Carnet de Voyage #012

Du vendredi 19 juillet au samedi 20 juillet 1991

#Moskenes → #Å

« De leur palais sous-marin tout près de l’île remontent au sommet des vagues les neuf filles d’Aegir le géant dont la longue barbe blanche dessine l’écume des eaux qui se brisent contre les rochers. »

Trois heures durant, Bylgia, la houle et Himinglaeva la vague qui reflète le ciel, toutes deux filles d’Aegir, complotèrent pour nous mener par le bout du nez à travers le Vestfjord, aussi loin des côtes que l’espace d’un instant, nous n’étions plus qu’air et eau à leur merci. Puis, droit devant, la colonne vertébrale d’un puissant monstre marin émergea telle une succession de montagnes et de pics acérés flottant sur la mer.

Trois voiles chahutées par Bylgia, une terre promise, l’archipel des Lofoten. D’un commun accord, nous prîmes la décision d’explorer ensemble ce paysage des plus sauvages et impressionnants qui se rapprochait, de démystifier ensemble ces reliefs sombres et escarpés qui se jetaient dans cette mer d’encre.

Å.

Prononcer « ô ».

Nous avons tissé nos toiles et jeté nos sardines aux portes du palais sous-marin d’Aegir, ce très vieil homme aux longs cheveux blancs qui se brisent tel l’écume sur les rochers, sous les fenêtres de ses neuf filles qui déferlent, qui tourbillonnent, qui moussent et qui plongent au pied des falaises. Les échos de la brise nous l’ont dit et redit durant notre veillée autour du feu :

« ici furent créés la terre,

le ciel et l’océan ».

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