Deux semaines hors du temps. Pendant deux semaines, je n’ai été connecté à rien. Ou en tous les cas, à pas grand-chose. Après quelques jours, j’ai rapidement compris que ça ne servait à rien d’essayer de trouver des infos sur le monde extérieur, là où j’étais. C’était soit ça me coûtait une fortune en «roaming» et je finançais encore une fois les bénéfices de Swisscom qui facturent les frais en itinérance à des prix qui frisent le racket ou je me contentais de regarder la mer et l’horizon au loin en me disant que toute façon, la Grèce et les marchés financiers continueraient à tourner sans moi et que l’Europe (ou plutôt devrais-je dire «l’Europe sur les ordres de l’Allemagne») trouverait donc une solution à la Grèce sans moi.

Et ainsi fut fait. Je n’ai pas pu écrire, ni communiquer pendant deux semaines. Au bout du compte, en me levant ce matin et en lisant les nouvelles, je n’ai pas l’impression d’avoir raté grand-chose. Ou plutôt oui, j’ai raté le sauvetage miraculeux de la Grèce. Mais s’il y a un truc que j’ai appris en 2011, c’est que les sauvetages à la dernière minute pour empêcher l’effondrement de l’Europe, de l’euro et des marchés financiers, ça ne fonctionne pas et qu’un jour, ça finit par nous revenir dans la figure comme un boomerang.

On verra bien ce que tout cela donnera sur le long terme. La méthode du «couteau sous la gorge» qui semble avoir été mise en place par l’Europe vis-à-vis de la Grèce ne me dit rien qui vaille et, même si la poussière semble retomber à «Bruxelles-Corral», je ne suis pas certain que le cas de la Grèce soit définitivement classé. On en reparler dans 3-4 ans, ou peut-être avant.

En tous cas, la solution Merkel a porté se fruits puisque depuis les marchés sont bien remontés, les USA atteignant carrément de nouveaux niveaux records et l’Europe récupérant près de 10% depuis les plus bas. Sauf que maintenant que l’on ne parle plus de la Grèce, il va falloir délivrer au niveau économique et des résultats du trimestre.

Et puis il y a un truc dont on ne parle plus non plus, c’est l’effet magique du QE de Draghi. Je n’ai pas tout lu depuis que je suis revenu dans le monde réel, mais je n’ai pas entendu grand-monde en parler. Bref, il va falloir revenir gentiment aux fondamentaux et oublier momentanément la géopolitique jusqu’à que l’on nous trouve un nouveau sujet qui soit susceptible de faire basculer le monde et accessoirement l’économie et la finance.

L’Autre sujet du moment, ce sont les chiffres trimestriels qui sont en train de dérouler leur longue litanie. Au jour d’aujourd’hui, 74% des sociétés qui ont publié leurs chiffres ont battu les attentes. Aux USA, cela représente 37% des compagnies du S&P500 qui ont annoncé leurs chiffres. C’est, comme d’habitude, globalement meilleur qu’attendu .Ce qui est à noter, et cela un peu plus que les dernières fois (peut-être), c’est l’amplitude des réactions.

Comme nous sommes un peu perdu et que l’on a de la peine à retrouver nos marques, les seuls repères que nous ayons, ce sont les «attentes des analystes». Alors probablement que nous sommes encore un peu perdus après l’affaire grecque, mais ce trimestre, il semble que nous soyons très enclins à donner beaucoup d’importance aux joies et aux déceptions de ces Messieurs, qui, je le rappelle, n’en savent pas plus que vous et moi sur l’avenir des sociétés et sur leur manière de réagir à l’économie actuelle. Globalement, ils ont tous développé une méthodologie à peine plus évoluée que le pile ou face pour fixer les attentes des résultats d’une multinationale et viennent nous dire ensuite s’ils sont déçus ou pas.

Cela donne des «surprises à la hausse» comme chez Google ou Amazon – qui surprend tout le monde parce que «soudainement ils gagnent de l’argent» – et de déceptions à la baisse comme sur Apple parce que «franchement des profits en de 10,7 milliards en hausse de 39% et des revenus de 49,6 milliards en hausse de 32%, c’est pas terrible et on attendait mieux!»…

Bref, je ne sais pas si ce qui se produit en ce moment est la conséquence du fait que depuis 4 mois on ne sait plus parler d’autre chose que de la Grèce, de Tsipras, de la Grèce, de Merkel et de la de la Grèce et de Tsipras, mais une chose est sûre, c’est qu’en cette période de résultats, on a tendance à «sur-Réagir» et ce n’est probablement pas terminé.

D’un point de vue de marché, il vous suffit de tirer un graphique sur trois mois sur le S&P500 et vous verrez que finalement, on est coincé dans le même canal depuis trois et que l’on s’ennuie ferme. On n’a pas l’air de vouloir se lancer dans le crash annoncé depuis des mois. En même temps, il est difficile de croire que le bull market vieux de six ans a encore la niak. Cependant, les taux sont tellement bas et rien ne rapporte rien. L’or est en train de tout casser à la baisse et de construire cette fameuse figure de «tête-épaules» inversée dont je parlais il y plusieurs semaines. Le pétrole qui, il y a encore quelques semaines, ne pouvait plus baisser à 60$ et à nouveau rentré dans ce que l’on appelle un «bear market» et, si me calculs sont exacts, on devrait entendre, dans les jours qui viennent, les prévisionnistes nous dire que «c’est sûr le pétrole va à 20$». Ce matin, l’or est à 1096$ et le baril est à 47.85$.

Pour faire simple: «la Grèce semble une affaire classée mais, pour le reste, on n’est pas plus avancé qu’avant».

En Asie ce matin, la couleur c’est le rouge. Le Nikkei recule de 1,10%, Hong Kong plonge de 2,8% et la Chine après une belle série, se replie de 2,4%.

En ce qui concerne les nouvelles du jour, il faut déjà retenir que l’on s’autorise à penser dans les milieux autorisés que le marché grec pourrait rouvrir demain. Il est certain que ce lundi, il restera fermé. Mais demain, ça devrait pouvoir se faire. Le retour à la normale est presque dans la poche à Athènes.

Autrement la semaine sera lourdement chargée en terme de chiffres économiques, à commencer par le meeting de la FED qui débute ce mardi; la FED annoncera sa décision en ce qui concerne les taux mercredi soir; 100% des analystes qui ont tenté leur chance pensent qu’il ne se passera rien. En plus, ça serait ballot de le faire maintenant, tout le monde est vacances.

Puis ensuite, ça sera la valse des chiffres comme la confiance du consommateur, les Market PMI, ou encore le GDP américain. Le GDO qui semble être LE chiffre le plus important de la semaine, à moins que la FED monte les taux. Pour rappel, le GDP, c’est le chiffre que l’on publie pour le mois ou le trimestre en cours et que l’on modifie et que l’on corrige encore 22 fois durant les semaines qui suivent. Ce qui fait que ça a de l’importance sur le moment, mais qu’en fait, ce chiffre a autant de valeur que le nombre moyen de pampers qu’un enfant de six mois utilise par semaine. Mais ça excite le marché et ça fait des trucs à écrire le matin, alors saluons le GDP qui sera publié jeudi.

UBS a publié ses chiffres ce matin. Ils annoncent un «net income» de 1,21 milliard de francs, alors que les «analystes-experts-visionnaires» attendaient 792 millions. Caramba, encore raté! C’est ce que l’on appelle «battre les attentes». Mais comme d’autre l’on déjà fait avant l’UBS et que ça n’a quand même pas suffit, on va attendre la réaction du marché.

Encore une fois, en jouant les chiffres de l’UBS aux dés, je crois que j’aurais été plus près que ceux qui ont «bossé» sur le sujet.
Le Barron’s pense que Berkshire Hathaway a un grand et beau futur devant lui. Même quand Warren Buffet sera parti. Il semblerait (sans surprise) que l’oracle d’Omaha ait fait tout ce qu’il fallait faire pour assurer la pérennité de son entreprise (sans surprise encore). Le même journal aime ce qu’est Microsoft, ou ce qu’il est en train de devenir. Comme d’autres dans la presse de ce matin, on se demande ce que la récente chute du pétrole va avoir comme impact sur les dividendes des sociétés pétrolières, voire sur leurs chiffres trimestriels.

Ce matin, Le Temps publie un article qui met en avant le fait que les taux d’intérêts négatifs ne sont pas répercutés de manière équitable ou semblable selon les banques ou les clients. En gros, on pourrait presque dire que c’est à la tête du client. Ce qui n’est pas forcément surprenant…

En parlant d’équité et de méthodes de certaines banques, les Echos rapportent qu’un nouveau scandale financier se profile aux USA après la plainte d’un fonds de pension de Boston, qui estime avoir payé trop cher ses achats obligataires entre 2007et 2012. On reparle donc de manipulation des cours, comme pour le LIBOR, comme pour le FOREX et comme pour l’or. Vingt banques seraient impliquées, dont UBS et Deutsche Bank, un grand classique… On dirait que ça n’en finit pas…

Pour ce qui est des chiffres trimestriels de ce lundi 27, il y a du monde: Baidu, Christian Dior, Deutsche Boerse, Philips, MicroStrategy, Morphosys, Norfolk Southern, Sohu, TNT et Valeo. Ce n’est que la pointe de l’iceberg, mais ce sont les plus importants.
Du côté chiffres économiques, nous aurons l’IFO en Allemagne, M3 en Europe, Durables Goods aux USA et le nombre de personnes qui cherchent un emploi en France.

Pour l’instant, l’Asie est au fond du trou, les futurs US et européens sont inchangés. L’euro/dollar est à 1.1008, le yen vaut 123.48, le Bitcoin est à 287$ et le rendement du 10 ans US est à 2.26%. Pour ce qui est de l’euro/suisse, la BNS est en train de faire un fric de folie après avoir racheté à 1.04, puisque le cours est à 1.0568. Ça compensera un peu la claque qu’ils ont prise sur leur position Apple l’autre jour… Comprenne qui pourra…

En conclusion, je suis de retour de vacances et je voudrais vous rassurer: être déconnecté de presque tout, c’est franchement supportable…. Je dirais même plus…

En attendant, bon café, bon lundi et bon début de semaine!

Thomas Veillet, Investir.ch

«Only when the last tree has died and the last river been poisoned and the last fish been caught will we realise we cannot eat money.» – Cree Indian Proverb



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