L’Europe vient de boucler son meilleur mois boursier depuis 2009 – et ce n’est pas peu dire quand on connaît le chemin parcouru ces 6 dernières années.

Le S&P500 est à nouveau proche des plus hauts historiques, il est monté de 9% durant ces 31 derniers jours, Halloween compris. Et dire que le 29 septembre nous étions au bord du gouffre, au bord de la rupture, le seul et unique sujet étant de savoir si l’on allait se faire livrer notre or physiquement en lingots ou en pièces d’or, sachant que les pièces d’or seront plus facile à écouler pour acheter le pain ou pour acheter la farine le jour où l’économie aura cessé de fonctionner et que les cartes de crédit ne serviront plus qu’à allumer le feu pour faire rôtir les cailles que l’on aura attrapées au lasso pour nourrir nos familles.

Aujourd’hui nous entamons donc un nouveau mois boursier en se demandant à quelle sauce nous, pauvre investisseur-pêcheur, allons être mangé durant les deux derniers mois de l’année. Nous sommes passés de désespoir à espoir, nous sommes passés du fond de la cave à la terrasse ensoleillée, reste maintenant à voir comme l’année va se terminer.

Historiquement, nous entrons dans une phase plutôt positive, puisque nous allons avoir la saison du Christmas Rally qui commence, mais comme nous étions censés avoir un mois d’octobre pourri, on peut raisonnablement se poser la question et se demander si l’on ne se déplace pas à un rythme décalé sur les marchés.

Il est vrai que, fondamentalement, rien n’a changé. On sait que la FED pourrait éventuellement peut-être s’autoriser à monter les taux dans les six semaines à venir, mais ça c’est le scénario que l’on se trimballe depuis au moins six mois, en se contentant de repousser l’échéance parce que les chiffres économiques ne sont pas forcément ce qu’ils devraient être.

On sait aussi que Draghi pourrait rajouter à une couche de 25 milliards (au mieux) ou 15 milliards (au moins) à son QE maison, mais pour ce faire, il faut aussi attendre le mois de décembre.

Nous avons également eu les chiffres trimestriels. Ils ne sont d’ailleurs pas encore terminés, mais globalement, on peut dire qu’ils sont «moyens»; même si la plupart sont au-dessus des attentes, il faut dire que c’est toujours plus facile de sauter par-dessus une barrière de 40 centimètres, plutôt que de devoir sauter 2,40 m en «Fosbury». En gros, ce n’est pas extraordinaire, mais comme on n’en attendait pas grand-chose, globalement il y a eu des bonnes surprises.

On sait aussi que la Chine ralentit et on se demande si l’arrivée de la politique des deux enfants va suffire pour booster la croissance demain ou dans 9 mois. La Grèce a disparu des écrans radars, tout le monde s’en fout, sauf que ce week-end on a quand même pu lire dans la presse que plusieurs banques locales sont à la recherche de capitaux et on peut courageusement dire que ça sera probablement moins facile que d’en trouver que ça ne le fût pour le Crédit Suisse ou Ferrari. Ils doivent tout de même «lever» 14 milliards…

Pour résumé, nous sommes au plus haut depuis bien longtemps, mais on est tout de même montés sur pas grand-chose, il suffirait donc du même «pas grand-chose» pour se reprendre une baffe dans les dents à la même vitesse, si ce n’est plus.

C’est d’ailleurs la thématique de ce matin dans les médias financiers. J’ai recensé déjà 4 articles qui nous préviennent que la fin est proche. Le premier nous prédit que le Bull Market fonctionne aux vapeurs d’essence et que l’heure de la panne sèche approche (à moins de tomber sur une station service de la FED au milieu du désert). Le second article nous annonce que tout est en phase pour que l’on se fasse démonter propre en ordre et que la question des pièces ou des lingots refasse surface (voir paragraphe 2). Le troisième nous dit que la publication des chiffres du secteur de l’énergie vont nous coûter cher et pas qu’en faisant le plein et le dernier est un best of des trois précédents.

Nous entamons donc un nouveau mois et les sceptiques sont déjà de retour, on nous prédit déjà le krach ou la correction, ce qui assez compréhensible étant donné la hausse de ces dernières semaines. En même temps, quand on regarde notre capacité de prédiction ces derniers mois, je me demande si là tout de suite, on ne ferait pas mieux de se taire et de regarder le marché, la FED, l’économie et la BCE faire ce qu’ils ont à faire. Après tout, c’est eux qui commandent et c’est eux qui ont amené le marché là où il est.

Pour commencer la semaine, l’Asie est foncièrement dans le rouge, la Chine recule 0,22% et Hong Kong de 0,72% – on dirait que le second enfant n’a pas encore commencé à consommer. C’est à se demander ce que les Chinois sont en train de faire, ça fait quand même 5 jours. Et puis le Japon est en recule de 2,17% à la clôture.

Pour les nouvelles du jour, on parle et on reparle de Valeant. Le titre s’est refait exploser vendredi passé, il terminait en baisse de 16%, il a été downgradé par S&P et Citron Research qui avait allumé le feu chez Valeant il y a dix jours, a promis de revenir aujourd’hui avec «plus de détails croustillants» sur la culture interne de Valeant – on dirait que ça va aller de mal en pis pour la pharmaceutique canadienne.

Autre sujet brûlant de la semaine: les chiffres de l’emploi de vendredi aux USA. On se souvient que ceux du mois de septembre étaient pourris, c’est d’ailleurs ce qui a déclenché le rally du mois d’octobre – on ne reviendra pas sur l’aspect psychologique de la chose, c’est déjà largement assez compliqué. Toujours est-il que se sont les avant-derniers chiffres de l’emploi qui seront publiés en 2015 et les avant-derniers avant le meeting de la FED durant lequel ils sont supposés monter les taux «SI L’EMPLOI VA MIEUX ET SI L’INFLATION POINTE LE BOUT DE SON NEZ», c’est ce qu’ils ont dit la semaine passée. Autant vous dire que si les chiffres de vendredi sont de l’acabit de ceux du mois passé, la probabilité d’une hausse des taux devrait s’éloigner tel le cowboy qui s’en va seul dans le soleil couchant.

Dans le cas contraire, cela voudrait dire que l’économie n’est pas moribonde, n’est pas en phase terminale et que l’on a toujours de l’espoir pour une hausse des taux…

«Qu’on a toujours de l’espoir pour une hausse des taux»… Je ne pensais pas écrire ou dire un truc pareil un jour…

Bref, les chiffres de vendredi seront importants. Non, seront importantissimes.

Autrement, on retiendra qu’HSBC vient de battre les attentes pour le dernier trimestre. Reste à voir comment on va interpréter les amendes et autres provisions. Les chiffres du PMI chinois sont sortis hier et nous disent ce que l’on sait déjà: BOF.

Le Barron’s publie un article qui est favorable à Micron et défavorable à Intel, ils laissent entendre que les «gros opérateurs du Web» – type Facebook –, demandent des nouveaux designs de microprocesseurs et ceci devrait favoriser Micron. Le journal publie également sa «roundtable» sur les marchés émergents et les invités proposent des idées d’achat sur la thématique, pas très populaire en ce moment, mais tout de même.

Dans même journal on y apprend que Kinder Morgan pourrait facilement perdre encore 20% – au moins. Le plus gros opérateur de pipe-lines des USA fait face à la pression de la baisse du prix des matières premières. Et puis, pour conclure, le Barron’s estime que Pfizer, c’est cadeau, avec ou sans Allergan.

Côté chiffres économiques, nous aurons les PMI partout dans le monde, les retail sales en Suisse, ISM Manufacturing aux USA ainsi que le Construction Spending. On continue toujours avec les chiffres du trimestre, mais l’on arrive gentiment en fin de cycle.

Pour le moment les futures pointent à la baisse, on recule de 0,4% étant donné que l’on s’inquiète à nouveau de l’économie chinoise ce matin. L’euro/$ est à 1,1036, le yen vaut 120,42, le bitcoin est à 310$ et le rendement du 10 ans US est de 2,13%.

L’euro/suisse n’a pas subi l’effet week-end cette semaine. Ce matin il est à 1,0882.

Je crois qu’il n’y a rien d’autre à dire, rien d’autre à faire que de regarder ce qui va se passer, mais globalement, on commence la semaine du pied gauche.

En attendant la suite, je vous souhaite un excellent début de semaine!

Thomas Veillet, Investir.ch

«If stock market experts were so expert, they would be buying stock, not selling advice.» – Norman Ralph Augustine



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