Depuis un moment déjà, Bruxelles ressemble à une ville sous cloche. La nuit comme le jour, les sirènes hurlent et s’essoufflent, stridentes puis ténues, nous faisant sentir comme sur un fil, ténu lui aussi – mais lequel?

Pas un jour où « quelque chose » ne vient pas vouloir nous rappeler que « quelque chose » est différent désormais. De portes closes, de stations en institutions, de gares fermées, de rues bouclées, de sacs fouillés, de flics et d’hommes armés. Oh, pas grand chose. Si peu de chose au regard de ce que vivent certaines villes clouées au bois de l’horreur et de la peur depuis tant d’années. Si peu de chose d’ailleurs que « çà » ne se voit pas. Ou si peu. Si peu de chose que « çà » n’est peut-être rien au fond. Rien qui pourrait vraiment nous déranger ou nous faire changer.

Et pourtant, à l’intérieur, quelque chose a changé. Silencieusement, insidieusement, dans les regards et les sursauts, dans le froid la nuit et dans la lumière le jour, quand tout est pareil mais qu’en même temps, quelque chose nous dit que « quelque chose » est différent.

« Même pas peur » qu’on nous avait dit.

Les uns nous disaient que notre peur serait le signe qu’ « ils » auraient gagné. Les autres nous disaient que notre peur servirait de fer de lance à ceux que l’on combat ici, ceux-là que l’on pourfend par ailleurs, et qu’elle justifierait qu’on perde un peu plus de notre liberté.

Il fallait donc continuer. Et faire tout comme avant. Comme si rien n’avait changé.

Pourtant depuis longtemps déjà, quelque chose avait changé.

Depuis qu’ici un homme armé avait tué 4 personnes de sang froid parce qu’elles se trouvaient dans un lieu symbole d’une différence qui semble chaque jour un peu plus lourde à porter.

Depuis que dans une ville pas si lointaine, des gamins d’ici avait fait couler un sang dont on ne comprenait bien ce qu’ils pouvaient lui reprocher, semant l’effroi dans les coeurs et dans les corps, dans cette ville là – bas et dans cette ville-ci aussi, qui ne comprenait pas bien non plus ce qu’elle avait bien pu enfanter.

Et puis depuis que ce même effroi nous avait déchiré ici quelques mois plus tard, dans ces lieux où nous passions si souvent, meurtrissant des gens que nous rencontrions si souvent.

« Même pas peur » qu’on nous avait dit. On fait tout comme avant.

Mais elle se cache où la peur quand il n’y a que les sirènes pour l’exprimer?



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