La désaffection de la population vis à vis de ses élites politiques (et vis à vis de la politique comme bien commun) est flagrante, et les derniers votes en Suisse comme ailleurs souligne deux tendances: une augmentation de l’abstention et une droitisation des votes. Pour ne pas tomber trop vite dans la rhétorique des émissions « politiques » destinées au grand public, il faudrait d’ailleurs plus justement parler d’une plus lente érosion du vote de droite, dont les partisans souffrent d’un même désenchantement que leurs comparses « de gauche ».

Pourtant la politique est ce que ce que nous avons de plus précieux, elle est la substance qui nous rassemble et guide nos actes au quotidien. Celle ou celui qui ne vote pas ne peut s’inquiéter des dérives du système, de la supposé injustice d’une décision ou d’une situation. Cependant, il convient de ne pas intenter de faux procès et de bien penser les modèles dans leurs diversités, car la démocratie est plurielle, elle a accouché d’un fédéralisme empreint d’un libéralisme extrême aux États-Unis (ou l’accumoncellement de l’argent est fondamental) comme elle peut prendre une forme fédérale (on parle parfois de démocratie directe) en Suisse, elle est aussi présidentielle en France ou monarchique au Royaume-Uni, avec des effets divers pour les citoyens de ces pays et une stimulation plus ou moins forte à la participation aux débats. Ce faisant, aucun procès ne peut être conclu hâtivement, la démocratie est encore et toujours une éducation, elle s’apprécie et doit s’enseigner au quotidien de 7 a 77 ans.

La démocratie est précieuse, elle garantit a chacun une participation a là construction du futur. Ontologiquement, elle est fondé sur l’égalité de toutes et tous, dont la voix est équivalente. Les dérives existent, les plus riches, les plus puissants (les deux étant souvent les mêmes en régime libéral-capitaliste) usent de leur situation pour faire et défaire leurs champions, pour préserver leurs intérêts et pour assurer leurs positions dominantes, mais au grand dam de la majorité (silencieuse), il n’existe pas d’autres modèles plus justes, en tout cas dont la réalisation ait été aussi avancé. D’aucun diront que certaines formes d’anarchisme, de communisme et/ou d’expériences collectives fondées sur un partage intégrale des richesses et des compétences serait meilleures, mais leur fonctionnement semble difficilement assurable pour des unités de population de grande taille. D’ailleurs, il y a la sans doute la clé d’intelligibilité centrale du fonctionnement de la démocratie : la taille de la population de chaque régime, autrement dit combien peut-on être à partager le même destin politique démocratique?

Suite à un précédent billet, l’on m’a soufflé l’impérieuse nécessité de revenir à la social-démocratie originelle – ce a quoi je souscris pleinement -, mais quel est ce modèle, où et quand a-t-elle déjà existé cette démocratie originelle? Et finalement combien peut-on être ensemble « en démocratie » alors que nos destins individuels sont tous irrémédiablement liés par l’air que nous respirons et la terre sous nos pieds… Quelles devraient être les frontières?

Les « nations » promues par les courants droitiers (et parfois nauséabonds) de nos échiquiers politiques ne sont sans doute pas ce cadre idéal que nous appelons de nos vœux. Inventées si récemment, les nations ne sont pas rassurantes si l’on creuse les discours qui les défendent … bien au contraire. A l’heure de la crise du politique, nous avons besoin de proximité, de compréhension des enjeux sous-jacents aux prises de décisions politiques et d’ambitions aux dimensions mondiales (en tout cas inter-nationales). Nous avons plus besoin de liens que de frontières, de ponts que de murs. Ce n’est qu’à ce prix que l’on pourra trouver des solutions aux questions migratoires qui ensanglantent la méditerranée, que l’on pourra trouver des solutions au changement climatique et que chacun pourra (re)trouver du sens…