J’ai écrit ce texte à l’occasion du troisième anniversaire de l’enlèvement du Père Paolo Dall’Oglio par Daech à Raqqa, ce 29 juillet 2016. J’y ajoute une pensée très particulière pour le Père Jacques Hamel. Je suis chrétienne, profondément. Je connais un tas de curés débiles et quelques curés magnifiques. Que des criminels s’en prennent avec tant de constance aux quelques curés magnifiques me semble dire beaucoup. D’eux. Et de nous. À nous d’ouvrir de nouveaux espaces. Peace.

Paolo, 3 ans.

Pour ces 3 ans, je passe la main. Je passe le relais. Je passe le feu pour qu’il en embrase d’autres.

Avoir cette chance inestimable d’avoir été si proche d’une personne aussi aimante qu’insaisissable, aussi bouleversante qu’insupportable aussi, a changé ma vie. J’ai eu cette chance immense durant les mois qui ont précédé l’enlèvement de Paolo. Et ces 3 ans d’absence – même si peu comprendront sans doute ces mots – n’ont rien été d’autre que le prolongement de cette chance. Ma vie n’a pas seulement changé, elle s’est radicalement retournée. Elle est devenue plus dense, plus vraie, plus ajustée, plus ouverte, plus malléable, plus belle, plus belle, plus belle.

Pourquoi? Parce que le vide qu’a laissé Paolo a créé un espace dans lequel je me suis engouffrée. Un espace où on a pleuré et gueulé, beaucoup. Mais un espace. Un espace nouveau. Un espace de nouvelles perspectives. Précisément ce dont ce monde recroquevillé crève le plus aujourd’hui. Ce monde où tout se fige, se rétrécit, se binarise, se fixe, s’anesthésie, se meurt, se meurt de ne pas trouver de porte de sortie.

Ces 3 ans ont été pour moi une porte de sortie. Ça ne m’a pas empêchée d’en crever. Mais cela a ouvert des champs que je pensais inatteignables.

Alors, je passe la main. Je passe Paolo. Je le passe à d’autres passeurs.

Paolo, je laisse la main because I’ve done the job dear.

Il est temps pour moi maintenant de passer cette chance à d’autres.

Love.

Marie