Aznavour l’a chanté, je vous en parlerai. Je vous parlerai d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître,

     d’un temps préhistorique où les réseaux sociaux n’étaient pas virtuels, où le mot « internet » ne voulait rien dire, où le numérique n’était que pure science fiction et les premiers téléphones portables plus lourds qu’une valise de plomb,

      d’un temps où les infos se cherchaient et se trouvaient parfois dans des livres, des catalogues ou des prospectus, et parfois pas,

      d’un temps où tout se jouait au présent, où les rencontres se faisaient entre quatre yeux à chaque instant.

      d’un temps où le voyage commençait avant même le voyage.

      d’un temps où l’aventure était au bout de la rue.

      d’un temps où le ciel était plus haut, le monde plus grand et le continent une gare pleine de jeunes sacs-au-dos qui voyageaient tous ensemble sans le savoir.

    Jeune vas-t’en, cours donc voir ailleurs si tu y es !

      Partir.

      Partir chercher le vent et prendre l’air,

      partir sans attendre, sans peser ni le pour ni le contre, sans demander conseil à personne. Acheter son sésame pour l’horizon. Avoir juste ce qu’il faut d’inconscience pour franchir le premier pas et les garde-fous. Partir seul et laisser derrière ceux qui aimeraient nous accompagner, ces grands parleurs petits faiseurs qui n’iront pas plus loin que le bout de leur jardin, rassurés par toutes sortes d’excuses, leurs petits conforts bourgeois et cette certitude d’avoir raison de renoncer.

    Sésame, ouvre-moi je sens le renfermé,

    ouvre ma porte et emmène-moi loin de ceux qui se complaisent de leur surplace,

    emmène-moi au-delà du possible, à mille lieues de l’ici et de son tellement prévisible.