Alors que le journalisme est de plus en plus critiqué, alors que le « quatrième pouvoir » vit une importante révolution et que des titres historiques s’effondrent, Spotlight de Tom Mc Carthy apparaît comme un plaidoyer pour le journalisme d’investigation.

Comme Roger de Diesbach, pour ne citer que lui, les journalistes de la cellule d’investigation du Boston Globe appelée très justement « Spotlight »( qui signifie projecteur en anglais), creusent, cherchent, fouillent et finissent par rendre public l’un des plus gros scandales de l’Eglise catholique: à Boston, des dizaines de prêtres ont abusé sexuellement d’enfants, pour la plupart vivant dans des quartiers défavorisés. Inspiré par des faits réels et magnifiquement interprété par des acteurs humains comme la charmante Rachel McAdams dans le rôle de la journaliste Sarah Pfeiffer ou l’excellent Mark Ruffalo (Michael Rezendes), Spotlight est le genre d’oeuvre qui happe le spectateur dès les premières images, passé l’introduction un peu hors-sujet: le film ne reviendra jamais sur ces quelques minutes qui plante le décor dans une autre époque – dommage. Néanmoins, devant une telle réussite cinématographique, il n’est pas très surprenant que Spotlight ait reçu plusieurs distinctions, notamment l’Oscar du Meilleur film.

Le film est situé entre 2001 et 2002, mais le thème est résolument actuel: régulièrement, les journaux font part des scandales qui entachent l’Eglise catholique. Les journalistes du Boston Globe auront peut-être été les déclencheurs d’un changement de l’opinion publique face à l’Eglise, en dénonçant non seulement les prêtres, mais surtout le système qui permet à ces crimes de rester impunis.

Très présent dans le film également, le traumatisme des personnes adultes ayant vécu ces abus est frappant et bien représenté: l’Eglise fera pression pour ne pas les faire parler en profitant de leur situation défavorisée, mais des années plus tard, les murs s’écroulent, les mots remplacent les larmes et la souffrance s’étale sur le papier des journaux.

Mais surtout, le film offre une réflexion sur ce journalisme qu’on menace de disparition. Situé en 2002, à l’aube d’internet, les protagonistes se posent déjà des questions sur l’avenir de leur fonction: l’histoire commence alors que les ventes du Boston Globe sont en baisse. Plus de dix ans après, où en est le journalisme dans sa révolution? A-t-il su s’adapter à ce nouveau monde? Garde-t-il l’esprit de ce journalisme ‘’vrai’’ ? Que signifie être un journaliste aujourd’hui?

Si c’est aux médias d’y apporter la réponse, Spotlight se présente comme le
début de cette réflexion. A voir sans hésiter !

A noter que l’un des acteurs du film, Liev Schreiber, sera à l’affiche du film The Relunctant Fundamentalist au Festival International du Film de Fribourg.