« Macron est un petit Monsieur bien élevé qui boit trop de champagne » Meeting électoral de la Lega à Marina di Massa (Massa Carrara) 22 Juin 2018
« Le populisme est la lèpre qui monte » Discours prononcé par Emmanuel Macron jeudi 21 juin en Bretagne

Les excès de langage, les insultes directs ou indirects sot désormais devenus monnaie courante dans la Botte de la Méditerranée. Les deux maîtres à penser transalpins du moment, Matteo Salvini, chef de la Ligue anciennement du Nord, et Luigi Di Maio, sorte de porte-voix d’un comique triste, Beppe Grillo, et d’une famille de petits entrepreneurs de la Toile aux fortunes alternes, ont un point commun: les deux compères ont un diplôme scolaire du niveau BAC littéraire et rien de plus. Un  BAC qui n’a cependant pas laissé beaucoup de traces chez eux compte tenu de leurs nombreuses fautes de grammaire et de syntaxe à l’oral comme à l’écrit. Il y a toutefois un terrain sémantique dans lequel ils excellent, celui de l’imprécation et de la haine de l’autre. « Forts avec les faibles; faibles avec les forts » est leur devise. Leur programme l’illustre bien: haro sur les migrants et les ONG qui les sauvent en mer; effacement des amendes jusqu’à 100.000 euros combinées aux fraudeurs du fisc; revenu mensuel garanti de 780 euros pour tout Italien dépourvu de ressources. Cette dernière mesure qui explique le succès des « 5 étoiles » de Di Maio dans les régions méridionales apporterait un soutien de taille aux patrons criminels et fraudeurs de l’économie illégale. Un secteur marqué par une fraude fiscale de 108 milliards d’euros de fraude fiscale qui emploie 3,3 millions de travailleurs (cf. http://www.confcooperative.it/LInformazione/Archivio/negato-irregolare-sommerso-il-lato-oscuro-del-lavoro-2). L’appât des 780 euros mensuels encourageraient les travailleurs au noir à rester salariés illégaux payés 8 euros l’heure en moyenne et plongerait encore plus le Sud d’Italie dans le sous-développement en renforçant les réseaux mafieux.

Les références culturelles des deux satrapes romains sont inexistantes. Leurs principes politiques aussi. Seule reste la réthorique à deux balles du souverainiste « straccione » (clochard) de la petite Italie (Italietta) accablée par plus de 2300 milliards d’euros de dette publique. Par un étrange retournement de l’Histoire, les héritiers contemporains des fascistes, les premiers qui ont adopté le diminutif « Italietta » pour définir l’Italie libérale et démocratique prétendument sans ambitions des années ’20, sont aujourd’hui l’expression la plus visible et aboutie du rapetissement politique et économique actuel de la Botte.

Le corollaire en matière de conceptions politiques du souverainisme clochard de Salvini et de Di Maio est le « dépassement de la gauche et de la droite ». Un propos qui n’est certes pas nouveau mais qui en ressort encore plus galvaudé dans la bouche des deux complices, incapables de formuler une quelconque abstraction dotée de cohérence et de rigueur. Les « éléments de langage » du couple vert-étoilé se résument donc à l’insulte systématique des adversaires réels ou présumés et l’imprécision et le relativismes élus en méthode de construction du discours. Mots en liberté, interchangeables, utilisés sans discernement, imprécations sérielles, revendication de l’ignorance et de la rudesse, exhibition de muscles verbaux gonflés aux anabolisants idéologiques du rejet de l’autre.

Le ciment du souverainisme clochard est le rejet de l’Europe, impitoyable oppresseur présumé des ilotes transalpins. Son enduit est l’immigration forcement clandestine et encouragée (voire ourdie) par les puissances apatrides, mondialistes et libérales pour réduite l’Italie en esclavage. Le « grand remplacement » à la sauce tomate en somme.

La « bonne » parole du Salvimaio, contraction de Salvini et Di Maio, essaime dans une société civile qui a perdu tout repère collectif et coopératif après la défaite de l’élan subversif des années ’60 et 70. Les actions directes, violentes et parfois meurtrières contre les migrants légaux ou pas se multiplient. Homo homini lupus est. Jamais depuis l’après-guerre cette locution de Plaute (La Comédie des Ânes, vers 195 av. J.-C, II v495 : « Lupus est homo homini, non homo, quom qualis sit non novit »1 « Quand on ne le connaît pas, l’homme est un loup pour l’homme ») s’est matérialisée dans ces proportions. Les Italiens d’aujourd’hui se méfient de tout le monde, migrants en tête. L’ennemi externe, l’Europe, le mondialisme, les étrangers, devient le seul liant d’une population en lambeaux qui ne produit plus énergie collective, y compris sur un mode conflictuel. Un « peuple » qui soigne ses blessures en agressant l’Autre, voilà le projet proto-fasciste du nationalisme salvimaiste qui colle à l’état présent du pays.
L’aveuglement des yeux injectés de sang de la société civile italienne permet de ne pas prendre à bras le corps la gangrène (et la

la lèpre…) d’un système bloqué. Un sytème qui a perdu la bataille de la compétition économique internationale, replié, faute de mieux, sur le « small and cheap is beautiful », recroquevillé sur ses trop nombreuses entreprises familiales trop petites, sous-capitalisées, somme toute marginales sur le marché mondial. Un système qui n’a presque plus de champions industriels globaux et qui a perdu toutes les guerres technologiques des 50 dernières années. Un système où la fraude fiscale est la règle chez les petits industriels, commerçants, artisans, faux coopérateurs, etc., qui constituent une sorte de lumpen-bourgeoisie envahissante et calamiteuse, base sociale étoffée du bloc réactionnaire. Un système dont l’Etat n’est plus le représentant efficient de classes dominantes modernes. Un Etat dont la première et presque unique préoccupation est de se reproduire à l’identique, de défendre ses prérogatives parasitaires et son administration locale et centrale tant éléphantesque qu’inopérante. Un Etat dont des secteurs entiers sont livrés aux pouvoirs mafieux à l’influence jamais démentie. Cet exécutif salvimaiste est en pleine adéquation avec tout cela, en est l’expression fidèle; il est la photocopie couleurs d’une société et d’un Etat en pleine régression.

Alors, M. Macron, le dit populisme transalpin n’est pas une simple maladie infectieuse chronique comme la lèpre. Ce serait trop facile de l’éradiquer à l’aide d’un énergique traitement antibiotique. Le souverainisme clochard italien est au contraire  un exemple mondial pour tous ceux qui rejettent la démocratie libérale et le marché mondial. C’est Steve Bannon, l’âme damnée du candidat Donald Trump, l’idéologue le plus en vue du proto-fascisme planétaire, qui nous l’annonce. Lui qui a fait de Rome sa propre capitale politique. Pour éradiquer le proto-fascisme qui déferle dans la Botte méditerranéenne et ailleurs il faudra plus, beaucoup plus qu’un antibiotique diplomatique, des accolades de circonstance matinées de sanctions communautaires. Il faut un sursaut des « derniers » en Italie et ailleurs qui cesseraient de se livrer au cannibalisme de l’Autre et qui retrouveraient le goût du combat collectif pour le meilleur. Pour tous et pour eux-même en premier.

Par Massimo Prandi et Nata Rampazzo