Aujourd’hui, c’est le premier avril, un jour où l’on peut se permettre de faire des gags, de raconter des histoires, d’accrocher des poissons dans le dos du profs, de mentir un peu et de se gausser de la naïveté et de la crédulité de nos semblables.

Ce premier avril coincide cette année avec le jour de Pâques, jour de la résurection, symbole de vie et de paix pour les chrétiens.

Ces 2 évènements simultanés m’ont donné envie de me raconter des histoires, de vous raconter mes espoirs, même si à la fin, il faudra bien et malheureusement ajouter “poisson d’avril”. Au terme de cette journée ,voici donc quelques unes des informations les plus réjouissantes de l’état du monde, tel que j’aimerais les lire ou les regarder dans les actualités du jour:

– Les prochaines élections présidentielles américaines se tiendront le 30 mai prochain suite à la destitution par le congrès de l’ex-président Trump. La candidate afro-américaine de 35 ans, égérie du mouvement anti-armes et candidate du nouveau parti écologique est donnée favorite.

– Les français et les américains ont décidé de soutenir les kurdes du Rojava et les troupes turques se sont retirées en Turquie, emmenant avec eux leurs supplétifs, ces gangs jihadistes responsables de la majorité de exactions à Affrin et dans la région , mais comme prisonniers cette fois.

– Erdogan a été destitué par le parlement et dans toute la Turquie, les prisonniers politiques ont été libérés et les droits démocratiques complètement rétablis, y compris ceux des Kurdes et d’autres minorités .

– La Russie a lâché Assad qui s’est enfui avec sa famille en Iran, dont le nouveau gouvernement modéré récemment élu l’a remis à l’ONU pour y être jugé comme criminel de guerre. Des élections démocratiques viennent d’être organisées en Syrie où a été constitué un tribunal pour juger des crimes de guerre commis autant par les les partisans d’Assad que par les groupes jihadistes.

– Une femme vient d’être nommé reine d’Arabie saoudite et a immédiatement instauré une monarchie constitutionnelle, nommé une première ministre et fait élire un parlement qui a immédiatement voté des droits égaux pour tous les cityoennnes et citoyens du pays.

– Les dictatures tombent les unes après les autres sous la pression des peuples soutenus officiellement par l’ONU et concrètement par les pays dans lesquels les droits de l’Homme n’étaient pas une simple vue de l’esprit.

– La liberté de croyance est garantie partout. Plus personne ne souffre de discrimination et en aucun cas de persécutions. Les religions sont les bienvenues partout à partir du moment où elles ne revendiquent pas l’exclusivité, qu’elles soient là pour aider les humains à se respecter les uns les autres et qu’elles ne pratiquent ni le prosélytisme actif ni la violence. Les droits humains et l’égalité hommes-femmes sont devenus la norme et les rares régimes qui ne les respectent pas encore sont soumis à de telles sanctions sur le plan économique ou des échanges énergetiques, qu’ils ne pourront que lâcher prise d’ici peu sous peine de voir leurs économies s’effondrer et leur population se soulever.

– Le monde a beaucoup changé, surtout à cause d’un zest d’utopie qui fit office de levure dans une pâte de bon sens pétrie par des hommes de bonne volonté un peu partout sur la planète. Ces acteurs du changement, issus pour certains d’entre eux du mouvement des indignés, initié dans les années 2000 et des partisans, sinon d’une décroissance, du moins d’une croissance économique soumise aux exigences d’un développement durable, d’une justice sociale et d’une plus juste répartition des richesses et des ressources. Les fanatismes religieux recrutés dans la misère, le nationalisme, le racisme, la xénophobie, les sectaires de tous acabits ont disparu, ne trouvant plus de terrain favorable où planter leurs poisons. Certes, cet effort collectif a impliqué un changement de paradigmes sur le plan économique et il n’a pas toujours été aisé pour les nantis d’accepter que l’époque de la croissance à tout prix et de l’enrichissement sans limite de certains soit révolue et permette ce renouveau sociétal.

– Au niveau énergétique, la sortie du nucléaire est presque terminé au niveau mondial. Ne subsistent que deux ou trois centrales en Inde et en Chine dont l’arrêt définitif des réacteurs est déjà planifié. L’usage du pétrole et du gaz naturel sont sévèrement réglementés et ces ressources ne sont disponibles que pour un usage d’utilité publique. Ils ne sont utilisés que par des services d’urgences (transports aériens indispensables, police, pompiers, ambulances, hélicoptères de sauvetage, groupes électrogènes de secours dans les hôpitaux ou les centrales de télécommunications etc.).

– Les véhicules vont beaucoup moins vite et fonctionnent à l’électricité ou à l’hydrogène.

L’électricité, elle, provient de l’hydraulique y compris des marées, du solaire, de l’éolien, auxquels s’ajoutent selon les régions, le gaz de fermentation des déchets végétaux ou des déjections animales. Le chauffage domestique ne se fait plus que par des pompes à chaleur quand il n’est pas devenu carrément caduc à cause de l’isolation très performante des bâtiments et de l’optimisation du rayonnement solaire.

– Dans une grande mesure, on essaie de produire et de consommer sur place l’énergie produite mais certains pays riches en soleil ou très ventés, exportent aussi leur énergie. Les produits de consommation courante sont essentiellement transformés et consommés sur place. Les échanges internationaux indispensables et le tourisme lointain se font désormais presque exclusivement par bateaux, l’utilisation de l’hydrogène pour les moteurs d’avion n’étant pas encore vraiment fiable. Mais les gens, il faut le dire, ne se plaignent pas de vivre et de bouger plus lentement et de manière moins frénétique que celle qui a caractérisé la fin du vingtième siècle et le début du vingt-et-unième.

– Le monde de la finance a subi de profondes transformations : la bourse a pratiquement perdu son rôle de moteur de l’économie et l’argent alimente en priorité l’économie réelle, la production. Les marchés boursiers sont soumis à des règles drastiques qui empêchent la spéculation par une fiscalité exorbitante de tous les gains qui ne sont pas liés directement à la production de biens et de services. Il y a bien assez de ressources pour espérer voir la majorité des habitants de notre planète vivre grosso modo avec le niveau de vie des classes moyennes de nos pays occidentaux. Mais pour cela, il était devenu évident qu’il fallait prendre aux plus riches et ne leur laisser aucun endroit dans le monde où ils puissent soustraire leurs fortunes et leurs revenus indécents au fisc et au bien commun. Si les ressources fiscales sont utilisées au niveau local, les normes, elles, sont mondiales. Il n’y a plus de paradis fiscaux, il n’y a plus aucune concurrence ni échappatoire à ce niveau-la.

– L’augmentation du temps libre, la baisse du rythme de travail et l’instauration du revenu minimum garanti ont permis de réduire fortement voire souvent de faire disparaitre le chômage.

– Les grands mouvements migratoires disparaissent peu à peu depuis que les habitants des pays autrefois les plus pauvres retrouvent une vie meilleure chez eux en raison de tous les efforts internationaux faits pour en accélérer le développement, grâce notamment à cette fiscalité intelligente qui a permis de dégager des moyens pour développer les régions les moins favorisées, qui, de régions aidées et soutenues, sont devenues des partenaires économiques fiables et participant au bien-être de tous. Les ressortissants de ces pays trouvent maintenant sur place de quoi faire vivre leurs familles. Dans la même foulée, le contrôle des naissances est devenu une réalité mondiale qui a permis de diminuer de manière satisfaisante la démographie galopante qui caractérisait certains pays. La population vieillit un peu plus, certes, mais se renouvelle également à un rythme permettant que les ressources mondiales suffisent pour faire vivre tout le monde décemment.

– Les pays sont maintenant regroupés en fédérations par continents mais avec des lois fiscales et pénales similaires, ou du moins comparables partout, ce qui ne laisse que très peu de place pour l’injustice et l’arbitraire. Les armées nationales existent encore mais à une échelle réduite, assurant surtout un travail de protection de la population en cas de catastrophe naturelle ou assument, sur mandat de l’ONU, des missions de maintien de la paix dans des zones encore réfractaires au nouvel équilibre mondial, là où des pouvoirs arbitraires subsistants pourraient déclencher des guerres civiles ou de voisinage.

– De très vieux conflits ont été résolus : par exemple, Israel et la Palestine ne forment plus qu’un seul Etat, lui-même membre de la fédération des états de l’Asie occidentale qui regroupe tout le Moyen- Orient et une bonne partie des républiques du Caucase. La Corée est réunifiée sous un régime démocratique inclu dans une vaste entité asiatique qui comprend notamment le Chine et le Japon.

– Les dictateurs, les despotes, les sultans et autres dictateurs, les fanatiques de tous poils ou simplement les malfrats ont perdu ce qui constitue leur logistique : l’argent. Au fur et à mesure que s’éradiquait la misère, la possibilité de recruter des hommes de main a pratiquement disparu en même temps que l’attrait de l’argent facile.

– Bien sur, l’être humain restant ce qu’il est, il n’a pas été possible d’éliminer la bêtise, la violence gratuite, le racisme, la pédophilie et autres perversités, l’égoïsme forcené, l’avidité, la jalousie, le goût du pouvoir et j’en passe. La police et la justice restent donc des garants de l’ordre démocratique et du droit de chaque individu à vivre libre, en paix et décemment. Et ceux qui enfreignent les lois se voient sanctionnés mais de manière plus efficace que par les peines de prison d’antan qui devenaient souvent des écoles du crime. En effet, partout, les peines de travaux forcés d’utilité publique sont devenues la règle et coûtent moins cher à la collectivité que la prison dans l’oisiveté. Pour les individus jugés très dangereux et définitivement incorrigibles, en désespoir de cause, un accord international a permis de réquisitionner un certain nombre d’îles désertes du Pacifique sur lesquelles on exile ces gens-la avec juste le matériel et les outils nécessaires pour en faire fructifier le sol et construire des abris. Bien sûr, comme ailleurs dans le monde, le travail de la police reste nécessaire et ces îles sont surveillées en permanence par satellite et par des forces maritimes qui en patrouillent régulièrement les abords.

– En ce qui concerne la vie quotidienne, presque partout en Europe et petit à petit dans les autres continents, le pouvoir politique a été fortement décentralisé, un peu à l’image de ce qui a toujours existé en Suisse. Les régions peuvent ainsi mieux gérer, et plus souplement, les ressources, les échanges et l’aménagement du territoire. Les habitants se sentent aussi plus concernés, participent mieux aux prises de décision et s’engagent plus dans les collectivités publiques.

Poisson d’avril ? Je dois bien reconnaître que pour le moment, ces bonnes nouvelles pourraient en constituer un.

Mais finalement, à bien y réfléchir, est-ce vraiment irréaliste et inconcevable que de tout faire chacun à notre niveau, pour obtenir la victoire de la paix sur la guerre, de l’intelligence sur la bêtise, de la solidarité sur l’égoïsme, de l’ouverture sur le repli sur soi, de la tolérance sur le dogmatisme et le fanatisme, de l’amour sur la haine, du futur sur l’apocalypse programmée et tout bêtement, du bonheur sur la sinistrose ?

Je sais, je sais, l’épithète de bisounours ne plane jamais très loin de mes espoirs même si je vous assure que ma rage contre l’injustice sous toutes ses formes n’a rien de celle d’un bisounours. Mais cela ne me touche guère. J’ai toujours eu la chance d’avoir des plumes de canard pour recevoir des insultes et des jugements qui coulent ainsi sur mon indifférence. Cela dit, à tout prendre, je préfère être traité de bisounours que de me comporter en connard malveillant !