Le Titanic a coulé avec son orchestre qui berçait les passagers d’insouciance. Aujourd’hui, les passagers du vaisseau Terre ont besoin de haut-parleurs qui exposent clairement où nous mène l’insouciance écologique de notre civilisation.

Les médias ont commencé un peu tard à sonner le tocsin. Finie l’absurde objectivité qui, disait Godard, «donnait 50% aux Juifs et 50% aux Nazis». Les climatosceptiques ne sont pas bâillonnés, juste remis à leur petite place. Mais il faut aller bien plus loin!

Le vaisseau mondial n’ayant pas de pilote, et les Etats pas de courage, une place est à prendre. L’info, c’est le système nerveux de l’humanité. Rien d’autre que des médias conscients de leur rôle et organisés, rien d’autre ne peut faire bouger les gens et les choses assez tôt et assez vite pour désintoxiquer nos économies droguées au fuel fossile. En plus, une telle narration des pollueurs et des changeurs du monde, des solutions et des bloqueurs de solutions, a de quoi passionner le public.

Et là, ce n’est plus seulement l’affaire de journalistes talentueux et fouineurs. L’industrie médiatique dans son ensemble (y compris cinéma, show-biz, internet et cie) doit être poussée à empoigner sa responsabilité sociale de façon créative, et pourquoi pas, profitable. Plus de 200 chaînes radio-TV publiques en débattent à l’initiative de l’Unesco. Deutsche Welle a lancé son Global Media Forum. Le Guardian prévoit dans sa charte une sensibilisation journalistes-lecteurs à deux sens. Le National Geographic, en mobilisant le public et d’autres médias, a reçu de l’ONU le Prix « Champion de la Terre » 2015 grâce à son « art du récit visant à éclairer, captiver et changer le monde. » Avec Ushuaia, Nicolas Hulot a fait son coming out du divertissement frivole. BBC Media Action et Bloomberg s’engagent aussi.

Reste à concerter ces initiatives. Les chefs des empires médias, ainsi que des fédérations professionnelles, devraient débattre avec le secrétaire général de l’ONU: comment dialoguer avec les Terriens sur la transition écologique? Bien sûr, de façon pluraliste, critique et contradictoire. L’ancien rédacteur en chef du Times of India, en pleine tourmente terroriste dans les années 80, affirmait déjà: «Nous savons que nous avons une responsabilité. Mais nous ne voulons personne qui nous dicte comment l’exercer.»

Et si, après Paris, se créait à Genève un Forum mondial des médias durables – à l’image du mouvement RE-100 des multinationales s’engageant à passer à 100% au recyclable et au renouvelable? Qui en prendra l’initiative?

Chronique parue préalablement en décembre dans le numéro 15/6 d’EDITO, magazine suisse des médias.

 



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