SYRIE – Le jésuite polyglotte avait pris fait et cause pour la rébellion syrienne

ENTRETIEN – Propos recueillis par BAUDOUIN LOOS (Dans Le Soir, 28 juillet 2014)

Symbole peu banal de la résistance face à la dictature, le père Paolo Dall’Oglio a disparu à Raqqa, dans le nord-est de la Syrie, alors qu’il s’était rendu au QG de l’Etat islamique d’Irak et du Levant pour une mission de médiation pour la libération de prisonniers. Né à Rome en 1954, Paolo habitait depuis 1980 en Syrie où il avait redonné vie au monastère de Mar Moussa.

Nous l’avons rencontré deux fois à Bruxelles, voici ce qu’il disait des débuts du conflit le 17 septembre 2012 : « J’ai eu les larmes aux yeux quand j’ai vu les Syriens manifester, je savais que la répression serait féroce bien que ces manifestations étaient strictement pacifiques. Au début, les gens ont fait preuve de retenue car les Syriens avaient une peur immense d’être condamnés à une guerre civile, à un bain de sang ».

Pour évoquer cette personnalité attachante, nous avons interrogé Marie Peltier, chercheuse belge qui a accompagné Paolo dans son soutien à la cause syrienne depuis 2012.

Pourquoi êtes-vous particulièrement sensible à son cas, comment l’avez-vous connu ?

Le père Paolo est un ami de ma famille depuis plusieurs années. Au début de l’année 2012, alors qu’il avait reçu son premier arrêté d’expulsion du territoire syrien par le régime de Bachar el-Assad (en raison de ses prises de position publiques en faveur de la démocratie et de la liberté), je lui ai proposé de le soutenir, de l’aider en Europe et plus particulièrement ici, à Bruxelles. Quand il fut forcé de quitter la Syrie en juin 2012,nous avons ainsi commencé à collaborer, à travailler ensemble, en vue de sensibiliser l’opinion publique, les médias et le monde politique au drame syrien.

Comment définiriez-vous le lien que Paolo entretient avec la Syrie ? Il a pris parti pour la rébellion, ce qui est plutôt original pour un prêtre…

Paolo tient une place très particulière au cœur de la tragédie syrienne. Il est à la fois chrétien et proche des musulmans, dont il est très respecté. Il a aussi pris fait et cause pour la révolution syrienne, ce qui est une position très minoritaire au sein de la communauté chrétienne de Syrie. Cette position « à part » lui a valu des positions hostiles (du régime en place bien sûr, mais aussi de certains ecclésiastiques), mais également beaucoup de soutien et une « aura » importante, auprès de ceux qui sont attachés à l’avenir de ce pays et de cette région.

On est sans nouvelles de lui mais toutes sortes d’informations funestes non prouvées circulent sur lui, cela doit être éprouvant pour ses proches…

Depuis son enlèvement le 29 juillet 2013, il y a eu en effet de nombreuses rumeurs contradictoires et la plupart du temps rapidement démenties. La notoriété de Paolo a certainement été un des facteurs de cette multiplication d’informations, souvent instrumentalisées par les uns et les autres. Nous sommes en effet passés par beaucoup d’émotions, mais nous avons toujours gardé espoir en son retour.

Comment croyez-vous que le père Paolo réagirait en constatant le différentiel d’émoi et d’émotion en Europe entre la cause de Gaza ces derniers jours et le martyre du peuple syrien qui dure depuis 3 ans ?

Le père Paolo était conscient du caractère presque « mystique » du soutien à la cause palestinienne, qu’il comprenait en raison de son caractère hautement symbolique, alors qu’il devait au contraire constater chaque jour un désintérêt flagrant pour le conflit syrien. Ce manque de solidarité et de considération à l’égard du peuple syrien, qu’il avait vu se lever pour la dignité et la liberté, l’atteignait profondément – ce qui explique aussi qu’il ait voulu se rendre sur place pour tenter de « porter secours ». Mais Paolo étant profondément épris de paix, de justice et de réconciliation, je suis convaincue d’une chose : il serait du côté des victimes des violences, quelles qu’elles soient. Paolo n’est pas quelqu’un qui oppose les causes et les gens, c’est quelqu’un qui n’a de cesse de vouloir les réunir et les réconcilier.

 

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