Il y a des noms qui se portent plus facilement que d’autres, tant leur simple évocation peut en faire surgir une image puissante, si bien positive que négative. Ernesto Che Guevara, argentin devenu cubain au cours de sa vie, marqua le 20ème siècle de son empreinte, symbole d’une révolution qui aujourd’hui s’interroge sur son avenir quatre mois après le décès de Fidel Castro.

Canek Sanchez Guevara, lui, n’a jamais eu la chance de connaitre son grand-père, décédé en Bolivie en 1967, soit sept ans avant sa naissance. Ce petit fils du Che a vécu au cours de sa vie dans de nombreuses villes: La Havane, Mexico, Monterrey, Oaxaca, Barcelone, Milan ainsi qu’à Marseille. Artiste à part entière, il fût musicien, photographe et écrivain. Il est décédé en janvier 2015 des suites d’une opération du cœur. 33 révolutions est son unique roman.

«L’espoir se fait rare. Seule la mer, au loin, promet encore quelque chose…»

En utilisant la métaphore d’un vinyle rayé qui ne cesse de tourner dans le vide, 33 révolutions dépeint un pays où l’utopie a sombré peu à peu dans une dystopie. Le personnage principal, il ne sera jamais clairement nommé, est un fonctionnaire travaillant pour l’Etat cubain. Muni de son appareil photo argentique, il observe ses compatriotes en tentant de capturer la routine quotidienne ainsi que les nombreuses vagues d’exil du peuple cubain défilant le long de la côte à bord de leurs radeaux de fortune. «L’espoir se fait rare. Seule la mer, au loin, promet encore quelque chose…»

En l’espace de 33 brefs chapitres, une certaine mélodie s’échappe de cet ouvrage, me rappelant la prise de conscience de Winston dans 1984 de George Orwell ou l’absurdité de l’arrestation de Jospeh K. dans Le Procès de Franz Kafka. Oscillant entre des raisonnements intérieurs et des réactions extérieurs, le protagoniste en quête de sens se demande «à quel moment le rêve de l’avenir est resté ancré dans le passé.»

Pour aller plus loin:

Une annexe est présente à la fin du livre. Elle est composée d’une courte “autobiographie“, tiré du blog qu’il a tenu sur le site du Nouvel Observateur en 2010, un extrait du livre Les Héritiers du Che, cosigné avec Jorge Masetti ainsi qu’une interview datée de 2005.

Mon passage à l’émission Marque-pages diffusée sur la chaine suisse La Télé consacrée à cet ouvrage.

Quel regard porter sur un mythe quand celui-ci est son frère? C’est l’objectif du livre Mon frère, le Che de Juan Martin Guevara et d’Armelle Vincent. Un livre compilant témoignages et autres anecdotes.

Miroir réel de ce roman, Spicee a réalisé le documentaire Cuba: l’immeuble des in “fidel“.