Dans un entretien accordé à SEPT.info, René Fasel est revenu sur les relations complexes entre la NHL et le Comité Olympique. La route semble encore longue avant de voir débarquer Crosby et consorts aux prochains Jeux de Pyeong Chang. Le Président de l’IIHF, et membre du CIO, était présent à Lausanne début novembre dans le cadre de l’International Federations Forum. René Fasel a évoqué sans détour les enjeux clés d’un dossier épineux. L’ampleur de ce « nœud gordien » paraît incommensurable à 4 ans de l’événement. En 2018, les Jeux Olympiques seront organisés en Corée du Sud. Est-il réaliste d’attendre un tournoi avec les meilleurs joueurs de la planète?

Portraits des membres du CIO "décontractés"

René Fasel: Les négociations sont un long processus. Autour de la table, vous avez de nombreux partenaires: le PA (n.d.l.r. l’Association des joueurs), le CIO, Gary Bettmann (n.d.l.r. directeur général de la LNH), l’organisateur olympique, les fédérations nationales.
Chacun essaye de tirer un peu la couverture à lui ; en fonction d’attentes et de demandes différentes. C’est aussi ça qui rend ce défi si attrayant. J’ai pourtant l’impression que ce sera fois plus difficile d’y parvenir cette fois-là.

L’aspect financier est-il un point de blocage?

RF: Il faut effectivement débloquer des moyens financiers importants. Cela a coûté 7 millions pour amener tout le monde à Sotchi. A ce sujet, je voudrais encore préciser qu’en aucun cas nous payons les athlètes. Ils sont tous venus sans recevoir de salaire. Certains ont affirmé le contraire. C’est faux. Il est clair que le transport, l’hébergement et d’autres aspects de la logistique doivent être payés.

La donne a-t-elle changée depuis les JO de Sotchi en début d’année?

RF: Ce fut relativement facile d’amener les joueurs à Vancouver ou Sotchi, où le hockey est un sport de roi. Nous avions également pu travailler dans la continuité après Salt Lake City (2002) et Turin (2006). L’Asie change tout. En 1998, les stars de la NHL étaient déjà venues à Nagano, dans l’espoir de conquérir un nouveau marché. Le processus n’avait pas été un total succès. Les dirigeants cherchaient déjà à profiter d’une « brand exposure » unique.

«L’Asie change tout.»

Quel rôle peut jouer l’Asie dans le développement du hockey à l’échelle mondiale ?

RF: L’Asie est un marché intéressant pour la NHL et le hockey sur glace en général. En 2022, les Jeux olympiques vont aussi rester sur le continent, que ce soit au Kazakhstan ou en Chine. Cela pourrait être une occasion idéale de construire une vision sur le long terme. La marque « NHL » pourrait également bénéficier d’une exposition plus large dans cette partie du monde sur plus de 8 ans. Il ne faut pas oublier que plus de la moitié de la population mondiale vit en Asie. Le potentiel est évident. On doit désormais faire des études précises afin de pouvoir s’appuyer sur des chiffres. Tout cela reste encore vague.

Est-ce que les succès rencontrés par la NBA en Chine peuvent servir d’exemple ?

RF: On a évoqué ce dossier. L’atout clé de la NBA vis-à-vis de la Chine réside dans le fait que la ligue peut s’appuyer sur des stars chinoises telles que Yao Ming. Ce n’est pas le cas du hockey sur glace actuellement.

Ressentez-vous une réelle demande désir de la part des organisateurs coréens de faire venir les stars de NHL?

RF: La passion pour le hockey en Corée du Sud est incomparable avec ce qu’on a pu vivre à Vancouver ou en Russie. Il n’y a pas joueur coréen en NHL. Malgré tout, la Fédération fait un excellent travail. Jim Paek (n.d.l.r. vainqueur de la Coupe Stanley avec Pittsburgh en 1992) est le nouveau entraîneur-chef. Ils vont dans la bonne direction.

«Tous les meilleurs athlètes devraient pouvoir participer aux Jeux Olympiques.»

Dans quelle mesure, les stars mondiales du hockey sur glace ont-ils leur place aux Jeux ?

RF: Tous les meilleurs athlètes devraient pouvoir participer aux Jeux Olympiques. Ce principe de base reste l’objectif principal de l’IIHF et du CIO. Nous travaillons d’arrache-pied pour atteindre ce but.

Le rêve olympique est-il également un objectif pour les vedettes de la NHL ?

RF: C’est un rêve pour tout joueur de décrocher une médaille, peu importe le sport finalement. L’or olympique a une autre valeur, presque inestimable. C’est une récompense bien différente que la Coupe Stanley ou un Championnat du Monde. Si toute l’infrastructure et la logistique est mise en place pour leur venue, les joueurs auront envie de prendre part à ce tournoi. C’est évident. Il s’agit surtout convaincre la ligue, qui n’est qu’un parti parmi d’autre.

«Un joueur de hockey peut jouer jusqu’à 100 matchs en une saison. Au-delà de ce point, vous avez un vrai problème de santé.»

Pourrait-on imaginer que des joueurs viennent à Pyeong Chang contre l’avis de leur ligue ou de leur club ?

RF: Je ne pense pas. On en avait parlé à Sotchi avec notamment le cas Ovechkin. C’est surtout une polémique médiatique. Quand vous avez signé un contrat de 100 millions de dollars, c’est difficile de s’assoir dessus.

Est-ce que la question de la somme de matchs disputés par les joueurs durant la saison entre en ligne de compte ?

RF: La question de l’agenda doit se poser. Un élément de NHL joue 82 matchs par saison avant les play-offs. Ce n’est pas négligeable. Je dirais qu’un joueur de hockey peut jouer jusqu’à 100 matchs en une saison, en fonction du nombre de voyages. Au-delà de ce point, vous avez un vrai problème de santé.

Pour terminer, j’aimerais vous demander votre avis sur l’évolution des joueurs helvétiques en NHL. Est-ce le reflet des progrès réalisés par le hockey suisse ces dernières années ?

RF: Oui. J’ai toujours dit que dès que la Suisse pourra compter sur 7 ou 8 joueurs estampillés NHL, elle pourrait jouer dans la cour des grands. Ca a été le cas en Suède. Il nous a manqué un peu de réussite à Sotchi mais la base est là. Après cette médaille d’argent, l’attente est toujours plus grande de la part du public. Il s’agit de confirmer désormais.



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