apple et qui n’affichait que 51 milliards de revenus, perdait 14% sur la semaine.

Pas besoin de vous dire que des lundis matin comme celui-là, on n’a qu’une envie c’est monter skier à la montagne vu qu’il a neigé, mais comme les remontées mécaniques sont fermées, on va quand même aller bosser.

Dans les nouvelles du jour, le merger entre Halliburton et Baker Hughes est donc définitivement annulé, encore une fois grâce à l’intervention des autorités. Le FT se demande si le yen va finir par casser les 100, il est vrai qu’on s’en rapproche dangereusement et qu’il n’y a pas grand-chose pour le retenir. En tous cas d’un point de vue technique.

Siège de l' entreprise multinationale Halliburton au Texas.
Siège de l’entreprise multinationale Halliburton au Texas.

Dans les autres bonnes nouvelles, Porto-Rico est donc en défaut de paiement ce lundi matin. Ils ont définitivement raté une échéance de remboursement à la Development Bank.

Le Barron’s pense que l’ISIS sera mort en 2017. Si les médias financiers commencent à faire des analyses géopolitiques, je ne sais pas comment ça va se finir. Le journal pense également que JC Penney peut doubler dans les 12-18 mois. Et Apple est toujours une des compagnies les plus généreuses en terme de dividendes.

En conclusion, cette semaine semble vouloir être placée sous le signe des craintes économiques et sans doute un appel du pied aux banques centrales pour qu’elles viennent nous rassurer. Encore.

En attendant, les futures sont inchangés, l’euro/$ est à 1,1467, le yen vaut 106,59, le GBP est à 1,4607, l’euro/suisse est à 1,0996, le dollar/suisse s’échange à 0,9589 et le bitcoin est à 448 dollars, quant au rendement du 10 ans américain, il est de 1,82%.

Côté chiffres économiques, il y aura les retail sales en Suisse, les Manufacturing PMI au travers de l’Europe, l’ISM Manufacturing PMI aux Etats-Unis et le patron de la BNS qui parlera. On notera aussi qu’Hong Kong, la Chine, la Russie et l’Angleterre seront fermés ce lundi. Ce qui devrait donc signifier que tout sera très calme.

Voilà, je crois que c’est tout ce qu’il y a à dire ce matin. C’est un lundi, c’est calme et l’ambiance est pourrie. Je vous souhaite un excellent café. Bon lundi.

Thomas Veillet / Investir.ch

«We herd sheep, we drive cattle, we lead people. Lead me, follow me, or get out of my way.» George S. Patton



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