Désormais, l’actualité médiatique est rythmée par les attaques terroristes qui se multiplient à travers le monde. Ce sont elles qui dessinent la trame de la narration, de notre narration actuelle: nous devons nous prémunir face à des nouveaux barbares que rien n’arrête, qui tuent comme aux temps anciens, au nom d’une religion, et qui frappent jusqu’à nos portes.

Car personne en effet ne peut nier l’ignominie d’une telle violence ´brut’, qui vient semer la peur et l’effroi.

Ces attaques, qui frappent nos esprits par leur caractère aveugle et archaïque, viennent raviver une mythologie très présente dans notre inconscient collectif: celle d’une civilisation, la nôtre, à défendre, à protéger, qui doit lutter pour préserver ses acquis et sa sécurité. Les terroristes le savent parfaitement: ils griment nos fantômes, en se drapant des oripeaux d’antan, des couteaux et des guenilles droit sortis d’un passé – notre passé – pas si lointain.

Et il est vrai que tout pousse à lire les choses sous ce prisme-là: il y a d’un côté les Lumières, les civilisés, les ouverts d’esprits, les chrétiens aussi, et de l’autre les barbares ignorants, qui veulent nous anéantir.

Rien dans cette narration ne nous dit d’où nous reviennent ces fantômes, pourquoi maintenant, pourquoi avec une telle force. Rien ne nous dit comment cette « civilisation » est en fait si fragile, puisqu’il suffit de « quelques fous » pour la faire vaciller.

Rien ne nous dit non plus pourquoi d’autres « fous » ne nous menacent pas, eux. Mieux encore, pourquoi ils prétendent nous protéger, se présentant comme notre « rempart » en régions hostiles. La politique israélienne ne nous menace pas. La répression assadienne ne nous menace pas. Sisi ne nous menace pas. Les dictateurs africains ne nous menacent pas. Même les iraniens ne nous menacent pas, au fond. Avec ceux-là, on peut pactiser, car ils nous préserveront. Qu’importe les bombardements, les exécutions, les exactions dont ils sont les auteurs. Qu’importe que leurs victimes soient au final bien plus nombreuses, car ce ne sont pas les nôtres, ou ceux qui nous ressemblent, qui sont visés.

Les barbares exposent leur violence.
Les « civilisés » la cachent.
Mais c’est pour notre « bien », alors on se dit qu’ils font « bien » de la cacher.

Jusqu’à ce que les barbares…



One response to “Choc des civilisations: dis-moi qui tue, je te dirai qui tu es

  1. « Oui, il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXe siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il vitupère, c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est que l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique. »

    Aimé Césaire.

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