Je ne fais que vous laisser le texte de Mary Wenker, fondatrice et « âme  » de l’ONG Choose humanity dont je soutiens et admire l’excellent travail.

Hervé Eigenmann-Franc

« Etre réfugié, cela va au-delà d’un statut politique. C’est la forme la plus extrême de violence qui puisse être exercée sur un être humain. On dépossède cet être humain de tout ce qui permettrait à sa vie d’être tolérable et d’avoir un sens. »

Peindre, écrire, créer… C’est ce que fait Salam Ahmad (1970 – Afrin, Syrie) pour exorciser ses multiples démons : l’oppression et l’extinction de la minorité kurde qui est la sienne, le silence imposé aux opposants au régime dont il fait partie, les violences d’une guerre sans fin dans son pays d’origine, les souffrances qui en découlent, ici et là-bas, pour lui, sa famille, ses compatriotes. Mais aussi l’emprisonnement et l’exil, qu’il connaît de l’intérieur, depuis de trop longues années.

Salam Ahmad traverse une enfance joyeuse, marquée par les couleurs des fruits ramenés des champs par les femmes, le vent avec lequel il court en toute liberté, le dessin qu’il pratique déjà et la conviction très jeune qu’il sera peintre, encouragé par un père aimant. Sa candidature pour intégrer l’école des Beaux-Arts de Damas refusée, sans doute en raison de son appartenance ethnique, Salam entreprend des études de philosophie, discipline qu’il enseigne durant plusieurs années au collège Ibnsina à Alepp. En parallèle, il obtient un diplôme de psychologie.

C’est donc essentiellement en autodidacte que Salam Ahmad se forme, en côtoyant d’autres artistes syriens, parmi lesquels Issam Darwish et Muhsin Khanji. « Ne pas avoir intégré une école officielle a été libérateur pour moi », dit-il. « Je n’ai pas eu à respecter des règles qui auraient limité mon expression artistique ». Salam Ahmad travaille également comme conservateur et restaurateur d’art au Musée d’Art Contemporain d’Alepp, occupation qui lui permet également d’enrichir la source de ses inspirations.

La démarche artistique de Salam Ahmad célèbre la vie. « Je suis heureux lorsque je peins – l’art me permet de me sentir humain », dit-il. Au-delà des violences, des mutilations subsiste un amour que sa peinture immortalise, baisers partagés sur des fonds chaotiques, comme une lueur d’espérance, au cœur d’une série intitulées « kisses in the war ». La figure féminine occupe une place prépondérante dans son œuvre : des femmes souvent privées d’un membre, au visage parfois comme flouté, des femmes qui traduisent une forme de vide, absence de leur droit à la parole, à la lutte, au combat. « Les femmes constituent une frange fragilisée de la société syrienne », affirme l’artiste. Les personnages de Salam sont dotés d’un regard profond, emplis de tristesse et de souffrance, mais aussi de subtiles étincelles d’espoir. Les lèvres pulpeuses traduisent l’envie et le besoin de dire, de s’affirmer plus librement.

La création est pour Salam Ahmad le seul moyen de survivre et de résister au désespoir. Mais aussi d’exprimer ses idées, de les diffuser et de partager avec le public la culture et les traditions de sa Syrie natale. Les œuvres présentées dans cette exposition s’inscrivent dans la chute d’Afrin, la question kurde et plus largement la guerre de Syrie. Si la toile « Anger » (dimensions) réalisée par l’artiste traduit la colère ressentie lors de la première attaque du (date), « Face from Afrin » qui figure sur l’affiche accorde néanmoins une place aux bouquets fleuris récurrents dans son œuvre : une bouquet d’espoir puisé dans des souvenirs odorants.

Parallèlement à l’exposition, un event de soutien à l’association Choosehumanity sera organisé au cinéma REX le mardi 19 juin à 18h15.

Deux courts métrages seront projetés : « Brothers in Syria » (Víctor Suárez Ballesteros, 2017 – Festival international du documentaire de Valence 2018) et « Hamama & Caluna » (Andreas Muggli, 2018 – Vision du réel 2018).

La projection sera suivie d’un débat avec la participation de deux réfugiés qui témoignent dans ces films, de même que Salam Ahmad.

Les discussions pourront se poursuivre dans le hall du cinéma lors de l’apéritif dinatoire péruvien qui sera servi.

Inscriptions :

contact@marywenker.com

079 707 53 78.