Le Courrier organisait samedi dernier un après-midi de tables rondes sur la presse alternative. Beaucoup d’intervenants ont répondu présents pour débattre d’abord de la question du financement puis de la liberté d’information.

Information, liberté, démocratie. Le chemin qui mène à l’image du « watchdog » était tout tracé. En cours*, l’image revient souvent. A s’attarder sur cette métaphore, et en profitant du soleil dominical au parc, on constate qu’il existe autant de sortes de médias que de races de canidés. Taille, caractère, agressivité, intelligence, rapport à l’être humain : la variété est immense. Le ton animalier du texte qui suit n’est pas là pour faire dans la moquerie, mais bien pour pousser jusqu’au bout la comparaison.

La distinction qui me vient spontanément est d’abord celle de la taille, de la hauteur sur pattes. Nous aurions d’un côté, les plus de 50 cm au garrot. J’ai nommé, les médias « mainstream ». Ils sont hauts, aboient fort mais n’attaquent pas vraiment. Des bonnes bouilles, souvent trop mous, et dont le regard nous fait craquer. Ce sont de bons chiens. Ils obéissent, vivent longtemps. D’ailleurs, quelle image cocasse que celle que j’ai eue samedi durant la table ronde : les représentants de Tamedia, Ringier et Axel Springer à la place de ceux de Gauche Hebdo, Vigousse ou Moins !, échangeant des tuyaux pour trouver de nouveaux financements… « Nous souhaitions payer nos rédacteurs, mais ceux-ci tiennent à rester bénévoles. »

De l’autre côté de la barrière, les plus petits. Alors oui, le chihuaha entre dans cette catégorie. Parfois pour la déco, mais quand même très attachant. Un peu comme ces médias hyper (j’insiste !) locaux, mais auxquels nous tenons tant. Le petit journal de la commune, distribué en tous ménages quelques fois par année. Non pas que je les dénigre, bien au contraire. Leur proximité extrême avec le lectorat en fait des acteurs appréciés et nécessaires. C’est bien au niveau de leur contribution au débat démocratique que leur importance est moindre. Et c’est bien de cela dont il s’agit ici.

Parmi les plus petits toujours, les médias dits « alternatifs », invités à la table ronde du Courrier se définiraient plutôt comme des « roquets ». Ceux qui aboient sans arrêt en bas de l’immeuble. On fait mine de les ignorer souvent, mais ils sont là, infatigables et à l’affût de chaque passant. Mine de rien, leur aboiements répétés résonnent en bruit de fond, comme pour ne pas qu’on les oublie. Mais je n’ai pas parlé de chiens dangereux, nuance. Au contraire, ils tentent de se faire entendre pour dénoncer ce qui est sous nos yeux, mais que bien souvent on ne voit pas.Dans la famille des roquets, on trouve là encore des espèces différentes. Entre le pure player français Basta !, le mensuel Moins ! ou Gauche Hebdo, les différences de pelage et d’alimentation sont multiples. Différences de supports, de ligne éditoriale, de perspectives pour la suite. Des distinctions, mais aussi des similitudes. Il est intéressant d’observer une réticence assez généralisée face aux nouvelles technologies. A part évidemment Basta !, présent uniquement en ligne depuis 2008. La Wochenzeitung alémanique affirme ainsi haut et fort, alors que Gauche Hebdo « n’a juste pas les moyens de produire deux journaux ».

Si les ressources humaines, financières et techniques manquent dans la plupart des cas, les médias « alternatifs » peinent encore à trouver un moyen, un sens à leur présence en ligne.

Les représentants des différents titres romands, alémanique et français ont échangé durant plus d’une heure.

Les représentants des différents titres romands, alémanique et français ont échangé durant plus d’une heure.

Il n’empêche, les roquets ne cesseront pas d’aboyer de sitôt. Autant ces petites bêtes-là sont fragiles : (faibles revenus, incertitude financière, recherche de fonds permanente), autant elles peuvent s’appuyer sur un lectorat fidèle (à en croire que les rôles entre maître et animal se seraient inversés), qui apporte son soutien et se mobilise. Cela fait d’ailleurs penser à ce qu’il s’est produit récemment en France, avec le sauvetage de Mediapart et Arrêt sur images via la plateforme de crowdfunding Ulule. Pour mémoire, ces deux titres ont été amendés par le fisc français pour des arriérés non-payés suite à l’application d’un taux de TVA inadéquat sur les abonnements de leurs lecteurs ou spectateurs.

Face à l’éternel nerf de la guerre, la réunion, la fusion, le partage, l’échange se présentent souvent comme des solutions. Basta ! et d’autres ont créé en France le portail des médias libres, proposant une sorte de revue de presse des articles des titre affiliés…

A la manière de ce que propose l’application Blendle pour les médias « mainstream » ? Le débat est ouvert…

N’oublions pas cependant que la catégorisation abusive est dangereuse. Ce classement est grossier et des croisements de races existent en nombre.

Mais soulignons quand même que si toutes les espèces en arrivent à se mélanger, on n’obtiendra alors plus qu’une seule et même race bâtarde…

* Je suis étudiante à l’Académie du journalisme et des médias de Neuchâtel

Cet article a été publié au préalable sur Edito.ch



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