Dans les années 1970, le temps s’est arrêté pour l’industrie de la montre en Suisse. Les usines ont fermé. Les chômeurs se ramassaient à la pelle. Bref, c’était la crise…

La faute à qui? A la concurrence internationale, notamment japonaise, bien sûr, mais aussi et surtout à l’horlogerie helvétique elle-même. Elle s’était endormie. Elle avait oublié d’innover.

Jusqu’à l’invention de la Swatch, cette drôle de montre plastique qui a su battre les fossoyeurs du Swiss made sur leur propre terrain: le bon marché.

Le rapport avec les médias? En gros, ils vivent la même situation. Eux aussi se sont assoupis. Ils pensaient leur rente de situation éternelle.

Que les grandes régies publicitaires leur permettraient de bien gagner leur vie sans trop d’efforts. Que leur public serait captif à vie.

N’avaient-ils pas la mainmise sur l’information avec leurs journaux, leurs magazines, leurs radios, les télévisions…

La concurrence? Légère puisque chacun vivait heureux à l’ombre de l’immense service public, bien protégé par un parlement fédéral sympathiquement aux ordres.

Puis, il y a 25 ans est apparu un truc bizarre qui a bouleversé ce petit monde: internet.

«Ça ne marchera jamais», avait même lancé l’un des grands patrons de presse romands à ses journalistes.

Le temps lui a donné tort.

Depuis quelques années, les médias suisses ont quitté leur zone de confort. Ils sont désormais au front de la guerre mondiale de l’information. La liste des morts au combat s’allonge.

Et ce n’est pas terminé. Dans moins de cinq ans, les gloutonnes araignées de la toile, ces monstres qui se nomment Google ou Facebook, auront dévoré la moitié du gâteau publicitaire suisse.

Personne, pas même Swisscom ou la SSR, ne pourra leur résister. Ils sont le réseau. Il faut faire avec.

Que faire alors? Ce que les Suisses savent faire depuis toujours: remettre l’ouvrage sur le métier, s’unir. Seuls, nous avons tort. Ensemble, nous avons une chance.

Cela passe par une profonde restructuration du système de production de l’information comme ce fut le cas avec l’horlogerie dans les années 1980. Par un partage du savoir pour développer des nouveaux formats, par une meilleure formation des journalistes, par des nouveaux outils et par l’appui de l’Etat à tous les médias, notamment à ceux qui innovent.

Qu’on se le dise: le Swiss made dans l’information comme dans d’autres secteurs a une grande valeur. L’info à croix blanche est gage pour beaucoup d’impartialité et de qualité. C’est le moment que les Suisses eux-mêmes s’en rendent compte.