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Au sortir de la Seconde Guerre mondiale et jusqu’à la fin du XXe siècle, la mobilité internationale concernait en premier lieu des travailleurs faiblement qualifiés.

En Suisse, l’immigration hautement qualifiée a plus que doublé entre 1991 et 2014, passant de 30 000 personnes (33% de l’ensemble des entrées) à 70 000 (54%). Au cours de la même période, l’entrée dans le pays de migrants peu formés (avec la seule scolarité obligatoire) a chuté de près de 40%. Tel est le résultat principal qui ressort d’une étude parue dans la revue Social Change in Switzerland du mois d’octobre et signée par Philippe Wanner et Ilka Steiner, respectivement professeur et post-doctorante à l’Institut de démographie et socioéconomie (Faculté des sciences de la société). Ce travail, reposant sur plusieurs bases de données récentes, a été mené dans le cadre du Pôle de recherche national (PRN) On the Move.

L’article rappelle que le début du XXIe siècle se distingue par un solde migratoire total en très forte augmentation. Il atteint près de 100 000 en 2008 et 80 000 entre 2013 et 2016, c’est-à-dire presque autant qu’au milieu des années 1960. Mais les auteurs précisent que ce n’est pas tant cette hausse importante qui laissera des traces à long terme mais bien la spectaculaire transformation des caractéristiques éducationnelles des immigrés.

«Au sortir de la Seconde Guerre mondiale et jusqu’à la fin du XXe siècle, la mobilité internationale concernait en premier lieu des travailleurs faiblement qualifiés, fournissant  la force de travail dans les secteurs de la construction, de l’agriculture, de l’industrie et du tourisme, commentent les auteurs dans une tribune parue dans le quotidien Le Temps du 26 octobre.  La période récente est, pour sa part, marquée par un important développement de la migration hautement qualifiée, orientée vers des activités de plus en plus spécialisées à haute valeur ajoutée.»

La part des migrants hautement qualifiés dépasse les 80% pour les ressortissants de la France et même les 90% pour ceux du Royaume-Uni, d’Amérique du Nord et d’Inde

Cette transformation varie selon les pays d’origine. La part des migrants hautement qualifiés dépasse les 80% pour les ressortissants de la France et même les 90% pour ceux du Royaume-Uni, d’Amérique du Nord et d’Inde. Elle atteint les deux tiers de ceux provenant d’Allemagne et d’Autriche et la moitié de ceux issus d’Espagne et d’Italie, deux pays qui ont, historiquement, fourni d’importants contingents de personnes plutôt faiblement qualifiées à la Suisse. Le Portugal fait figure d’exception avec un taux de migrants hautement qualifiés qui plafonne à 24%, soit moins que l’Amérique du Sud (52%) et l’Afrique de l’Ouest (44%). «Les flux de main-d’œuvre européenne sont aujourd’hui dominés par les universitaires, expliquent les auteurs. En ce qui concerne les Portugais, les migrants peu ou moyennement formés sont surreprésentés tandis que les universitaires restent au Portugal ou choisissent d’autres destinations.»

Ces changements ont surtout été dictés par la demande du marché du travail suisse. L’immigration récente a permis ainsi de compenser partiellement le départ à la retraite de générations de natifs moyennement ou faiblement qualifiés, justement par l’arrivée de migrants originaires du Portugal mais aussi des Balkans et d’Amérique latine. Les autres nationalités ont, quant à elles, répondu à la forte demande de main-d’œuvre hautement formée.

Une indication supplémentaire du lien étroit entre économie et flux migratoire est que plus de la moitié des migrants provenant des pays européens disposaient déjà d’un contrat de travail à la date de leur arrivée en Suisse.

Cependant, la migration internationale n’a fourni qu’une réponse partielle aux besoins du marché du travail. Entre 2010 et 2013, par exemple, elle a permis de combler moins de 30% de la demande pour une main-d’œuvre qualifiée. Ces sont les nouvelles générations de jeunes natifs de la Suisse, plus qualifiés que leurs aînés, qui ont joué un rôle prépondérant dans ce processus.

Il n’en reste pas moins, selon Philippe Wanner et Ilka Steiner, que ces flux migratoires hautement qualifiés ont joué un rôle moteur dans l’essor économique observé en Suisse au début du XXIe siècle.  —


LA SANTÉ DES SANS-PAPIERS

Lancée fin 2017 et pour quatre ans, l’étude Parchemins vise à évaluer les effets que la régularisation des migrants sans-papiers à Genève (connue sous le nom d’opération Papyrus) exerce sur la santé et les conditions de vie de ces personnes qui, par définition, n’apparaissent pas dans l’étude parue dans Social Change in Switzerland (lire article principal). Dans un état des lieux intermédiaire rendu public le 6 novembre, des chercheurs de l’UNIGE et des HUG ont mis en lumière un premier aspect de la problématique, à savoir la détresse psychique des personnes en situation irrégulière. Il en ressort que les migrants sans-papiers vivent dans un stress permanent et sont plus nombreux à souffrir de maladies chroniques comparativement au reste de la population. Ils sont également particulièrement atteints dans leur santé mentale. Ces individus jugent eux-mêmes leur état de santé moins bon dans un exercice d’autoévaluation considéré comme un excellent indicateur de risques de maladie à terme. Enfin, les clandestins, aux revenus limités, renoncent souvent aux soins médicaux.



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