Intro….

Avant de commencer, il est peut-être utile de préciser que chez nous, en Suisse et plus précisément dans le canton de Fribourg, un conseiller communal est un membre de l’exécutif communal.

Il est vrai que notre système fédéraliste permet beaucoup de fantaisie dans le vocabulaire définissant des autorités communales : ainsi un conseiller communal peut être dans d’autres cantons un membre du législatif, le « parlement communal ». De même le le chef d’un exécutif communal peut s’appeler maire dans le Jura et à Genève, syndic dans les cantons de vaud et Fribourg, président en Valais et à Neuchâtel. Mes amis français habitués à un système extrêmement centralisé s’arrachent les cheveux en essayant de comprendre les trois niveaux auxquels s’exercent le pouvoir politique : à savoir la confédération, les cantons et les communes à qui chaque citoyen paie, séparément, des impôts. Et de même, quand nous parlons d’Etat chez nous, il s’agit du canton dans lequel nous vivons et pas du pays que nous appelons la confédération. Mais plutôt que de faire un résumé exhaustif des structures politiques helvétiques, ce qui n’est pas vraiment le propos de la présente histoire, je vous laisse en lien, deux sites qui vous permettront d’en comprendre l’essentiel.

https://www.admin.ch/gov/fr/accueil/conseil-federal/systeme-politique-suisse.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Politique_en_Suisse

Avant…

Il y a quelques années, « quand j’étais jeune » comme diraient mes enfants, je ne me posais absolument pas cette question. Comme tout un chacun, je me doutais bien qu’il y avait des gens qui passent du temps pour que nos routes soient exemptes de nids de poules, dégagées en hiver, que nos écoles soient correctement équipées et que je puisse accéder à la déchetterie ou faire enlever nos ordures ménagères régulièrement. On pourrait tenter l’analogie de ma réaction avec celle de beaucoup d’hommes qui trouvent normal que les repas soient préparés, la lessive faite, la maison nettoyée, le papier de toilette à sa place et le garde-manger approvisionné en sachant bien que c’est leur épouse qui s’en charge mais sans vraiment réaliser la masse de travail que cela représente.

Ainsi en était-il pour moi avec la gestion d’une commune : cela allait de soi et ma réflexion n’allait guère plus loin. Je me contentais de consommer ces services indispensables à notre vie quotidienne tout en ne manquant pas, parfois, d’y aller de mon petit mouvement d’humeur quand une route n’était pas dégagée assez tôt à mon goût ou qu’un quelconque changement d’horaire scolaire ou autre mettait à mal notre routine quotidienne.

Ayant grandi en ville mais habitant depuis une trentaine d’années un village, il m’arrivait de participer aux assemblées communales surtout quand y était traité un sujet me concernant directement ou m’apparaissant important pour une raison ou une autre. J’y allais parce que le débat en assemblée me semblait plus correspondre à l’idée que je me faisais de la démocratie que de me contenter de glisser un bulletin dans l’urne. Comme j’avais beaucoup d’admiration pour les expériences d’autogestion libertaire, notamment celles expérimentées en Catalogne avant et pendant la guerre civile d’Espagne, je trouvais que les assemblées communales avaient un petit quelque chose de ce pouvoir populaire et ,participatif partagé par tous les citoyens.

J’évitais cependant le plus souvent possible celles traitant des comptes, ayant décidé que je n’y comprenais rien de toutes façons. Pour la plupart de mes amis habitant en ville, leur ignorance de la chose publique au niveau communal était encore plus grande : En fonction de leurs convictions politiques, éventuellement parce qu’ils connaissaient un candidat, le trouvaient sympathique, imaginaient sa compétence, ils se contentaient, pour autant qu’ils aillent voter, d’élire tant l’exécutif que le législatif et attendaient que les prestations pour lesquels ils payaient des impôts soient irréprochables.

Pendant…

Et puis un jour de l’été 2013, le syndic de ma commune est venu me trouver en me demandant si je ne voulais pas me présenter à une élection complémentaire, deux conseillers venant de démissionner dans l’exécutif. Et c’est ainsi que je me suis retrouvé, à mi-législature, qui chez nous dure 5 ans, conseiller communal en charge du dicastère des écoles et de la petite enfance. J’ai donc fonctionné quelques temps au sein d’une équipe soudée et sympathique dont aucun membre n’était affilié à un parti politique. D’une sensibilité assez nettement connotée à gauche, je me suis retrouvé avec des collègues dont une partie ne partageaient certainement pas mes opinions en ce qui concerne la politique nationale ou internationale. Et pourtant, jamais ces différences n’ont influencé en quoi que ce soit la bonne entente et une collaboration fondée sur une vision très pragmatique et concrète de la gestion communale. Il faut dire que le travail ne manque pas et que la jungle des lois et des règlements cantonaux et fédéraux dans lesquels il n’est pas possible de progresser à coups de machette impose un énorme travail d’information qui ne laisse guère de temps aux querelles d’égos et de pouvoir. Le recours à un conseiller juridique s’avère même souvent nécessaire et dément catégoriquement l’adage qui dit que « nul n’est sensé ignoré la loi », même chez des élus.

La présence parmi les citoyens, et j’imagine que c’est le cas partout, de rares emmerdeurs patentés, de quérulents procéduriers met à rude épreuve la patience des membres d’un exécutif et leur mange beaucoup de temps et d’énergie qui pourraient être placés ailleurs. Mais dans le même temps, ces quelques inconvénients, si on peut les appeler ainsi, resserrent aussi les rangs et soude le travail d’équipe.

Mais il faut reconnaître que j’y ai rencontré des personnalité animées d’un vrai sens du service, se dévouant sans compter pour le bien public avec toute la marge de manœuvre et de disponibilité que laisse notre système dit « de milice », donc non professionnel. Dans les petites communes où le personnel est réduit à sa portion congrue, les membres de l’exécutif doivent parfois, en plus de leurs fonction de gestion et d’organisation, assumer des tâches très concrètes, sur le terrain ( au sens propre quand il s’agissait de nettoyer, réparer, creuser,installer, animer, intervenir comme médiateur et j’en passe). Mais c’est un aspect du travail qui me plaisait assez et nous permettait d’être plus proches des citoyens. Ajoutons que l’on ne s’engage pas dans un exécutif pour s’enrichir : compte tenu des heures de travail, les indemnités forfaitaires n’atteignent souvent qu’à peine le salaire horaire d’une femme de ménage ou d’une caissière de grande surface.

Après…

Notre commune composée de 4 village regroupant environ 2000 habitants a fini par fusionner avec 4 autres communes alentour pour en former une nouvelle composée de 12 villages. Je n’ai pas voulu me représenter, craignant l’aspect démesurément chronophage d’une éventuelle élection dans une municipalité autrement plus grande et plus étendue que celle où j’avais fait mes armes et contrainte, de surcroît, à adapter et unifier une quantité de règlements communaux, par exemple en ce qui concerne les écoles, les constructions, les déchetteries, les subventions aux sociétés locales, etc.

Je me suis donc contenté de me présenter au législatif, le « conseil général », devenu nécessaire, une commune de plus de 7000 habitants ne pouvant plus fonctionner par assemblées.

Mais cette aventure m’a laissé des traces et des interrogations. Etais-je le seul, avant cette expérience, à connaître aussi mal ce qui se passait au sein d’un exécutif communal ? Plusieurs discussions avec des amis et connaissances m’ont fait répondre par la négative à cette question : la plupart des gens consomment ses services mais ignorent ou connaissent très mal ce que fait un exécutif communal.

J’ai pensé qu’il valait la peine d’en parler à l’heure où le monde se partage de plus en plus en dangereux arrogants aux tendances autocratiques, nationalistes, parfois racistes et les fanatiques religieux qui recrutent des terroristes parmi les plus désespérés et les moins futés, où le pouvoir de l’argent empiète de plus en plus sur le pouvoir politique, où les mouvements des indignés et des partisans d’un pouvoir local, partagé, démocratique et d’un développement durable sont trop souvent récupérés par des leaders égocentriques et vociférants ou par des « Black Blocks » qui n’ont rien trouvé de mieux que d’utiliser la même violence que les dicatatures qu’ils dénoncent.

Bref, pour tenter de paliier autant que faire se peut à cette lignorance répandue, j’ai donc décidé de vous raconter une semaine de la vie d’un de ces hommes, en l’occurrence un vice-syndic qui par ailleurs est un ami de longue date et partage avec moi des racines trempées dans les eaux du Rhône.

Je lui ai expliqué ma démarche, l’envie de tenter d’expliquer le quotidien de cette charge élective à un public qui souvent ne la connaît que très mal. Il a répondu positivement sans hésiter et nous avons pris rendez-vous pour une semaine « d’immersion » dans ses tâches de conseiller communal, choisie au hasard du calendrier.

Il ne s’agit pas de faire une description exhaustive de ses engagements et il n’y aura donc ici rien de dramatique ou de spectaculaire pas plus que de ragots « people ». J’ai volontairement omis aussi de parler son apprtenance politique, sachant qu’en matière de gestion communale, par bonheur la majorité des autorités de nos localités ont une vision très pragmatique de leur travail qui transcende et même éclipse les stériles querelles partisanes.

Je ne vous propose que d’illustrer, le temps d’une semaine, ce que peut vivre un élu d’un exécutif communal. A chaque lecteur ensuite d’imaginer et d’extrapoler ce récit sur l’année entière pour prendre la mesure de toutes ces tâches souvent invisibles aux yeux du citoyen lambda (sauf en cas de pépins…) mais indispensable à notre vie quotidienne et au maintien d’un pouvoir local qui reste et à la pérennité de nos structures démocratiques.

Olivier Mayoraz, vice-syndic de Gruyère