En juillet 2013, Paolo* se rendait à Raqqa, inquiet de ce que lui avaient dit des citoyens de la ville récemment libérée du joug d’Assad qui, en plus de continuer à subir quotidiennement les bombes du régime de Damas, faisaient désormais face aux exactions d’un groupe terroriste venu d’ailleurs.

Plusieurs personnalités de la société civile locale avaient été enlevées par ce groupe. Le soir de l’enlèvement de Paolo – qui a voulu aller à la rencontre des ravisseurs pour négocier ces libérations – quand un ami m’a appris au téléphone la nouvelle, j’ai aussi appris le nom de ce groupe dont personne ne parlait ici: « l’état islamique d’Irak et du Levant ». Je lui ai demandé, lui qui connaissait très bien la situation : « sont-ils dangereux? » – « oui, ils sont dangereux »…

Un peu plus de 2 ans plus tard, 130 personnes ont été tuées à Paris par ces salauds, d’autres à Tunis et Beyrouth et ailleurs, ma ville s’est transformée en « safe room » gardée par des militaires, daech est sur toutes les lèvres, tous les mots, tous les écrans jusqu’à l’obsession. En 2 ans, ce qui ne préoccupait que quelques uns, est devenu le sujet d’action, mobilisation, verbalisation, intellectualisation de tous, tous-ceux là qui pour la plupart s’en fichaient bien de Raqqa en juillet 2013.

Alors pour ma part, si j’ai un peu du mal à entendre beaucoup de considérations actuelles, c’est qu’elles me semblent pour la plupart vent et inconséquence au regard de cette genèse et cette réalité-là.

Je n’ai pas oublié Paolo.
Je n’ai pas oublié non plus Raqqa en juillet 2013.
Je n’ai pas oublié que ce qui nous frappe aujourd’hui si violemment au visage avait pris forme là, à ce moment-là, quand nous pensions encore que l’horreur était lointaine et inaccessible,
quand nous pensions de la barbarie qu’elle ne nous concernait pas…

(*) Paolo Dall’Oglio, jésuite italien vivant en Syrie depuis 30 ans, a été enlevé par daech le 29 juillet 2013 à Raqqa, en Syrie.



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