Le bénévolat

Depuis la nuit des temps, les êtres humains sont venus en aide à leurs semblables en difficulté et ont fait preuve, d’une manière ou d’une autre, de solidarité. Par ailleurs et souvent, dans la même mesure ils s’entretuaient férocement, ce qui leur permettaient de trouver ensuite l’occasion de s’entraider…

L’engagement dans l’action humanitaire demande beaucoup : du temps, de l’énergie, de l’abnégation, du dévouement, du courage et un rien d’esprit d’aventures qui ne sont pas à la portée de tout un chacun. Avant d’aborder l’action humanitaire proprement dite, parlons un peu d’un concept plus accessible à la majorité de nos semblables : le bénévolat.

Cette forme d’entraide touche une quantité de domaines : les clubs sportifs, les formations chorales et musicales, l’aide aux personnes âgées, handicapées ou aux enfants hospitalisés, l’encadrement des loisirs de la jeunesse, les associations culturelles et quantité d’autres domaines qui facilitent la création d’un lien social et font de cette entraide gratuite une nette plus-value pour la qualité de vie tant pour ceux qui pratiquent le bénévolat que pour ceux qui en sont les bénéficiaires.

L’existence même du bénévolat, de cet altruisme concret, au quotidien, et librement choisi est un signe de santé du « vivre-ensemble »,une preuve de civilisation et un ferment pour renforcer la solidarité et l’empathie ambiante sans lesquels nos sociétés tomberaient vite dans l’exclusion et la barbarie. Les quartiers urbains, les communautés villageoises et rurales dont le bénévolat est absent présentent de gros risques à se déliter, à dépérir.

Le bénévolat pallie parfois l‘inaction, voire l‘incurie, de certains pouvoirs publics qui se déchargent de leurs tâches dans les domaines précédemment cités par manque de volonté politique et plus souvent par manque de moyens en raison de politiques fiscales ne permettant pas une équitable répartition des richesses.

Certaines autorités ont compris tout le bénéfice, social et sociétal, qu’elles peuvent tirer du bénévolat et soutiennent les associations qui le pratiquent. D’autres politiciens n’en n’ont cure et se contentent de constater les économies ainsi réalisées sans réfléchir plus loin.

Certes, il existe des formes de bénévolat qui ne sont malheureusement pas désintéressées. Ainsi en est-il de ceux, qui sous couvert d’aide à autrui, profitent de la détresse et du désarroi des plus faibles pour faire du prosélytisme pour les franges les plus fanatiques ou les plus exclusives des sectes et même des grandes religions. Ainsi en est-il de certaines organisations charitables confessionnelles où la charité est liée au prosélytisme ou d’organisations de jeunesse où l’on apprend plus l’esprit de meute et le repli sur soi que l’ouverture aux autres. Il n’est pas rare que des extrémistes fanatiques, des suprémacistes blancs et pseudo défenseurs de l’occident chrétien aux salafistes en passant par des sectes de toutes sortes, fassent de leurs soi-disant organisations charitables ou de jeunesses, des pépinières de petits soldats potentiellement criminels et terroristes. Certains régimes,( les dictatures fascistes et nazies, l ’Espagne de Franco, le Chili de Pinochet ou la Russie de Staline, l’Arabie Saoudite, l’Iran et quelques autres …) ont utilisé des organisations bénévoles de charité ou d’encadrement de la jeunesse pour asseoir leur pouvoir, espionner, réprimer et même voler des enfants à leurs parents comme dans le régime franquiste.

Il faut cependant se garder de généraliser et j’ai connu des situations où des curés, pasteurs, imams et rabbins se mettaient ensemble pour faire face à des situations de crise tout comme des troupes de scouts ou d’autres organisations de jeunesse dépendant de paroisses chrétiennes qui acceptaient des enfants d’autres religions ou de parents athées sans la moindre intention de les convertir, se contentant de leur apprendre la débrouillardise, la collaboration et l’ouverture aux autres.

Mais d’une manière générale, le bénévolat permet à tout un chacun de mettre gratuitement ses compétences et sa bienveillance au service de la collectivité, dans quelque domaine que ce soit. Cela permet ainsi le maintien d’activités culturelles, sportives ou d’entraide qui sont déterminantes pour la cohésion sociale et la qualité de vie. La reconnaissance par les pairs ou par les bénéficiaires de ces engagements est en soi une gratification suffisante pour entretenir, chez ceux qui pratiquent le bénévolat, cette volonté de continuer à cultiver l’empathie, la solidarité et, ce faisant, la réalisation d’objectifs importants dans les domaines du sport, des arts, de l’éducation, de la vie en communauté.

Avantage non négligeable, cela peut donner envie, au niveau local d’abord, de passer à la vitesse supérieure et d’accepter des mandats électifs, non sur la base d’un arrivisme personnel mais par la présence d’une volonté de servir la communauté et sur la base d’une expérience de terrain, au contact de la population locale. La gouvernance d’une commune exercée par des personnes issues du milieu associatif est souvent plus harmonieuse ,plus ouverte et plus efficace à intégrer à notre Etat de droits et aux règles démocratique une population qui , inéluctablement , perd de son homogénéité culturelle pour devenir plus bigarrée, plus diverses, plus riche en cultures diverses et donc…plus encline au partage, plus joyeuse.

L’action humanitaire

a) un peu d’histoire

Le concept d’action humanitaire tel que nous le connaissons aujourd’hui est relativement récent. Les bibliothèques et le Net regorgent de rapports, d’études historiques et de descriptions des grandes organisations humanitaires

Ne serait-ce que parmi mes connaissances et amis, j’ai recensé ces dernières années des engagements au Pérou, au Nicaragua, en Grèce, au Vietnam et bien sûr en Suisse avec des problématiques aussi diverses que les handicapés, la malnutrition, l’aide à l’enfance ou au troisième âge, les réfugiés, le tout , bien entendu, avec le dénominateur commun de concerner essentiellement des personnes démunies avec peu ou pas de ressources financières. Et cela , c’est sans compter les ONG dédiées plus précisément à la défense des droits humains comme Amnesty International,, Human Rights Watch, et bien d’autres qui sont un peu la nécessaire conscience du monde.

J’avais envie de comprendre un peu, historiquement d’abord, comment est né et s’est développé ce concept d’aide humanitaire et quel en est l’état des lieux à ce jour.

Partout où les humains vivaient en collectivité, l’entraide et la solidarité ont existé, justifiées, parfois définies, codifiées, par les religions et les croyances qui sont apparues au cours des siècles. Dans notre monde occidental, c’est l’église qui a commencé par encadrer ces activités de charité ( les hospices, les ordres caritatifs religieux comme les hospitaliers, les franciscains, les templiers etc.). La charité s’exerçait d’abord au niveau local, à l’égard des plus pauvres, des malades, par les mieux nantis qui s’achetaient ainsi une bonne conscience et, croyaient-ils, leur paradis.

L’église catholique puis les églises chrétiennes en général après la réforme, ont largement chapeauté et organisé ces œuvres de charité. La solidarité, dont le concept théorisé n’est apparu que beaucoup plus tard, s’exerçait de fait à l’intérieur des classes sociales, des communautés locales, des corporations.

On pourrait certainement recenser des attitudes similaires sur l’ensemble de la planète, que ce soit dans le monde musulman, en extrême–orient, chez les Amérindiens ou ailleurs.

Ce n’est que vers le début du 19e siècle, que l’on voit apparaître en Europe et en Amérique du Nord les premiers élans transfrontaliers d’entraide, de soutien à des peuples éloignés, victimes des guerres ou de catastrophes naturelles (On peut citer comme exemples le soutien au Vénézuela touché par un tremblement de terre, l’envoi d’habits aux grecs lors lors de la guerre d’indépendance contre l’occupant ottoman, la fondation de la Croix Rouge par Henri Dunant après la bataille de Solferino etc.).

Malgré cela, la pratique de la charité et de la solidarité reste, jusqu’à la première moitié du XXe siècle, confinée par des barrières idéologiques et sociales. Ainsi, attend-on des pauvres qui reçoivent les chaussettes tricotées par ces dames des ouvroirs de charité, une reconnaissance humble et presque muette mais l’on ne considère pas l’amélioration de leurs conditions de vie comme un droit et encore moins l’on accepte qu’ils se mettent, par exemple, à fréquenter les mêmes lieux que les donateurs. Petit exemple de chez nous, que ma mère m’a rapporté de sa jeunesse fribourgeoise : pendant la guerre civile espagnole les religieuses ursulines, (qui soit dit en passant avaient deux entrées séparées dans leur école, une pour les élèves « payantes » et l’ autre pour les élèves »gratuites ») faisaient prier pour la victoire de Franco et les âmes qui allaient se perdre au premier mai tout en organisant des collectes d’habits pour les rejetons des plus pauvres des franquistes. Pendant ce temps, les mêmes qui selon ces bonnes sœurs allaient perdre leur âme à la manifestation du premier mai, récoltaient des fonds pour venir en aide aux enfants des républicains de toute l’Espagne ou aux communautés villageoises libertaires de Catalogne. On observe bien ici que la charité et la solidarité s’exerçaient souvent à l’intérieur d’un cadre idéologique imperméable malgré l’apparition de la Croix Rouge qui se déclarait neutre, politiquement et religieusement pour pouvoir aider sans à priori, les victimes des deux camps.

Ce n’est qu’en 1945 que le terme ONG apparaît pour la première fois dans l’article 71 du chapitre 10 de la Charte des Nations Unies de 1945, dans une série de dispositions consacrées au Conseil Economique et Social (ECOSOC) faisant allusion au rôle consultatif que pouvaient avoir des organisations ne faisant pas partie d’un gouvernement. Il ne devient courant et « à la mode » qu’à partir des années 80.

Depuis, ces ONG se sont multipliées en même temps que l’ONU mettait en place des organisations internationales dotées de mandats spécifiques ( l’OMS, l’OIT, l’UNESCO,L’UNICEF etc.). Les grandes ONG se sont souvent affirmées comme des compléments indépendants des Etats, moins bureaucratiques que les grandes structures onusiennes.

b) Maintenant

A l’heure actuelle, on entend à peu près le même discours et les mêmes comparaisons entre les grandes organisations non gouvernementales et la multitude de petites associations qui naissent pour répondre de manière immédiate à des situations urgentes et dramatiques : guerres, catastrophes naturelles, crise économique et pauvreté extrême, migration.

Les grandes organisations, pour être efficaces, se sont en effet dotées d’une infrastructure administrative et hiérarchique importante qui leur permet de lever des fonds de manière plus rentable et d’intervenir avec une efficacité et une visibilité accrues. Elles ont l’inconvénient d’utiliser une partie des moyens financiers disponibles pour faire « tourner la machine » avec, parfois, des dépenses administratives importantes qui peuvent susciter des doutes sur l’utilisation réelle des fonds récoltées auprès des donateurs qui ouvrent leur bourse pour des tâches sur le terrain. Parfois, il arrive qu’elles soient peu réactives aux besoins urgents et concrets qui apparaissent sur place, ne serait-ce que par l’obligation d’en référer à une hiérarchie centralisée.

Les petites associations se créent en général pour assumer des tâches précises sur la base d’un bénévolat, total ou partiel, et affichent une traçabilité de l’argent des donateurs bien plus évidente. Elles interviennent en général en un lieu précis et avec une capacité à s’adapter aux situations nettement plus rapide que les grandes organisations. Elles sont plus à l’abri de ce que certains de leurs bénévoles appellent la mentalité de fonctionnaire qui limite, dans les grandes organisations très structurées, à la fois le temps d’intervention (contraintes horaires) et la possibilité de prendre des décisions rapides et nécessaires face aux situations d’urgences. Ces petites structures ou associations prennent cependant le risque de s’essouffler et de disparaître faute de relève une fois que les initiateurs abandonnent pour des raisons d’âge, de santé ou simplement décèdent. Il arrive parfois aussi qu’elles peinent à se coordonner, se dispersent et perdent ainsi en efficacité en raison de problèmes d’ego de leurs leaders respectifs.

Si de la grande majorité des ONG et d’autres petites associations humanitaires émane un authentique désir de solidarité et qu’elles fonctionnent de manière satisfaisante, voire très efficace et surtout transparente, il n’en reste pas moins que derrière le discours charitable de certains se cachent des aspects moins reluisants.

Ainsi en est-il des organisations dont le but ultime est un prosélytisme religieux de mauvais aloi qui peut souvent faire des dégâts irréversibles selon les tissus sociaux dans lesquels elles sévissent. Actuellement, si l’on en excepte certains pans conservateurs, l’église catholique et les églises protestantes officielles, échaudées par le bilan plus que mitigé des missionnaires des 19eme et 20eme siècle, on peut affirmer que la plupart de leurs organisations d’entraide ne tombent pas dans cette catégorie. Ce n’est par contre pas le cas d’une partie des églises évangéliques et de quelques organisations musulmanes qui interviennent de manière ciblée sur des populations fragiles dont elles achètent et extirpent l’adhésion tout en mettant en danger le futur de ces sociétés notamment dans les domaines de l’éducation et des droits de la femme. Il faut ajouter aussi un certain nombres d’individus qui, utilisant l’engouement tiers-mondiste de bon nombres de jeunes occidentaux ont, par exemple, carrément inventé des séjours humanitaires payants dans des orphelinats d’Asie du Sud Est et ailleurs qui n’en n’ont souvent que le nom ( ils recrutent souvent de faux orphelins dans des familles qu’ils dédommagent, chichement, pour cela) et qui ont fait de cette activité un business tout à fait rentable.

On pourrait aussi gloser et lancer le débat sur le rôle politique des organisations humanitaires. Sont-elles des ferments de changement ou au contraire contribuent-elles à masquer l’inertie et les carences des gouvernements face à l’injustice ? Se rapprochent-elles plus de la charité ou de la solidarité ? Evoquent-elles plus les tricoteuses des bonnes œuvres de la paroisse ou incitent-elles à imiter des exemples de solidarité du passé telles que, par exemple, les syndicalistes libertaires catalans des années 30, les disciples de Makhno en Ukraine au début du XXe siècle ou même certaines petites communautés agricoles axées sur le durable, l’écologie et la décroissance qui fleurissent encore aujourd’hui en certains coins de notre planète ?

Je n’engagerai pas ce débat maintenant, tel n’est pas mon propos cette fois : je voulais juste connaître un peu plus, comprendre un peu mieux ces ONG qui peuplent l’actualité et remplissent nos boîtes aux lettres et les pages des réseaux sociaux pour nous demander un soutien. Et ce qui me paraît évident est que personne ne peut ignorer l’importance de l’action humanitaire et que si nous ouvrons les yeux et cherchons un peu, il y aura toujours une organisation qui nous semblera digne de soutien et nous garantira que notre soutien atteigne vraiment son but sans s’effilocher en frais administratifs exagérés.

Finalement, aider son prochain, quelle qu’en soit la motivation, n’est-ce pas juste une condition de survie de l’humanité. ?



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