Carnet de Voyage #010

Du lundi 15 juillet au mardi 16 juillet 1991

#Hammerfest → #Skaïdi → #Nordkapp

« Les déesses, les dieux, les géants et les elfes semblent avoir délaissé cette île au profit des trolls et des gobelins rusés, cupides et mesquins.

Bienvenue au Cap Nord. »

Nous grimpons le long d’une Cordilière et atteignons un Altiplano balayé par les vents où des troupeaux de rennes fous courent à la recherche du bon sens alors que leurs lapons colorés s’improvisent vendeurs ambulants devant des « gumpi » débordants d’intrigues artisanales. Trente bornes de splendide désolation et de secousses sur des amortisseurs à l’agonie avant que, sortant de nulle part, la réplique maladroite du « Cyberlab » du Capitaine Flam ou de l’ « Atlantis » d’Albator nous fasse signe d’approcher.

Quinze heures sur une planète loin de chez nous.

Au vu de l’espace encore disponible sur le terrain vague qui fait office de parking, nous ne serons ni les premiers ni les derniers à devoir nous acquitter du droit d’être là. Car le sourire commercial affiché aux portes du Nordkapphallen est sans équivoque : ne fouleront l’ultime pointe septentrionale de l’Europe que ceux munis d’un droit de passage non négociable.

Boutiques étincelantes d’illusions, salles à manger vite et mal, bars d’attente, portes interdites, longs couloirs aux murs criards où s’affichent des slogans sur mesure assurant que vous êtes bel et bien en train de vivre ici l’expérience de votre vie… Les déesses, les dieux, les géants et les elfes semblent avoir délaissé cette île au profit des trolls et des gobelins rusés, cupides et mesquins.

Bienvenue au Cap Nord.

Du chiqué.

Du simulé.

Du contrefait.

Un piège à touristes.

Les voilà d’ailleurs qui affluent et qui dérobent tout l’air, lobotomisés, conditionnés, les poches pleines de couronnes, de dollars, de francs, de livres sterling, de florins, de schillings ou de marks leur brûlant les mains,

les voilà qui gesticulent, qui jacassent en toutes sortes de langues, qui se pètent les bretelles brandissant des billets multicolores donnant droit à de précieuses réductions promotionnelles, à des rabais parce qu’ils sont vieux, ou nombreux, ou parce qu’ils sont à plaindre, les voilà qui marchandent, qui achètent, qui pillent, qui salissent et qui jettent.

La tête me tourne, pourtant je n’ai rien bu…

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