Maurice Ropraz a présenté sa vision de l’avenir du canton de Fribourg le lundi 12 juin. Le conseiller d’Etat et président du gouvernement fribourgeois en 2017 était l’invité de Sept.ch SA, société éditrice de sept.info, Sept le mook suisse et sept.club, l’espace participatif de sept.info, à l’occasion de la traditionnelle soirée de la présidence. Une bonne centaine de personnes avaient le déplacement. Voilà son discours. 

Mesdames et Messieurs,

J’aimerais tout d’abord vous dire le plaisir que j’ai de prendre part à cette Soirée de la présidence du gouvernement fribourgeois et je vous transmets, avec mes deux collègues présents ce soir parmi nous, les chaleureuses salutations du Conseil d’Etat.

Au fil des ans, d’abord sous l’égide de L’Objectif, puis dès 2015 sous celle de Sept, cette soirée est devenue un moment important de l’agenda politique fribourgeois. Elle a à mon sens d’autant plus de valeur qu’elle émane d’un média et offre ainsi une occasion d’échanges et de débat entre le pouvoir politique et le pouvoir médiatique, cet autre grand acteur de la vie citoyenne.

Nous aurons tout à l’heure une présentation du nouveau MEDIAparc, qui symbolise non seulement la bonne santé d’une entreprise médiatique particulière, mais aussi le remarquable dynamisme du paysage journalistique fribourgeois. Je ne voudrais pas m’adresser à vous ce soir sans relever à quel point nous sommes, Fribourgeoises et Fribourgeois, chanceux de disposer d’une palette diversifiée de médias de qualité, indépendants et en mains fribourgeoises qui plus est, qui enrichissent véritablement le débat démocratique.

Alors que la mutation du marché publicitaire est très défavorable à la presse écrite, nous disposons de titres qui conservent de hautes ambitions éditoriales et n’ont jamais, contrairement à d’autres, sacrifié leurs exigences rédactionnelles sur l’autel d’une rentabilité maximalisée. Quant aux médias audiovisuels et électroniques fribourgeois, ils accompagnent eux aussi avec passion et compétence la vie politique, économique, sociale, culturelle, de notre canton.

Pour cet apport si important à la collectivité, soyez, chers représentants de Sept, de Radio Fribourg, de La Télé, vivement remerciés.

Es ist Tradition, dass der Präsident der Regierung an diesem Abend die Gelegenheit erhält, seine Vision für unseren Kanton und dessen Zukunft vorzustellen. Dazu erkläre ich mich gerne bereit; ich möchte jedoch gleich zu Beginn erwähnen, dass ich das Glück habe, den Staatsrat in einem ganz besonderen Jahr zu präsidieren: das erste Jahr einer neuen Legislaturperiode, die namentlich der Konzipierung und Ausarbeitung eines neuen Regierungsprogramms gewidmet ist, das die Ausrichtung des staatlichen Handelns für die nächsten fünf Jahre festlegen wird. Überdies ist ein teilweise erneuerter Staatsrat am Ruder, ein Staatsrat, der sich deshalb durch eine neue Dynamik auszeichnet. Ich kann Ihnen versichern: Es ist ein Glück und ein echtes Vergnügen, der primus inter pares dieses Regierungsteams zu sein.

Il est de tradition que cette soirée offre au président du gouvernement l’occasion de présenter sa vision de notre canton et de son avenir. Je me prête volontiers à l’exercice, mais en précisant d’emblée que j’ai la chance de présider le Conseil d’Etat en une année bien particulière : la première d’une nouvelle législature, notamment consacrée à la conception et à la rédaction d’un programme gouvernemental qui orientera l’action publique durant cinq ans. Qui plus est, c’est un Conseil d’Etat partiellement renouvelé qui est à la manœuvre, un Conseil d’Etat qui de ce fait bénéficie d’une dynamique nouvelle.

Je peux vous le confier : c’est une chance et un réel plaisir d’être le primus interpares de cette équipe gouvernementale.

Vous le savez, en guise de message général à la population fribourgeoise, j’ai voulu placer mon année présidentielle sous le slogan : « Ensemble, responsables pour

l’avenir ». La responsabilité est bien sûr une notion chère à ma famille politique, mais nous n’en avons pas l’exclusivité et ce n’est nullement une notion à opposer à d’autres.

Dans mon esprit, c’est la responsabilité de créer, d’entreprendre, la responsabilité de s’accomplir, la responsabilité de ses actes. Mais c’est aussi la responsabilité à l’égard de l’autre, à l’égard de notre environnement, à l’égard des générations futures. C’est la responsabilité de nous donner, à nous-mêmes et à nos enfants, un avenir durable.

Et c’est lorsqu’elle s’exerce dans le cadre d’une vision commune, dans la collaboration, dans le dialogue, qu’elle produit ses meilleurs fruits. « Ensemble », cela signifie la volonté d’être rassemblé. De sublimer notre diversité sociale ou culturelle pour construire une société où le sens du vivre ensemble et de la solidarité complète notre goût pour la liberté.

Ich glaube sagen zu dürfen, dass der gesamte Staatsrat diese Vision, dieses politische Credo teilt. Natürlich gibt es dabei Nuancen, bringt jedes Regierungsmitglied seine eigene Gewichtung ein. Doch wir spielen dabei alle sieben dieselbe Partitur. Diese Einigkeit über die Grundvision des politischen Handelns ist besonders spürbar bei der Erarbeitung des Regierungsprogramms, mit der wir seit Jahresbeginn beschäftigt sind.

Cette vision, ce credo politique, je crois pouvoir dire que l’ensemble du Conseil d’Etat la partage. Avec des nuances sans doute, chacun y apportant sa propre inflexion. Mais c’est bien la même partition que nous jouons à sept voix. Cette entente sur la vision fondamentale de l’action politique est particulièrement appréciable dans l’exercice d’élaboration du plan gouvernemental, auquel nous nous attelons depuis le début de l’année.

Je ne peux bien sûr pas vous révéler son contenu, qui sera rendu public dans le courant de l’automne. Je peux en revanche vous annoncer qu’il sera structurellement différent de ceux qui nous ont guidés durant les précédentes législatures. Peut-être en partie grâce au processus inédit qui a été mis en place pour sa conception.

Lors d’une première retraite de réflexion, le Conseil d’Etat s’est adjoint les services d’un animateur externe, dont l’apport méthodologique nous a incités à rompre avec nos habitudes intellectuelles, et notamment à nous affranchir de la stricte logique organisationnelle du Conseil d’Etat et de l’administration cantonale.

Par la suite, sur la base des axes définis par le gouvernement, ce sont les secrétaires généraux des sept Directions de l’Etat et la Chancelière d’Etat, qui ont tenu quelques journées de travail en commun pour commencer la rédaction du programme gouvernemental. Une rédaction commune donc, un work in progress qui a fait plusieurs fois l’aller-retour entre Conseil d’Etat et Conférence des secrétaires généraux.

Cette méthode de travail a notamment favorisé la mise en lumière d’objectifs communs à toutes les directions de l’Etat, et qui figureront donc dans le programme en tant qu’objectifs transversaux. Il est trop tôt pour vous dévoiler le contenu du programme gouvernemental de manière exhaustive, mais je citerai à titre d’exemple l’objectif de construire un « Fribourg 4.0 ». Par exemple en développant fortement la cyberadministration, pensée comme un service général à la population, mais aussi en priorisant, dans certains domaines spécifiques, les projets informatiques.

Dans mon domaine d’activité, c’est ainsi le cas de l’introduction de l’e-justice, véritable révolution au sein du Pouvoir judiciaire. Il s’agira ainsi de délivrer les différentes prestations en matière de justice de façon électronique. Ce qui comprendra l’impression et la notification centralisées des décisions, la communication et la consultation des dossiers pour les différentes parties prenantes à une affaire, la gestion électronique des dossiers par les autorités, le transfert informatique au sein des autorités et entre elles, la publication électronique des jugements et l’archivage électronique des dossiers.

Autre défi de taille dans le domaine de la sécurité : celui du renforcement de l’investigation numérique au sein de la Police. Aujourd’hui, le numérique est partout. Dans le cadre de la cybercriminalité, l’exploitation des traces numériques doit être renforcée, spécialement dans l’adaptation aux nouvelles technologies et aux modes opératoires qui ne cesse d’évoluer. Pour y faire face, la Police cantonale devra disposer de moyens en matière d’infrastructures, d’outils, d’applications, de logiciels spécialisés, mais aussi de formation continue, afin que l’utilisation de ces moyens techniques d’investigation soient maîtrisée par le plus grand nombre d’agentes et d’agents.

Mais revenons au programme gouvernemental. Au final, il se concentrera autour de plusieurs ambitions fondamentales tournant entre autres autour de l’emploi, de la qualité de vie et de l’organisation du canton, déclinées en jalons sectoriels et en mesures concrètes.

Es handelt sich um ein Regierungsprogramm für fünf Jahre, doch wir erarbeiten es im Gedanken an den Kanton Freiburg im Jahr 2040. Was für einen Kanton wollen wir den nächsten Generationen hinterlassen? Einen Kanton, der Dreh- und Angelpunkt der französisch- und deutschsprachigen Regionen unseres Landes ist. Einen Kanton, der sich durch ausgezeichnete Bildungsangebote auf allen Stufen, von der obligatorischen Schule bis zum Hochschulstudium und der Forschung auszeichnet. Einen Kanton, in dem die Zweisprachigkeit nicht nur Fassade ist, sondern von der Bevölkerung gelebt wird. Und auch einen Kanton mit beispielhafter Mobilität, namentlich durch den Ausbau des

öffentlichen Verkehrs.

C’est un plan gouvernemental pour cinq ans, mais c’est en pensant au canton de Fribourg en 2040 que nous l’élaborons. Quel canton voulons-nous léguer aux jeunes générations ?

Un canton pivot entre les aires francophones et germanophones de notre pays. Un canton caractérisé par l’excellence de sa formation à tous les niveaux, de l’école obligatoire aux hautes études et à la recherche. Un canton dont le bilinguisme ne soit pas que de façade, mais bien vécu par sa population. Un canton aussi dont la mobilité soit exemplaire, notamment en développant ses transports publics.

Nous voulons aussi un Etat qui se rapproche encore de sa population, notamment à travers la cyberadministration. Nous voulons un Etat qui investisse. Un Etat qui favorise la création d’emplois, notamment par une politique foncière active. Un Etat enfin qui œuvre à la consolidation de notre cohésion sociale et de notre qualité de vie.

Aucun des sept conseillères et conseillers d’Etat ne manque d’ambition pour notre canton. Aucun non plus, en politiciens expérimentés, n’oublie que l’art politique consiste aussi à concilier ambitions et moyens. C’est le propre des premières années de législature qu’elles placent simultanément sur la table de l’Exécutif un programme gouvernemental riche d’ambitions et un plan financier non moins riche de contraintes.

Nous devons bien constater, traitant ces deux projets en parallèle, qu’il est très difficile de les accorder parfaitement. Ce ne sera pas la moindre des tâches du gouvernement que de concrétiser ses ambitions tout en préservant la santé financière de l’Etat.

Cette exigence d’ambition et de rigueur, nous la devons à la population fribourgeoise. Elle nous incite à l’efficacité et à l’efficience, afin de ne pas sacrifier la première sur l’autel de la deuxième. Le grand président américain Franklin Delano Roosevelt a prononcé un jour cette phrase devenue célèbre : «La seule limite à notre épanouissement de demain sera nos doutes d’aujourd’hui. » Soyez assurés que mes six collègues et moi-même formons un gouvernement qui, loin d’être rongé par le doute, entame au contraire cette législature avec assurance, avec conviction, avec confiance, résolu à œuvrer à l’épanouissement collectif de notre canton et à assurer les conditions de l’épanouissement individuel de chaque Fribourgeois et de chaque Fribourgeoise.

Je vous remercie pour votre attention, et en me réjouissant des discussions que nous pourrons avoir plus tard, je vous souhaite une bonne soirée.