A ce jour, la commune de Saint-Moritz est la seule de Suisse à avoir accueilli les Jeux Olympiques … et par deux fois en 1928 et en 1948. Cependant, au-delà des ces événements majeurs de l’histoire des sports en Suisse et dans le monde, la commune des Grisons est « pionnière » à plus d’un titre au regard de l’histoire du tourisme et des sports d’hiver en Suisse.

En effet, la station va héberger l’un des premiers établissements de cure du pays dès les années 1830. Mentionnées dans des chroniques européennes dès la Renaissance, les sources d’eau minérale vont alors être canalisées et aménagées à des fins hygiéniques et thérapeutiques. Au départ, les hébergements sont peu adaptés pour les nouveaux curistes, mais rapidement des hôteliers vont s’organiser pour permettre le séjour dans le meilleur confort de citoyens européens en quête de repos et de santé. Ainsi, dans la foulée du réaménagement des sources Saint-Maurice et Paracelse en 1853, deux premiers « hôtels » voient le jour en 1856 et 1864.

Quelques années plus tard, l’histoire (fut-elle mythologique) retient que c’est dans l’hôtel Kulm – situé dans le haut du village – que le tourisme hivernal va voir le jour. En effet, selon les chroniques, le directeur de l’établissement Johannes Badrutt aurait proposé à ses curistes britanniques au courant de l’été 1867 de revenir pendant la saison d’hiver pour profiter de l’éclat du soleil sur la neige étincelante (la petite histoire ajoute que M. Badrutt aurait garanti à ses clients du whisky à volonté pendant tout leur séjour, sic !). Du reste, c’est ici que l’anecdote historique rejoint un second mythe engadinois, puisque Saint-Moritz se targue depuis cette époque d’être l’une des villes de Suisse les plus ensoleillées, avec plus de 300 jours de beau temps par année. Si le fait est avéré hiver après hiver depuis le 19ème siècle, il concourt incontestablement au succès touristique et économique de la ville.

Face au succès que connaît Badrutt dès l’hiver 1867-1868, de nombreux hôtels sont alors construits dans les différents quartiers de la commune, jusqu’à la faire devenir la première « ville à la montagne » de Suisse.

C’est ainsi au gré des séjours touristiques qui se prolongent que la ville va aussi devenir dans les années 1880-1900 un foyer d’innovation sportive. En effet, dès les années 1880, des touristes britanniques vont introduire différents sports d’hiver : curling, skeleton, bobsleigh, patinage et bientôt le ski. Ces pratiques sont soient importées directement comme dans le cas du curling inventé au 19ème siècle en Ecosse ou le patinage que l’on peut pratiquer en plaine pendant les hivers rigoureux, ou alors adaptés à la topographie locale, comme dans le cas des différentes formes de « tobboganing ». Pour ces dernières pratiques, Saint-Moritz aménage rapidement une piste naturelle dès le milieu des années 1880 et qui va bientôt être connu sous l’appelation « Cresta-run ». Selon certaines chroniques, ce serait sur cette piste que va être inventé le skeleton – forme de luge que l’on pratique la tête en avant –, mais surtout elle va initier une durable popularisation de ces activités qui nécessitent une lourde infrastructure ici disponible à l’état naturel. De fait, dès le tout début du 20ème siècle, une seconde piste naturelle est aménagée pour la pratique du bobsleigh, désormais connu sous le nom de « Stade Olympia Bobrun ».

Ces installations participent au choix du Comité Olympique d’attribuer à la commune grisonne les Jeux Olympiques d’hiver de 1928, deuxième du nom. Quelques vingt ans plus tard, ces installations permettront au Comité Internationale Olympique (CIO) de refaire le même choix alors que l’Europe sortait tout juste de la Seconde Guerre mondiale et que la Suisse faisait figure de terre neutre, propice au rassemblement des nations. Cependant, il faut également souligner que la station était alors à la pointe de la technique, avec un excellent raccordement électrique et une accessibilité facilitée depuis la construction de chemins de fer en 1904.

De même, Saint-Moritz fait figure de pionnière en matière d’infrastructures pour accéder à diverses pistes de ski, avec la construction précoce de nombreux transports à câble : le funiculaire « Chantarella » (en 1912) prolongé en 1928 jusqu’à Corviglia. Par la suite, la station construit un téléphérique puis de nombreux téleski permettant de rallier les contrefort du Piz Nair, ouvrant désormais sur un domaine skiable de plus 350 kilomètres de pistes. Saint-Moritz propose en outre l’une des plus longues pistes de ski de Suisse, avec la « Corvatsch » longue de huit kilomètres et éclairée certains soirs de la semaine dans sa partie basse.

Au fil de la seconde moitié du 20ème siècle, Saint-Moritz continue de construire sa réputation de ville à la fois sportive et touristiques, en accueillant un centre d’entraînement en altitude pour les sportifs (dès 1967) et en développant notamment son offre hotelière, puisqu’à l’orée des années 2000, la station comptabilise plus d’un million de nuités chaque année. Au final, si la station ne possède pas la réputation « sportive » d’une Verbier ou d’une Wengen en termes de ski alpin ou de champions, elle continue aussi d’accueillir très régulièrement des coupes du monde de ski ou des championnats du monde de ski, comme dans quelques jours à nouveau sur les pentes du Piz Nair … et comme chacune et chacun l’espère, les skieurs suisses pourront alors briller sur les pentes de la « belle pionnière ».

Informations pratiques :

Pour accompagner le lancement de la nouvelle exposition du Musée suisse du sport sur l’histoire du ski, nous vous proposons une série d’analyses autour du moment des pionniers du ski en Suisse, de quelques stations, de quelques figures et de quelques événements majeurs de l’histoire du ski en Suisse.

Rendez-vous cet hiver tous les jeudis … pour rencontrer Elsa Roth, Saint-Moritz, les championnats du monde de Crans-Montana de 1987, le Lauberhorn, Chantal Bournissen et bien d’autres.

Rendez-vous ce dimanche – 29 janvier 2017 – pour une journée spéciale au Musée du sport à Bâle (adresse : Reinacherstrasse 1-3. CH-4142 Münchenstein) pour visiter l’exposition « Pistengeschichte ».