A un mois de la conférence de Paris sur le climat (COP21), le climatologue français Jean Jauzel, membre du comité de pilotage, se montre relativement optimiste. Invité à Lausanne à l’occasion d’une conférence sur l’adaptation au réchauffement climatique, organisée par le canton de Vaud, l’ancien vice-président du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) participe depuis une trentaine d’années aux recherches et aux négociations internationales.

Presque tous les pays ont soumis leur contribution volontaire à l’effort contre le réchauffement climatique, est-il donc certain qu’il y aura un accord contraignant à Paris ?
C’est très probable. Cet accord risque toutefois de ne pas être assez ambitieux par rapport à l’objectif auquel tous les pays ont adhéré, à savoir prendre des mesures pour éviter que le réchauffement climatique à long terme n’excède deux degrés. C’est assez difficile d’évaluer vers quoi on va avec ces contributions, qui portent sur les dix à quinze prochaines années, alors qu’il faudrait considérer jusqu’à la fin du siècle, mais il est clair qu’on aura un accord qui ne sera pas assez ambitieux. On a fait probablement la moitié du chemin.
Le point positif, c’est qu’il y a la possibilité d’une clause de révision. Jusqu’ici la Chine y était opposée, il semble qu’elle soit maintenant prête à l’accepter. Ainsi on sera en mesure de remonter nos ambitions assez rapidement, d’ici 2020, pour se rapprocher de l’objectif des deux degrés.

Mais on oublie parfois que ce n’est qu’un début, les efforts devront encore s’accentuer par la suite pour diviser nos émissions par trois d’ici 2050…
A la fin de la période couverte par l’accord de Paris, en 2025 ou 2030, nos économies devront être prêtes à faire le grand saut. Le changement passe par là, et d’ici là il faut que tous les investissements, dans les villes, les transports, les infrastructures, soient effectués dans cette perspective.

Ça veut dire aussi qu’il faut désinvestir maintenant des énergies fossiles ?
Oui. D’ailleurs la campagne de désinvestissement « Keep it in the ground » repose directement sur les conclusions du dernier rapport du GIEC. Nous ne pouvons utiliser plus de 20% des réserve d’énergies fossiles. Il faut désinvestir maintenant et poser la question des nouvelles explorations.

Mais cet objectif ne figurera pas dans l’accord à Paris ?
Non. On ne discute pas directement d’une limitation des énergies fossiles. Mais chacun sait que si on utilise davantage que 20% des réserves mondiales, c’est incompatible avec un réchauffement de moins de deux degrés.

Le lobby pétrolier sera fortement représenté à Paris…
Oui. Mais le secteur fossile connaît les conclusions du GIEC, et ne dit pas que ce n’est pas vrai. Il demande seulement : mais comment on fait ? L’état d’esprit change. Certaines compagnies pétrolières ont par exemple signé un appel en faveur d’un prix pour les émissions de CO2. Cela dit, le secteur pétrolier n’est pas encore prêt à laisser l’essentiel des réserves dans le sol. C’est un des défis auxquels nous devons faire face.



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