Jeudi 4 juillet 1991

#Oslo → #Bergen

« Dehors, la végétation a sorti ses grandes dents et dévore tout. L’homme ici se fait tout petit. Il se fait troll et se tait. »

« Velkommen ombord I toget til Bergen. »

Calé sur mon siège, je perds la vue. Oslo n’est plus qu’une interminable paupière close. Le haut-parleur m’explique dans une langue que je ne comprends toujours pas les réjouissances du trajet. En anglais, même galère: après avoir passé au crible le flot d’onomatopées, j’en déduis que j’en prends pour sept heures sans sursis et qu’il y a du thé et du café à bord.

Drammen. La première heure ne m’aura projeté que murs de béton et de briques, terrains vagues et approximatifs, campagnes bâclées, végétation anémique et eaux plates sans imagination.

Hønefoss. Ici commence l’intrigue du Bergensbanen, sa voie unique ouverte à l’année et sa centaine de tunnels.

Geilo 794m, à mi-chemin entre Oslo et Bergen, au coeur d’un paysage montagneux, la plus ancienne station de ski du pays se pavane en lançant ses câbles à l’assaut des cimes. Quelques galeries plus loin je touche le ciel du bout des doigts: Finse, 1222m. Le temps s’arrête le temps d’une goutte au nez.

Myrdal, 867m, un grincement strident immobilise le paysage. De cette gare, une autre voie se jette dans le vide pour aller tremper son terminus dans une branche du plus grand fjord de Norvège, le Sognefjord.

Bolstadoyri, ground zéro. Le convoi disparaît sous le relief pour renaître à Dalen, se frotte au Veafjorden, ondule jusqu’à Arna en se gonflant à chaque halte.

Bergen m’éclate au visage.

Midttun. Quinze bornes. Muni d’un horaire de bus et du nom du camping calligraphié dans la marge, je me sépare avec regrets de celle qui ne m’emmènera pas plus loin que mes propres méandres.

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