Quoi de mieux qu’un bon match de football sous un soleil radieux un vendredi soir pour commencer le week-end ? C’est ce que l’auteur de ces lignes s’est dit, voyant que l’un des derniers matchs de la saison de Super League allait opposer les Young Boys de Berne au FC Vaduz. Sur le papier, aucun enjeu. Vaduz est sauvé et ne descendra pas en division inférieure, et les Bernois sont assurés de terminer deuxième derrière l’ogre bâlois. Alors pourquoi faire 100 km et se rendre au stade de Suisse ? Et bien pour voir où en étaient justement le club des « jeunes garçons » bernois dans sa progression et son développement au moment de refermer le livre de cette saison 2014/2015. Réflexions d’un soir sur le club jaune et noir.

Du soleil, l’odeur de la bière et des saucisses grillées, des grappes de spectateurs déguisés en clowns à rayures jaunes et noires façon Maya l’abeille, pas de doute, l’ambiance est plus décontractée autour du stade de Suisse qu’un soir de match contre Bâle ou Zürich. Pour autant, une heure avant le coup de sifflet, il n’y a pas foule aux abords des tribunes. Simple retard d’un vendredi soir comme les autres ou coutume de l’arrivée tardive comme en Angleterre ?

Ni l’un ni l’autre. Plus tard dans la soirée, l’heure de jeu passée, le speaker du stade prend le micro et annonce un chiffre : 16’082, soit le nombre de spectateurs présents pour ce match. A la vue du chiffre, celui-ci interpelle. Le stade de Suisse, qui compte environ 32’000 places, est donc à moitié vide pour ce match (ou à moitié plein pour les positivistes), occasion traditionnelle pour le public amateur de football de venir saluer ses joueurs une dernière fois avant leurs vacances, parfois bien méritées. Mais si l’on se réfère à Transfertmarkt, l’un des sites internet référence en matière de statistiques sur le football et son économie, il n’y a rien d’exceptionnel et d’anormal à ce sujet. En effet, selon les données récoltées par le site, le stade de Suisse enregistre pour la saison 2014/2015 sa plus faible moyenne de spectateurs par match depuis la saison 2006/2007, avec une moyenne de 16’931 spectateurs. Peu éloigné du chiffre du soir. Et pourtant…Si l’on pousse un peu plus loin l’analyse, il y a bien un soucis de fréquentation au stade de Suisse. Les chiffres sont encore là pour le prouver puisque qu’après trois saisons passées à plus de 21’000 voir 22’000 spectateurs de moyenne (de 2009/2010 à 2011/2012), la fréquentation du stade bernois ne cesse de chuter année après année, pour en arriver aujourd’hui à environ 17’000 spectateurs à chaque match. Le manque d’enthousiasme et d’engouement autour du club de la capitale, pourtant l’un des concurrents principaux de l’épouvantail bâlois, est saisissant. Et l’écart avec le grand rival n’est pas prêt de se réduire de ce côté ci, bien au contraire, puisque sur les cinq dernières saisons, le Parc St Jacques de Bâle tourne à une moyenne d’environ 28’000 spectateurs (28’880 pour la saison écoulée). Certes, Bâle possède sans doute un bassin de population plus porté sur le football que celui de Berne, où le hockey tient une place très importante, mais le constat est accablant pour le club bernois : son stade de Suisse est sous fréquenté.

Les joueurs d'YB remercient leurs supporters.
Les joueurs d’YB remercient leurs supporters.

Ce constat a deux conséquences majeures pour les Young Boys. Tout d’abord, sur le plan du spectacle et de l’animation. Un stade à moitié vide, avec certaines tribunes désertes à 80%, ne procure aucune impression de force et de soutien aux joueurs ainsi qu’aux dirigeants. Une mi-temps sur deux, Guillaume Hoarau, Renato Steffen et consorts attaquent vers une tribune où les spectateurs se comptent par grappes de cinq, éparpillés dans un no man’s land dans lequel on distingue aisément le blason du club dessiné avec les sièges non occupés. Cela peut paraître frustrant, d’autant que les tribunes derrière les buts sont traditionnellement celles où les spectateurs se massent le plus et donnent de la voix, le prix des places y étant le moins cher. Ce n’est d’ailleurs sans doute pas un hasard si les Bernois attaquent souvent leur match à domicile face à cette tribune remplie de « fantômes », pour jouer leur deuxième mi-temps face à leurs ultras de la Ostkürve, véritables gardiens de l’ambiance. Comme pour expédier une tâche désagréable avant de prendre plus de plaisir. Car c’est dans cette Ostkürve qu’il faut aller si l’on veut chanter, crier, encourager l’équipe, et ressentir l’amour et l’attachement des supporters pour leurs couleurs. Et heureusement qu’ils sont là du début à la fin du match, car lorsqu’ils reprennent leur souffle entre deux chants, il n’est pas rare d’entendre le bruit du ballon quitter les pieds des joueurs ou les échanges verbaux entre partenaires. Ces moments sont saisissants pour qui suit le match attentivement avec un oeil sur le jeu, et l’autre vers les tribunes. Pendant l’avant match, un indice nous met pourtant la puce à l’oreille. Le speaker du stade, prêt à motiver le public, « son » public, se lance dans l’énumération des prénoms des joueurs, ce à quoi le public répond traditionnellement, avec un certain entrain, le nom de ces derniers. Et là, arrive le moment de solitude pour le maître de cérémonie bernois. La foule installée confortablement en tribunes se désintéresse de cette mise en scène. Par peur de se casser la voix ? De paraître pour un « supporter de base » ? Par timidité, fainéantise, ou orgueil ? Difficile de le savoir sur le moment, mais le résultat sonore est révélateur…Ces trous d’ambiance donc, se répètent plusieurs fois par match, comme ce fut le cas vendredi soir contre Vaduz, alors même qu’il s’agissait du clap de fin de la saison (il y aura tout de même des applaudissements nourris du stade pour le tour d’honneur des joueurs après le match).

L’engouement et la présence en tribunes apparaissent faibles au stade de Suisse. Cela se répercute également sur le plan financier et, par ricochet, sur les ambitions du club de combler l’écart qui existe encore avec le FC Bâle. Car plus le stade se vide, moins les caisses du club se remplissent, et moins les investissements pour renforcer l’équipe sur le terrain sont importants. Le raccourci est peut-être aisé accordons-le, mais les faits sont là. Dans le football moderne, la billetterie est un aspect à ne pas sous-estimer dans le budget d’un club, et les possibilités seraient multiples pour estomper cette « tâche » de la fréquentation au stade. Le bassin de population bernois demeure important, et le rayonnement du club sur le reste de la Suisse devrait l’être encore plus. Si Berne n’est pas la ville la plus peuplée de Suisse, elle n’est pas non plus sous peuplée par rapport à Bâle, la valeur étalon du football suisse de clubs. Sans compter qu’il n’y a pas que des Bernois qui viennent assister aux matchs. Berne jouissant d’un emplacement géographique central et d’accès routiers et ferroviaires relativement pratiques, se rendre au stade de Suisse et faire 30 minutes voir une heure de transport pour un match n’est pas insurmontable pour un amateur de football.

Après le match, les joueurs d'YB viennent saluer une dernière fois la Ostkürve, alors qu’en fond, le stade est déjà presque vide.
Après le match, les joueurs d’YB viennent saluer une dernière fois la Ostkürve, alors qu’en fond, le stade est déjà presque vide.

Alors comment remédier à cela ? Pourquoi pas en proposant des formules plus attractives pour inciter les gens à venir au stade. Pour venir voir un match des Young Boys, le ticket d’entrée minimum est de CHF25. A ce prix là, vous êtes soit dans le kop, debout avec les supporters et prêt à chanter (ou pour profiter de l’ambiance au choix), soit dans cette « tribune fantôme » décrite plus haut où vous n’aurez aucun problème pour étendre vos jambes et étaler vos affaires sur les sièges des voisins (voisins que vous n’aurez peut-être pas). Si un spectateur, dont le degré de passion pour le football nous est ici inconnu, souhaite venir assister au match avec sa femme et ses deux enfants (oui, madame aime potentiellement le football dans cette équation), le coût du « spectacle » de 90 minutes lui reviendra à CHF100, sans compter les éventuels ravitaillements à la buvette et autres délicieuses YB bratwursts. Résultat des courses, monsieur se posera sans doute la question deux fois avant d’acheter ses billets pour venir voir nos amis bernois.

Le club pourrait aussi proposer plus régulièrement qu’il ne le fait déjà (plusieurs opérations tarifaires existent sur l’ensemble de la saison) des places à prix réduit ou des packs famille, histoire de donner un peu plus de vie à ce stade confortable. A l’étranger, de nombreux clubs proposent des places à « prix cassé » (de la place à CHF5 au traditionnel « un billet offert pour un billet acheté », en passant par les passerelles intersports) pour dynamiser leurs tribunes et séduire de nouveaux spectateurs. Et le résultat est très souvent concluant. Avec des tribunes mieux fournies, le rendu général serait plus attrayant pour tous, joueurs, dirigeants et même spectateurs. Car avouons qu’un stade rempli, c’est quand même classe non ? Et plus d’argent dans la caisse ravirait le trésorier de n’importe quel club de football, aussi riche soit-il. Il y a de belles choses à faire pour sublimer cet écrin. Ce levier d’action peut provoquer un réel entrain d’une partie de la population, qui pourrait être ensuite fidéliser par les bons résultats sur le terrain. Tant sportivement qu’économiquement, les Young Boys pourront ce jour-là regarder les Bâlois les yeux dans les yeux.

Les Young Boys sont sur une pente ascendante au niveau sportif depuis l’arrivée du coach Uli Forte en 2013 (3e l’an dernier, 2e cette saison, avec un 1/8e de finale d’Europa League face aux Anglais d’Everton), et il faut que le public suive et accompagne cette progression, car sans lui, un club de football n’est pas grand chose. Le club a de meilleurs résultats, parvient à faire venir un joueur de standing comme l’ancien parisien Guillaume Hoarau, alors que son public se délite d’une année sur l’autre. Situation des plus étranges vous en conviendrez. Mais bien réelle. Avec de belles installations sportives, une solide gestion du club, une progression linéaire dans les résultats, et un tel potentiel de spectateurs inexploité, les Young Boys peuvent réellement envisager de réduire l’écart avec le rival bâlois. D’autant que le doux fumet de la fameuse YB bratwurste pourrait à coup sûr en fidéliser plus d’un !

Guillaume Legueret, BXG DAY Association