Le « vote » s’est donc déroulé (presque) comme nous l’imaginions et comme l’ensemble des journalistes et commentateurs le prédisait depuis plusieurs semaines, Joseph Blatter poursuit son règne à la tête de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA). De suspense il n’y a pas eu. Un premier tour attendu : 133 voix pour l’ancien président, 73 pour son challenger le Prince Ali. Pas de majorité qualifiée donc, mais la perspective d’un second tour à la majorité absolue en forme de tapis rouge … et non finalement le Jordanien a décidé de se retirer. L’helvète entame donc un cinquième mandat qui devrait durer jusqu’en 2019, aux lendemains de la Coupe du monde en Russie.

En 2019, nous serons déjà 115 ans après la fondation de la FIFA, et celle-ci n’aura connu que 8 présidents. Si ce chiffre peut ne pas surprendre, s’il peut faire sourire jaune les tout frais détracteurs de l’institution et s’il peut encore être reconsidéré dans la mesure où deux présidents ont fait des mandats de moins de trois ans, il manifeste la puissance d’une certaine continuité dans les hautes sphères du football.

Au-delà des gesticulations les plus récentes, la FIFA n’a jamais véritablement connu de difficultés semblables à celles que l’occupent actuellement. Le défi est immense. Il y a bien eu quelques secousses, quelques soupçons, mais après la semaine qui vient de s’écouler sur les bords de la Limmat, il est important d’avoir en tête que ce sont les années à venir qui sont fondamentales.

L’homme le plus puissant du monde (du sport) peut bien continuer à se bercer d’illusions sur sa mission et sur le caractère quasi-religieux de son engagement au service du football, mais il restera inévitablement celui par qui le « mal » est arrivé. Il peut bien invoquer l’apolitisme ontologique de « son » sport, les soutiens publics de Poutine (en fait celui de Gazprom) et oppositions de Cameron (en fait celui de la Football Association) plaident pour une autre version. Si les sommes en jeu – l’acte d’accusation de la justice américaine fait état de 150 millions de dollars (une paille) – ne suscitent qu’un léger sourire les lèvres des tenants de la finance et si le sport reste dans la dénégation de l’économie, il faut l’admettre, le football n’est qu’un autre rouage du capitalisme débridé du 21ème siècle. « Une machine à cash » pour reprendre une phrase qui a tourné en boucle toute la journée sur les ondes FM et dans les tubes cathodiques.

Alors que va faire M. Blatter, difficile à dire avec précision, cependant plusieurs sujets sont désormais sur son bureau zurichois, et tout particulièrement celui de la corruption. Après les remous de ces derniers jours, il va falloir réagir, faire le ménage, mais le peut-il seulement ? Le veut-il ? D’aucun diront qu’étant désormais dans son dernier mandat (quoiqu’une surprise ne soit jamais à exclure), il aura peut-être le courage de tout tenter pour renverser les choses, pour modifier son « système ». Si l’on ne peut que se perdre en conjectures à ce stade, je lui donnerais raison sur un point : « Les fautifs, s’ils sont reconnus coupables, ce sont des individus, pas l’ensemble de l’organisation » (discours du 29 mai 2015 à Zurich). Cependant, s’il se prend pour l’incarnation de l’institution, il n’est qu’un individu lui aussi et de ce fait il a nécessairement une part de responsabilité dans les transformations de la FIFA (je lui laisse toute entière une juste présomption d’innocence à ce stade) et « après moi le chaos » semble être son modus operandi. Dès lors, ce 29 mai 2015 ressemble bien à une « victoire à la pyrrhus » pour l’inoxydable valaisan.

Mais au-delà des questions personnelles finalement futiles, les enjeux dépassent sans doute la « petite » FIFA : peut-on vraiment lutter contre l’emprise de l’argent dans un système capitaliste comme le nôtre ? Est-ce seulement possible de le faire croire ? M. Blatter a la lourde mission de nous bercer d’illusions pour encore quatre ans.

 

Enfant des années 1980, il me revient alors en tête la phrase de Coluche :

« Il paraît que la crise rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Je ne vois pas en quoi c’est une crise. Depuis que je suis petit, c’est comme ça ».

 

Vous connaissez la formule : La FIFA est morte, Vive Blatter !