Ils tournent, innovent, frappent fort, mais ne sortent pas en salle. Que se passe-t-il avec la nouvelle génération de cinéastes français? La question qui fâche à poser après la cérémonie des Césars 2015

Un Américain qui pense au cinéma français voit Paris. Les terrasses de cafés, Jean Seberg avec le Herald Tribune et l’incontournable Amélie Poulain. Quand un Suisse pense au cinéma français, il visualise plutôt une comédie potache, un film de commissariat pantouflard ou Dany Boon. Pourtant le paysage cinématographique français est bien plus foisonnant que les fantasmes des premiers et les choix de distribution offerts aux seconds.

De jeunes cinéastes qui bousculent les repères, il y en a. Les Cahiers du cinéma les ont mis en avant en 2013, les festivals de Cannes et Locarno les ont programmés, sans que leurs films réussissent pour autant à atteindre nos écrans. Joyeuse bande d’agités de la caméra, ils proposent un cinéma engagé et différent, qui cherche tant dans la comédie que dans le sérieux ou le fantastique à faire bouger les lignes d’un cinéma de grand-papa qui tient trop souvent le haut de l’affiche.

Pourquoi alors ne voit-on pas ces films dans le circuit commercial? Parce qu’ils font peur? Parce qu’on ne sait pas comment les vendre? Parce que le bassin de population est trop petit pour être rentable? Parce que le public qui peut encore se payer les tickets de cinéma ne veut voir que des vedettes? Parce que les multiplexes s’amusent à deviner les goûts du public au lieu de faire confiance à l’intelligence des spectateurs et au bouche-à-oreille?

Antonin Peretjatko et sa comédie burlesque La Fille du 14 juillet, Djinn Carrénard et son Donoma réalisé avec 150 euros,  Yann Gonzales et ses Rencontres d’après minuit qui font fi du réel, toutes ces figures d’une nouvelle génération, à défaut d’avoir eu l’honneur des salles, sont programmées à la Cinémathèque suisse jusqu’à fin février. En parallèle, le City Club de Pully projette Gaby Baby Doll de Sophie Letourneur, équipée drolatique dans la campagne française.

On sent souffler un vent familier chez ces cinéastes. La Nouvelle Vague n’est pas loin. Eux aussi travaillent avec des comédiens qui reviennent de films en films, comme le formidablement foutraque et omniprésent Vincent Macaigne ou le beau Niels Schneider et son visage d’ange. Ils écrivent, tournent et produisent leurs films de manière collective, tentent l’autoproduction et s’échangent les rôles. Comme leurs aînés, ils tournent vite et avec peu d’argent. La plupart, ils se sont formés à l’école des courts et des moyens-métrages, avant et entre leurs projets de longs. Parce que pour être bon, il faut produire, se planter et recommencer, il n’y a pas de miracle.

Montrer ces films et un acte politique de liberté, de lutte pour l’art et pour les histoires intimes, qui se fracassent trop souvent contre des considérations commerciales étouffantes. Impossible de prédire que ces films sont des chefs d’oeuvres qui résisteront au temps. Parfois ils agacent, parfois ils saoulent. Mais ce sont des films qui osent et qui proposent, des films courageux qui ne se préoccupent pas d’un système de distribution qui ne veut pas d’eux.



14 responses to “Le cinéma français qu'on ne voit pas

  1. S’il vous plait, arrêtez de faire circuler le budget absurde de Donoma, on ne fait pas un film avec 150 euros. Cette somme ne couvre même pas le budget boissons, snacks et transports pour 4 personnes !
    En revanche, on peut faire un film indépendant pour quelques milliers d’euros, comme je le fais en ce moment avec mon premier long métrage « LA METHODE BEDDINGTON » : http://www.facebook.com/lelongmetrage

    Merci de continuer de soutenir le cinéma indépendant, celui a qui des couilles et des idées !

    1. A propos des budgets, tout est question d’état d’esprit, votre « budget snack » sonne à mes oreilles de réalisatrice comme une douce blague, quand toute l’équipe travaille bénévolement avec pour seule rémunération la satisfaction du travail bien fait, il est évident que le casse croute est à notre charge, en fait la question ne se pose même pas. De ce point de vu je ne vois pas ce qu’il y a de si absurde dans le budget de Donoma.

    2. Plus que le chiffre – qui dépend évidemment de ce qu’on inclut ou pas
      dans un budget (salaires en participation, organisation de type
      associatif) – c’est l’idée que Donoma s’est fait sans passer par les
      organismes de financement que je trouve intéressante. Qu’on articule 150
      euros ou quelques milliers comme vous le faites justement, on reste dans une fourchette de
      films faits maison, de films artisanaux, de films débrouillards. J’espère
      que ces quelques mots clarifient ma pensée.

  2. Un site de films indépendants en VOD, qui ne fait que du film indépendant et qui l’assume, c’est sur http://www.lovemyvod.fr.. Enjoy 🙂 Et pas mal de films français surtout des talents, des films de festivals, des films qui valent le coup d’être vus, car ils ont été produits avec amour de leur producteur, de leur réalisateur et de leurs acteurs

  3. Il faut quand même garder à l’esprit que quand un film a un budget riquiqui, c’est toute l’équipe qui travaille gratuitement. Le cinéma est-il métier, un gagne-pain, oui ou non ?
    Le CNC a fait un pas énorme sur les cachets des acteurs. Logiquement, cela va permettre à plus de films d’être financés. Il pourrait innover aussi dans les critères d’attribution, et ainsi les films qui osent auraient plus de chance de se faire dans de bonnes conditions.
    L’autre lame de fond, c’est la souscription (on appelle ça aussi crowdfunding). C’est une vraie chance de bousculer l’entre-soi du ciné, dont le milieu est quand même un poil plus aisé que la moyenne.

    1. Dans cette chronique en particulier, je m’intéresse plutôt à la question de la
      distribution une fois les films achevés, quels que soit leur mode de
      fabrication.

      Mais la question de la professionnalisation est évidemment importante pour la continuité et la qualité des films et il est important de réfléchir aux conditions-cadres dans lesquelles les longs-métrages se font, je vous rejoins sur ce point. Je ne suis pas spécialiste de la question pour la France, mais le débat est également sur la table en Suisse. J’en avais notamment parlé dans cette chronique, si le sujet vous intéresse: http://www.sept.info/club/peut-on-faire-du-cinema-fauche-mais-mieux%E2%80%89/

  4. Après avoir auto-produit mon film « Léa, un ange dans ma maison » film fantastique à petit budget (moins de 200k euros), je suis en train de l’auto-distribuer à travers ma société de production. C’est aussi une excellente aventure de rencontrer les exploitants qui veulent bien le prendre pour jouer le jeu. Il y a eu des séances à plus de 100 personnes mais aussi des séance à 1-2 personnes parce que le manque de promotion ne permet pas à un film à micro-budget de se faire connaître du brouhaha médiatique des autres gros films. L’accès aux multiplexes est quasi impossible sauf si on connait le directeur ou le programmateur du groupe. Mais les circuits de films d’art et essai peuvent aider ces genres de petits films. Il faut s’y prendre quelques mois à l’avance , avec afficher et bande-annonce et surtout investir dans une attaché de presse professionnelle qui permet de faire connaître le film à travers les médias.
    L’arrivée du numérique est bien la chance des petits surtout grâce au DCP fichier numérique cinéma. Il y a encore 5 ans il m’aurait été impossible de sortir sur 5 cinémas en même temps tellement le coût de la pellicule était trop cher par aux couts de production.
    Bonne chance pour tous ceux qui se lancent dans le cinéma indépendant voir Ultra Indépendant.:)

  5. Et PISTE NOIRE ??? Personne n’en parle ?
    Parce que si on prétend parler de Cinéma indépendant, ça devient difficilement contournable, non ?

  6. Je tiens à apporter un petit éclairage sur ce chiffre de 150€ annoncé comme étant le budget de Donoma. Sachez qu’il est scandaleusement mensonger. J’ai travaillé à l’époque dans la société de post-production Les Machineurs qui a réalisé notamment l’étalonnage du film et la conformation. La facture, déjà sous-évaluée pour cause de petit budget, était de 15 000€. A cela vous pouvez ajouter toutes les autres factures de la chaîne production. Une vaste opération de com’ a été monté autour du film par une agence spécialisée. L’équipe a fait le tour de France en bus floqué Donoma (comme pour une équipe de foot). Alors certes Donoma a permis de soulever la question d’un financement indépendant différent, et il est aujourd’hui possible de produire un film pour un budget réduit, mais dire qu’il a coûté 150€, c’est proprement faux. Toute personne qui connait la fabrication d’un film se rend vite compte de la supercherie. Le travail d’une équipe technique, d’une équipe artistique, les frais d’industrie, tout a un prix. Cet effet de com’ joue sur la crédulité naïve du grand public et des « aspirants ». Et cela a pour effet négatif de normaliser des conditions de travail et d’exploitation misérables. NON, un film ne coûte pas 150€, excepté peut-être celui que j’ai fait pour les 90 ans de ma grand-mère.

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