Je l’avoue, mon titre de ce matin est un peu hypocrite. Ou alors tout simplement frustré ou insatisfait. Je crois que je vais pencher pour mon côté genevois qui fait que je suis incapable de lire une nouvelle dans un journal sans râler. Mais je me soigne, promis.

Mais revenons à notre marché de moutons, la finance internationale. Vendredi, on a encore eu une super nouvelle. Les Non-Farm Payrolls étaient excellents. Au-dessus des attentes. On est les champions, tout va très bien Madame la Marquise, c’est trop génial, l’économie est au top, la croissance est au mieux de sa forme et tout le monde a un job aux USA. Sauf ceux que l’on a retiré des listes. Mais ça, ça ne compte pas, on fait comme si.

Ne soyons pas pinailleurs et adeptes de la théorie du complot sur ce coup là. Les chiffres de vendredi étaient très bons et il ne fallait pas bouder son plaisir.

Sauf qu’après une semaine aussi euphorique que celle que nous venons de vivre, il était difficile de rester complètement concentré sur l’enthousiasme débordant qui était le nôtre, et il était temps de prendre quelque profits, surtout que les zones de résistance qui nous occupent sur le S&P500 en ce moment étaient encore très fortes en ce vendredi, trop peut-être.

Nous nous sommes donc mis en mode «vendez la bonne nouvelle et prenez les profits, on verra bien ce que la semaine prochaine nous réserve». Sans compter que comme nous, les investisseurs, les traders et les spécialistes de l’investissement international, jouent toujours avec un coup d’avance. Tout visionnaires que nous sommes, on s’est immédiatement dit qu’avec des chiffres pareils, la FED n’avait pas d’autre choix que d’avancer la date à laquelle elle allait monter ses taux.

Comme si la FED avait un calendrier affiché au mur, calendrier sur lequel Janet Yellen déplace une petite cible miniature qui est censée représenter la date de la première hausse des taux. On imagine qu’à chaque publication de chiffres économiques, ils refont les calculs et re-re-déplacent leur cible imaginaire. Il est vrai qu’il serait dommage qu’une hausse des taux trop brutale tue ce que l’on appelle la croissance. Bon, en même temps, actuellement avec une croissance réelle qui se rapproche plus de l’électro-encéphalogramme d’une table de salon, il me semble que l’on ne risque pas grand-chose si on montait les taux trop tard. Mais il paraît que c’est pas vrai, alors autant s’inquiéter le plus tôt possible, histoire de ne pas se faire avoir comme pour la crise des subprimes.

En même temps, s’il y a un truc que j’ai appris dans ce métier, c’est que l’on finit TOUJOURS par se faire avoir. Et de la façon la plus humiliante possible. Mais bon, ça n’engage que moi.

La semaine passée s’est donc terminée en pente douce, prises de profits et plans pour le week-end. Alors, bien sûr, on a aussi observé les comportements de certaines actions, comme l’explosion de Twitter et la destruction de GoPro. Comme quoi la chance tourne trimestre après trimestre. Twitter est à nouveau en odeur de sainteté dans le monde merveilleux des médias sociaux et GoPro vient de se rendre compte que, finalement, ils ne vendent que des caméras et que, mis à part les types qui sautent depuis une falaise en vélo et qui s’échangent leurs parachutes en plein vol, la caméra embarquée de bébé qui fait ses premiers pas et la GoPro fixée sur la casquette, alors que l’on va au buffet de l’hôtel pour rechercher du Nutella, n’intéresse pas toute la communauté du web…

Si vous avez déjà été invité par des amis pour «visionner leurs films de vacances», vous devez savoir ce que je veux dire.

La bonne nouvelle de vendredi passé, c’est que nous avons un peu moins parlé de la Grèce. La mauvaise, c’est que Tsipras bosse aussi le week-end et que l’on va en reparler ce matin. En effet, il a annoncé dimanche que son pays n’accepterait pas une prolongation du bailout mis en place par l’Europe, alors que les leaders du monde libre et heureux de l’Europe continentale veulent que Tsipras fasse exactement le contraire de ce qu’il a dit. Ça promet une bonne ambiance au sommet qui est prévu cette semaine.

En même temps, Tspiras est à peu près aussi volatile dans ses prises de décisions qu’une société active dans les réseaux sociaux. Ce qui veut dire qu’il peut encore retourner sa veste d’ici-là. Sinon il ne restera plus qu’aux Européens à envahir la Grèce.

Toujours à propos de la Grèce, ce week-end nous avons aussi eu Greenspan la Science qui est sorti de sa maison de retraite. Les Français ont Dédé la Saumure qui raconte les histoires de «négociations politique » de DSK et, nous, dans la finance, on a Greenspan la Science qui profite de chaque excursion hors de sa maison de retraite pour passer dans les locaux d’un journal local pour donner sa vision de l’économie. Puisque lui, il sait. Contrairement à moi qui suis toujours le dernier au courant.

Greenspan a donc dit plein de trucs. Mais sur la masse de tout ce qu’il a dit, il y a un truc qu’il faut retenir: «Ce n’est qu’une question de temps avant que la Grèce sorte de l’Europe». Voilà, ça c’est fait.

Reste à savoir ce que ça fera quand la Grèce s’en ira. Depuis le temps qu’on en parle et à voir la manière dont Tsipras fait tout pour se fâcher avec tout le monde, cela ne devrait donc pas être «monstre étonnant» et, pourtant, je crains que certains en Europe risquent de prendre ça comme un échec personnel. Affaire à suivre. Mais que l’on se rassure, on va en parler, encore et encore, dans les jours qui viennent. Oui, car la Grèce c’est LE SUJET du moment, la mode c’est de porter un t-shirt bleu et blanc et d’être de gauche.

Du côté des vases communicants, rien de neuf. Le pétrole est toujours au-dessus des 50 à 52.03$ et, en contrepartie, l’or se traîne en-dessous des 1250 à 1238$. Dès que le baril repassera sous les 50 (et il va y repasser), l’or repartira en-dessus des 1250$ et on RE-parlera du break-out des 1300$… Pour le moment les deux or(s) sont indéniablement connectés à la vie à la mort. Pour le moment, en tous les cas.

Ce matin, l’Asie est un peu déboussolée. Le Japon remonte parce que le yen baisse et Sony baisse parce qu’ils sont beaucoup montés vendredi. Le Nikkei est en hausse de 0.26% à quelques minutes de la clôture. À l’ouverture, la Chine et Hong Kong étaient en baisse parce que les chiffres des importations et des exportations continuaient de tirer une sale tête et que, du coup, on craignait pour l’avenir économique la Chine. Les vendeurs étaient donc bien présents. En plus, JP Morgan retire sa recommandation bullish sur la Chine et devient soudainement plus méfiant.

Sauf que, comme tout va plus vite en Chine, en milieu de séance, on avait déjà tourné la veste et, à l’heure où je vous parle, le marché chinois est en hausse de 1.1% et Hong Kong est toujours dans le pâté.

Dans les autres nouvelles de la journée, on peut retenir que l’Italie a augmenté ses prévisions de croissance de rien à «pas grand-chose-mais-quand-même». C’est le Président de la Banque d’Italie, Monsieur Visco, qui a dit que les mesures prises par son compatriote, Monsieur Draghi, allaient permettre à l’Italie de voir les choses un peu plus en rose.

En Corée du Nord, on tire des missiles pour montrer à «l’Ouest» que l’on a des gros biceps, pour ne par dire autre chose. L’Ukraine est toujours un problème que l’on n’arrive pas à résoudre mais que les marchés financiers n’intègrent plus dans leur équation (pour le moment). Merkel va tout de même rencontrer Obama à ce sujet.

Alors que tout le monde se demande si la Grèce va rester ou partir, on parle moins du fait qu’à Londres on se demande aussi «à quoi bon rester». Actuellement, le monde financier londonien se déchire entre ces deux options: «Should I stay or Should I go». Les banques d’investissements veulent rester et les Hedge Funds font campagne pour le «Brexit». Je dois dire que cela serait fort drôle si la Grèce ET l’Angleterre quittaient le navire en même temps.

Autrement, Buffet est sous la pression des analystes qui couvrent Berkshire Hatthaway; ils lui reprochent de ne pas être assez transparent sur ses investissements. Ça s’appelle de la jalousie ou un soudain regain de déontologie. Bill Gross déclare qu’il ne va pas créer un second PIMCO chez Janus. Ça c’est de la news intéressante qui demande au moins la première page du FT.

Ce matin, on parle aussi de Swissleaks, Le Temps se fait plaisir sur les fuites et les dérives passées d’HSBC.

Côté chiffres économiques, nous aurons le trade balance en Allemagne et c’est tout. Pour les trimestriels, il y a toujours un paquet de monde qui publie, mais nous en sommes aux «second liners», rien de bien intéressant, rien qui devrait faire bouger le marché. Je pense qu’il y a largement assez de sujet géopolitico-économico-financiers à aborder, sans se prendre la tête avec les chiffres du trimestre de Tidewater ou de Sohu.com, à moins que vous soyez actionnaire de l’un des deux.

Pour l’instant, les futures sont en baisse de 0.3%. L’Euro/$ est à 1.1328, le Yen vaut 118.84, le Bitcoin est à 219$ et l’Euro/Suisse vaut 1.0487. Le 10 ans américain offre un rendement de 1.91%, ça remonte comme une fusée. Du coup, les fonds de pension suisses qui pensent stocker des montagnes de cash dans des coffres vont peut-être réfléchir. Ai vu le reportage sur Mise au Point hier, irréel.

En résumé, le sujet numéro un de la journée et de la semaine, c’est la Grèce.

Thomas Veillet, Investir.ch

«Jeb Bush admitted that he smoked a notable amount of pot in school. He said, ‘You would too if your parents had named you ‘Jeb.’» –Conan O’Brien



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