En direct de Londres

La rengaine est presque éculée : « le sport est apolitique », et ses terrains ne doivent pas devenir les otages de revendications politiques, raciales ou sociales de quelque nature que ce soit… mais que l’on soit obligé de le rappeler sur un terrain de cricket (oui oui, de cricket!), cela ressemblerait bien à un crime de lèse-majesté.

C’est pourtant bien ce qui arrive à Moeen Ali, l’une des stars du cricket outre-Manche qui a revêtu deux bracelets cherchant à attirer l’attention publique sur les ravages du conflits en cours au Moyen-Orient (« Save Gaze » et « Free Palestine »), lors de son dernier match international … mais la situation n’est pourtant pas si claire, preuve de la complexité du rapport au politique pour les institutions sportives.

En effet, la fédération d’Angleterre et du Pays de Galles n’a pas vu de problème à ce que son joueur porte ses bracelets, au demeurant assez discret, mais l’institution internationale régissant le cricket – l’International Cricket Council (ICC) – ne veut pas de signes distinctifs et revendicatifs (politiques, raciaux ou religieux) sur ses terrains, et le joueur va devoir se séparer de ses bracelets lors des rencontres internationales à venir, ou alors accepter de se voir infliger de lourdes sanctions allant jusqu’à la suspension.

Il semble donc bien y avoir deux interprétations du port d’un même objet. D’un côté, on juge qu’il n’y a pas de caractère ostensible dans le message « politique » ; de l’autre, on cherche à préserver le sport de toutes les manières que ce soit. Autrement dit, s’oppose une vision politique du sport qui peut se faire le porte-voix de causes contemporaines (sous certaines conditions) et une vision exclusive du politique qui chercherait encore et toujours à instrumentaliser le sport pour servir ses propres fins. Du reste, la décision de l’ICC rappelle évidemment celle de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) quelques semaines avant la Coupe du monde, interdisant  tout message politique mais autorisant, dans le même temps, le port de signes religieux sous certaines conditions … pour permettre une diffusion encore plus importante de la pratique à travers le monde, et notamment au Moyen-Orient, où devrait avoir lieu prochainement la 22ème Coupe du monde.

Fait intéressant et non dénué d’une certaine ironie, le même jour, sur le terrain de cricket, l’ensemble des joueurs de l’équipe britannique de Cricket portait sur leurs cols un signe de commémoration pour les héros de la Grande Guerre, dont nous allons célébrer le centenaire dans quelques jours (pour les premiers échanges de tir), mais n’est-ce pas également politique ? Ou alors, est-ce que l’on essayerait de créer une hiérarchie entre les conflits et entre les causes … politiques ?



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