Certains trouvent désuet, ringard, voire d’un autre siècle le vouvoiement au sein d’un couple. A l’opposé des personnalités, comme le chanteur Julien Clerc, pratiquent quotidiennement le vouvoiement dans leur couple.

Le vouvoiement se développe

 Selon la psychosociologue Dominique Picard [1], citée par L’Obs, « Le phénomène se développe » car « Cela relève d’une volonté de retrouver des valeurs de respect que l’on pense perdues et d’une identification à une certaine classe sociale – l’aristocratie – qui aurait maintenu ces valeurs. Cela peut être aussi une volonté de repousser l’usage du “tu” à outrance vécu par certains comme une intrusion violente dans leur vie. Enfin, l’usage du “vous” peut passer par une volonté de se démarquer des autres et de singulariser sa relation. »

Un élément de séduction

Selon Thierry Richard dans Les chroniques du plaisir, repousser le passage du vouvoiement au tutoiement fait partie de la séduction et évite de brûler les étapes

L’avantage du vouvoiement en cas de conflit

La création d’une zone neutre lors d’un conflit Lorsque surgit un conflit chez les couples qui se tutoient, les reproches fusent souvent sans que la moindre once de dialogue n’arrive à s’exprimer; vient ensuite la longue litanie des «tu as fait ceci» et «puis cela» et «encore cela» pour se terminer le plus souvent par une rupture.

Les couples qui se vouvoient par contre laissent par contre ouverte l’ambiguïté entre le vous pluriel et le vous majestatif. Et l’usage du vous pluriel permet à l’un des deux de s’adresser à deux personnes imaginaires distinctes, la bonne et la mauvaise. Ce qui sous-entend lors d’un reproche de pouvoir exprimer ce qui ne va pas (ce que le mauvais ou la mauvaise a fait) en espérant que celui ou celle que l’on a aimé (le bon ou la bonne) va corriger le défaut en question ou au moins prendre conscience du problème et essayer d’y remédier. Plutôt que de

s’envoyer des arguments qui feront des dégâts des deux côtés et où chacun ne sortira pas indemne, le vouvoiement par son aspect de distanciation permet au contraire la création d’une zone tampon (zone neutre) où le dialogue peut s’instaurer mais aussi où chacun est prêt à éventuellement faire des concessions.

De l’art de la guerre à l’art d’aimer

Les grands stratèges militaires (Sun Tsu [1], l’empereur romain Maurice [2] ou Frédéric II) vous diront qu’il est plus intéressant de faire la guerre en territoire ennemi plutôt que sur son propre sol. Ou alors sur un terrain neutre.

Là où le terrain neutre est plutôt la tête de pont d’une offensive plus large au niveau militaire, le terrain neutre est au niveau amoureux le point de départ pour le règlement d’un conflit.

La Belgique, royaume du compromis

La réorganisation en régions et communautés en Belgique a été possible parce qu’il existait et existe toujours un art du compromis. L’existence d’une zone bilingue bruxelloise, longtemps présenté comme une pomme de discorde entre Wallons et Flamands, peut au contraire être vue comme une zone neutre à partir de laquelle des compromis équitables vont pouvoir se nouer. Malgré les chamailles de vieux couple, Wallons et Flamands donnent l’impression de s’apprécier malgré leur différences.

Les impérialismes américains et russes en Europe

Longtemps présentée comme une zone de paix, eu égard à l’entente franco-allemande mais aussi à la vassalisation économique de la France vis-à-vis de l’Allemagne, l’Europe n’en demeure pas moins une zone neutre (dans le strict point de vue militaire) tiraillée par les impérialismes américains et russes. La perte du statut de superpuissance de la France, de l’Angleterre et de l’Allemagne après la deuxième guerre mondiale a fait que ces dernières se sont alliées pour former une structure européenne faiblarde au niveau politique et à l’équilibre très précaire. La moindre mésentente européenne et tout pourrait s’écrouler. A l’inverse, la monnaie commune européenne, l’euro assure la stabilité financière mais prive les états souverains de leurs droits légitimes à l’émission monétaire.

Références

[1] Dominique Picard, Politesse, savoir-vivre et relations sociales,  éditions Que sais je ? , 2010.

[2] Sun Tzu, l’art de la guerre, Marabout , ISBN : 2501124510

[3] George T. Dennis, Maurice’s Strategikon. Handbook of Byzantine Military Strategy. Revue des études byzantines Année 1985