LETTRE À PAOLO

Bruxelles, 27 janvier 2016

(ce 29 janvier, cela fera très exactement 2 ans et 6 mois que Paolo Dall’Oglio a été enlevé par daech à Raqqa, l’occasion d’en parler encore une fois autour de vous)

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Nous te cherchons tout le temps.

Depuis 2 ans et demi, nous te cherchons.

Derrière les mots, dans les rencontres, tout près et très loin, partout, dans la nuit, le jour et dans les matins secoués par le vent, partout, partout, en français, en arabe, en anglais, en italien. Nous te traquons par nos images, nous prions, nous pleurons, nous écrivons, nous parlons, nous nous taisons, nous désespérons, nous espérons, nous attendons sans fin, et nous te cherchons encore.

Il n’y a rien entre nous et toi, rien qu’on puisse reconnaître, apprivoiser, aimer, détester, il n’y a rien entre toi et nous. Il n’y a rien ni personne. Et personne, c’est long à explorer.

Et on ne veut plus explorer, et on fatigue, et on jette l’éponge. Pourtant on le sait, qu’elle reviendra nous cogner, dans le ventre, au visage ou dans nos mains. On jette l’éponge et elle revient.

Tout revient tout le temps, toi, ton rire, ta voix, ta présence encombrante, ton affection, tes colères, tes sermons, ton chant.

Tu reviens tout le temps.

Mais tu ne reviens pas.

Tu nous cherches peut-être tout le temps toi aussi. Tu nous cherches peut-être, et nous ne revenons pas.

Mais nous revenons tout le temps.

2 ans et 6 mois qu’on se cherche et qu’on revient, mais qu’on ne revient pas.



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